CHAPITRE IV
LA u VIE DE CESAR »
Le discours de l'Empereur au Corps législatif fut suivi de la publication du premier volume de la Vie de César (9 mars 1865).
Lorsque César, traqué comme une bête fauve par une soixantaine d'épées nues, tomba percé de vingt-trois blessures au pied de la statue de Pompée, sans qu'aucun des huit cents sénateurs qui s'étaient levés à son arrivée eût fait un mouvement, proféré un cri, un immense silence d'étonnement, de consternation, d'épouvante se fît d'abord dans le Sénat, dans la cité et dans le monde. Puis deux voix s'élevèrent. L'une disant : Aussi longtemps qu'il existera des hommes aimant la liberté, ce jour sera exalté comme un jour de bénédiction! L'autre répondant: Tant que naîtront des hommes sensilîles à la grandeur et à l'humanité, ce jour sera flétri comme une malédiction. — Et ces deux voix, tantôtplus fortes, tantôt plus faibles, n'ont cessé de retentira traders les âges, et nous les entendons encore, avec
cette différence toutefois que, de plus en plus, prévaut celle de la malédiction. Jamais en effet ne fut commise une scélératesse moins justifiée. — Il a détruit, disaient les conjurés, la liberté romaine. — Que restait-il alors de la liberté romaine? Depuis des années, la République avaitelle fait autre chose que passer à travers des dictatures de sang dont elle ne se reposait un instant que dans une anarchie? Dire que César a égorgé la liberté est une des monstrueuses contrevérités de l'histoire. Elle était morte bien avant lui : « Sylla et Marins, dit Tacite, convertirent la liberté vaincue par leurs armes en domination. Depuis eux, on ne lutta que pour savoir qui serait le maître : Nimqtiain postea nisi de prïndpatu quœsïtuin '. » Et ceux qui rêvaient encore Tantique liberté poursuivaient une ombre vaine, inanem umbranr. Existait-il môme encore des Romains? Rome n'était-elle pas devenue un immense cloaque où les citoyens romains se noyaient dans le flot cosmopolite des mendiants du monde entier accourus pour prendre leur part du panem et des circenses^îVovi^maliié de César fut uniquement de faire succéder aux dictatures de la proscription celle de la clémence. Marins avait égorgé les nobles, Sylla les plébéiens, César pardonna à ses plus acharnés ennemis, il ne supprimaqu'une liberté, celle de l'extermination. Bieta curare, chiriirgiœ taedet.