De Bazaine à l'Empereur, 28 octobre
entre l'Empereur Maximilien et le général en chef. En principe les attributions étaient nettement déterminées : la direction des opérations militaires était réservée à Bazaine, celle du gouvernement à Maximilien. Les commandants militaires avaient reçu l'ordre de ne s'immiscer en quoi que ce soit dans les branches du service civil, et de se conduire vis-à-vis des autorités mexicaines comme le fait un officier supérieur vis-à-vis d'un préfet ou autres autorités administratives de France. C'était facile à promulguer, beaucoup moins à appliquer : entre des soldats habitués à commander et des fonctionnaires peu dressés à administrer, les conflits devinrent incessants. Bazaine avait l'humeur facile; avec lui les dissentiments s'acconmiodaient vite, et malgré tout, le plus parfait accord n'eût cessé d'exister entre lui et Maximilien, sans le dissen timent inarrangeable et toujours grossissant sur les moyens militaires nécessaires à pacifier le pays.
L'Empereur n'avait pas ordonné le rapatriement comme on Ta dit ; mais quand Bazaine le lui offrit, il en fut fort aise parce que cela répondait à un de ses vifs désirs. Cependant il communiqua au maréchal l'opposition de Félix Douay : « Il croit que le pays n'est pas encore assez pacifié pour permettre cette réduction de
l'armée. Vous devez mieux connaître vos besoins et vos obligations. Certes, je verrais avec un grand plaisir revenir une partie de l'armée, mais il faut avant tout que l'œuvre commencée ne soit pas compromise (7 juillet 1864). «Bazaine répondit : «L'effectif peut être réduit à 25 000 hommes. Le général Douay émet une opinion contraire; mais cet officier est parfois un peu maladif, un peu nerveux, accessible aux impressions du moment, d'un caractère droit qui se frappe des vilenies mexicaines, de telle sorte que ses appréciations sont souvent plus noires que la réalité*. »
Il n'est pas douteux que si Bazaine eût écrit à l'Empereur que le maintien des troupes était nécessaire, il l'eût obtenu sans difficulté. En effet, dès qu'il lui exprime la moindre appréhension, Napoléon III l'autorise à ne pas s'affaiblir : (( Aujourd'hui que les choses me semblent plus sombres, je vous autorise à garder au Mexique les troupes que vous y avez, et ensuite à ne pas les éparpiller. Ce n'est pas sans appréhension que je vois des détachements se diriger vers la Sonora. J'espère quevousavezreçuàtempsl'ordre de ne pas encore renvoyer en France la brigade qui devait être rapatriée après le siège d'Oajaca ^ »
Napoléon III était si complètement rassuré par les bonnes nouvelles de chaque lettre du Maréchal, que revenant à l'idée qui l'obsédait d'une régularisation sérieuse du pouvoir de Maxi-