Montesquieu, Grandeur et Décadence des Romains. Chap. XI
4. La loi des Douze Tables subordonnait toute exécution capitale dun citoyen romain au jugement du peuple, et la loi Sempronia permettait à tout citoyen condamné à mort d'éviter l'exécution par l'exil.
o. Ad familiares, XI, 7, X, IG.
sa femme, jeune et pauvre, à Hortensius pour la reprendre riche et vieille, après la mort de l'acheteur?
— Il songeait, disaient-ils encore, à se faire roi! Que n'ont-ils donc attendu qu'il l'eût fait, cela aurait accru leur force de toute l'indignation populaire. Us n'ont pas attendu parce qu'ils savaient qu'il n'y pensait pas plus que les Gracques, auxquels aussi les patriciens avaient calomnieusement prêté cette misérable ambition. Napoléon 1'% qui savait lire dans le cœur des ambitieux et qui n'ignorait pas comment on crée des royautés, a démontré, dans une page admirable, le ridicule de cette fable propagée par les crédules sur l'autorité du bon Plutarque et du détestable Suétone : « Quoi! César eût cherché de la stabilité, de la grandeur, de la considération dans la couronne que portaient Philippe, Persée, Attale, Mithridate, Pharnace, Ptolémée, que les citoyens avaient vu traîner à la suite du char triomphal de leurs vainqueurs? Cela est trop absurde. Les Komains étaient trop accoutumés à voir les rois dans les antichambres de leurs magistrats. — César a toujours affecté, jusqu'au dernier moment de sa vie, les formes populaires : il ne faisait rien que par un décret du Sénat; les magistratures étaient nommées par le peuple, et s'il s'arrogea la réalité du pouvoir, il avait laissé subsister toutes les formes républicaines. Il marchait sans gardes, comme un simple citoyen, sa maison était sans faste, il allait journellement dîner chez ses amis; il était
assidu à la tribune aux harangues, aux assemblées du peuple et au Sénat. La première action de César, s'il eût voulu être roi, eût été de s'entourer d'une bonne garde, il n'en fît rien, et se refusa constamment à la sollicitation de ses amis, qui, entendant frémir la faction vaincue, croyaient une garde nécessaire à la sûreté de sa personne. Quoique dictateur, il voulut être consul, et cette même année, il partagea avec Antoine tous les devoirs de cette charge. — Quelles sont les preuves qu'allèguent ses accusateurs? Ils citent quatre anecdotes probablement fausses ou mal rendues, car Gicéron, Florus, Velléius, n'en parlent pas. Mais admettez-les comme vraies, elles ne prouvent rien. Si César eût trouvé quelque avantage pour son autorité à s'asseoir sur le trône, il y fût arrivé par les acclamations de son armée et du Sénat, avant d'y avoir introduit la faction de Pompée. Ce n'élait pas en se faisant saluer du nom de roi, dans une promenade, par un homme ivre, en faisant dire par les Sibylles qu'un roi pouvait seul vaincre les Parthes, en se faisant présenter un diadème dans les Lupercales, qu'il pouvait espérer d'arriver à son but. Il eût persuadé à ses légions queleur gloire, leurs richesses dépendaient d'une nouvelle forme de gouvernement qui mît sa famille à l'abri des factions de la toge; c'eût été en faisant dire au Sénat qu'il fallait mettre les lois à l'abri de la victoire et de la soldatesque, et les propriétés à l'abri de l'avidité des vétérans en élevant un monarque sur le trône. Certes, ce n'est pas à la
:;ui L'EMPIRE LIBERAL.
veille de partir pour l'Euphraie et de s'engager dans une guerre difficile, qu'il eût culbuté les formes en usage depuis cinq cents ans pour en établir de nouvelles. Qui aurait gouverné Rome en l'absence du roi? un régent? un gouverneur? un vice-roi? tandis qu'elle était accoutumée à l'être par un consul, un préteur, un sénat, des tribuns?... César n'a pas voulu être roi, parce qu'il n'a pas pu le vouloir, puisque, après lui, pendant six cents ans, aucun de ses successeurs ne l'a voulu. C'eût été une étrange politique de remplacer la chaise curule des vainqueurs par le trône pourri, méprisé des vaincus ^ »
A celui qui le salua du nom de roi il répondit : (( Je ne m'appelle pas roi, je m'appelle César. » Qu'était en effet le titre de roi à côté du nom de César? Mommsen a confirmé en érudit ce que le bon sens du génie avait rendu évident à Napoléon-. César eût-il été un tyran, il n'en faudrait blâmer que le peuple assez avili pour rendre une tyrannie nécessaire. Ce n'est pas le despote qui est vil, c'est le troupeau qui l'appelle et l'intronise. « S'ils sont esclaves, dit Cicéron, c'est leur faute plus que celle de leurs tyrans^ » César ne détruisit pas une liberté détruite et il sauva, ce qui est supérieur à la République et à la liberté,