Lettre du 5 octobre
considérer que le temporel, aussi légitime que Victor-Emmanuel, comme l'a bien compris votre (i'Azeglio, q ue le droit des Romains. C'est au nom de ce droit méconnu, et non parce que Rome vous est nécessaire, que vous devez réclamer la fin de notre intervention. C'est en elï'et le point de départ juridique de la Convention. » INIa tendance à ne m'arrêter qu'au bon côté des événements, me cacha d'abord les inconvénients de la dépossession de Turin. Très convaincu que la capitale ne saurait être transportée à Rome, je m'imaginais que les rudesses piémontaises s'adouciraient et les impatiences méridionales se ralentiraient dans ce milieu doux, un peu amollissant, de Florence. Enfin que la tradition des Médicis, de Machiavel, de Guiciardini ajouterait quelque chose, non pas de plus raffiné, mais de plus esthétique à la politique de la Maison de Savoie, et que roi, ministres, députés finiraient par si bien ressentir le dolce virer e de la ville où avait commencé la Renaissance, qu'ils ne songeraient plus à la quitter : le Piémont imiterait l'exemple du Piémontais Alfieri, qui, venu pour un temps sur les rives de l'Arno, y avait fixé pour toujours sa tente. Je ne commençai à me rendre compte de mon erreur qu'après la constitution de la Permanente.
L'une de nos revendications libérales reçut un appui si imprévu que j'étais bien autorisé à compter sur le chapitre des accidents. Le créateur, le plus fougueux partisan des avertissements à la
presse, Persigny, reçut le coup de la grâce libérale. Girardin lui avait envoyé un écrit dans lequel il soutenait l'immunité absolue de la presse comme conséquence de son impuissance. Il lui répondit : « L'idée mère que vous exposez est digne des plus sérieuses réflexions et je crois même qu'elle finira par triompher. Mais il ne suffit pas d'avoir raison ; il faut que l'opinion vous donne raison. Je crois que, comme beaucoup d'esprits éminents qui voient trop loin et trop vite pour leur temps, vous devancez l'opinion... Je ne crois pas qu'elle soit suffisamment préparée à accepter un régime qui d'avance inquiéterait tant d'intérêts. Cependant je vous avoue que cette question de la presse me préoccupe beaucoup, et que je me sentirais bien peu disposé aujourdliui à maintenir le régime actuel sans de sérieuses modifications^. »