‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 2)Chapitre 52 sur 175 · Ibîd., 28 avril · texte numérisé non relu

Ibîd., 28 avril

Bazaine, spontanément, proposait de rapatrier une partie du corps expéditionnaire. Avant même ses dernières expédilions, dès le 12 juin 1864, il écrivait à Napoléon lll : a Je puis annoncer à Votre Majesté qu'on peut faire rentrer six bataillons, une compagnie du génie, une batterie, le train de la Garde, ce qui, avec les congédiés de l'année, réduira l'armée à 25 000 hommes, chiffre suffisant comme appui de l'armée mexicaine qui ira s'augmentant avant peu par l'adhésion d'Uraga. » Cette adhésion ne lui avait apporté aucune force, caries soldats du général mexicain transfuge, loin de suivre leur chef, l'avaient pourchassé. Malgré ce désappointement et tous ceux qui survinrent après, Bazaine écrit encore (28 août-28septembre-28 octobre 1864) : a L'effectif peut être réduit à 25000 hommes » ; cela passe chez lui à l'état d'axiome ; 25000 hommes étaient manifestement insuffisants à tenir en main un pays de l'étendue du Mexique. Bazaine ne l'ignorait pas et il avait adopté un système d'opérations qui n'exigeait pas cette occupation totale. Tl s'établissait dans quelques villes importantes et, de là, lançait dans toutes les directions des colonnes plus ou moins nombreuses, qui dissipaient les rassemblements ennemis, armaient les populations délivrées, les excitaient à pourvoir à leur propre sécurité, et ralliaient ensuite les points de concentration, afin que la cohésion de l'armée ne fut pas détruite.

Ce système d'occupation transitoire et intermittent par des colonnes mobiles produisit les

plus déplorables effets. La sécurité apportée par leur présence rendait plus lamentable l'insécurité qui suivait leur départ : ceux qui nous avaient bien accueillis et servis étaient exposés aux plus cruelles représailles. Beaucoup d'officiers en contact plus habituel avec les populations signalèrent ces désastreux inconvénients. De Durango, Castagny écrivait au maréchal : « L'opinion flotte incertaine et ne sait plus à quoi se rattacher. Je n'ai plus d'action morale, ni d'influence sur les populations qui n'ont plus de confiance en nous, et qui se voient à la veille d'être abandonnées '. »

Le plus grand nombre des officiers pensaient qu'au lieu d'affaiblir le corps expéditionnaire, il fallait l'augmenter au moins d'une division. (( Entre les mailles de ce filet de baïonnettes jeté sur une surface de 80 mille lieues carrées, disaient-ils, on n'a pas pu empêcher un grand nombre d'oiseaux de proie de passer et de causer bien du mal et après l'avoir si fort tendu, on a laissé à découvert, en le repliant, des populations amies qui étaient dévouées à notre œuvre. Il arrive aujourd'hui qu'après tant de longues étapes et de glorieux coups de main, les brigands pullulent, les partisans se refroidissent et que l'on doute sérieusement, plus que jamais, d'une pacification complète et prochaine. Que faut-il en conclure, sinon que le filet, tout excellent qu'il est, est insuffisant, qu'il convient d'y

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