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arbitrairement? Faut-il avoir Tesprit ingénieux pour ne pas vouloir, lorsqu'on se permet de critiquer un Gouvernement, être jugé par ce Gouvernement? pour aimer à élire librement les représentants de son opinion sans être exposé à la diestitution? pour désirer la faculté de s'exprimer franchement avec les représentants delà Couronne? enfin, pour désirer avoir quelqu'un à qui s'en prendre des fautes du Gouvernement? Savez-vous ce qui me semble ingénieux, c'est le contraire : le suffrage universel établi, donné, mais dirigé, voilà qui est habile, profond, ingénieux; ce qui est encore ingénieux, c'est que la responsabilité appliquée aux ministres, pour être efficace, soit transportée au Souverain contre lequel on ne peut rien. Oui, cela est vraiment ingénieux, tandis que dans ces libertés simples et pratiques que nous demandons il n'y a que le vrai simple, le vrai qui se communique à toutes les intelligences, et je puis vous en donner une preuve, c'est que ces garanties que nous demandons sont répandues dans le monde entier et sont partout aujourd'hui. Et qui donc a si bien enseigné l'Europe? Qui? C'est nous : oui, c'est nous qui depuis 1789, tantôt par ces magnifiques enseignements sortis de la bouche de Mirabeau, de Barnave, plus tard de celle des de Serres, Benjamin Constant, Boyer-Collard, et bien d'autres; tantôt par nos exemples, tantôt par nos malheurs mômes, avons enseigné l'Europe. Elle nous a crus, et si bien crus qu'aujourd'hui elle refuse de nous croire quand nous
lui disons le contraire de ce que nous lui avons dit pendant cinquante ans. » [Approbation sun quelques bancs.)
Rouher, voulant réfuter l'accusation de tenir systématiquement ïliuillier à l'écart depuis ses grands succès, le chargea d'exprimer la pensée du gouvernement. Thuillier s'en acquitta avec une vigoureuse concision : a Gomment pouvezvous prétendre que vous n'êtes pas libres, après que vous avez prononcé un discours qui n'est qu'une longue attaque contre la Constitution ? » Il s'engagea ensuite dans une critique du système parlementaire, et il cita, au milieu des rires de l'assemblée, la définition donnée par M. Thiers lui-même dans le National : « Un roi anglais est le premier gentilhomme de son royaume, il est au plus haut point tout ce que peut être un Anglais de haute distinction. Il chasse, il aime les chevaux, il est curieux du continent, il a l'orgueil anglais, l'ambition anglaise, il est le cœur joyeux de l'Angleterre après les triomphes de Trafalgar et d'Aboukir, mais il ne gouverne pas, il laisse le pays se gouverner et il suit rarement son goût dans le choix de ses ministres. Chatham devint le fondateur d'une dynastie de ministres désagréables à leur roi et maîtres de leur pays pendant un demi-siècle. » Voilà ce qu'on veut nous donner ; tout cela n'est pas fait pour notre France. Ce qu'elle veut, c'est un prince qui règne, qui gouverne, qui sache diriger les affaires du pays. Voilà ce qui plaît au peuple français, ce
qu'il a, ce que nous prions Dieu de lui conserver longtemps. » [Très bien! très bien !)
11 démontra surtout que la liberté de la presse avait été la cause de tous les désordres et des ruines; que la presse avait été Tennemie implacable et victorieuse de tous les gouvernements ; que tous, M. Thiers au nom de la Monarchie, comme M. Marie au nom de la République, avaient été obligés de réprimer ses excès : — « Vous avez eu la liberté de la presse, vous, gouvernement de d830, vous en êtes-vous bien trouvés? [Rires approbatifs .] Vous avez eu, vous gouvernement de 1848, la liberté de la presse, mais avez-, vous su établir un gouvernement? Je comprendrais qu'on vînt nous parler de son expérience si on nous disait : Imitez-moi, car j'ai réussi; ou bien : Gardez-vous de m'imiter, car j'ai échoué. — Mais non, on nous dit : J'ai échoué, imitezmoi. — iNous ne le ferons pas. On nous demande des concessions, nous demandons des engagements. On nous réclame des garanties pour la liberté, nous demandons qu'on nous offre des garanties pour la dynastie. Il n'est pas vrai que l'Empire soit le règne de l'arbitraire. C'est le règne des lois, de la tolérance, de la sagesse, de la modération, du progrès incessant en toutes choses. L'Empire c'est la plus grande, la plus heureuse, la plus fîère démocratie que le monde ait jamais vue, couronnée par la gloire et par une sage liberté'. » [Vives acclamations, applaudissements, félicitations.) 1. Séance du 28 mars 1865.
Au sortir de la Chambre, au lendemain du discours de Thiers, j'aperçus le comte d'Haussonville un des hommes les plus vaillants, les plus loyaux, les plus éclairés et les plus spirituels de ce temps. Je me détournai pour l'éviter, supposant, à cause de la vivacité de ses opinions orléanistes, que mon discours lui avait déplu. Il vint droit vers moi et me dit : a Vous avez fait un acte fâcheux pour vous; comme ami je ne vous l'aurais pas conseillé, mais il sera bien utile. Cela nous permettra d'avoir des candidats partout, votre discours a agi comme cent, celui de Thiers comme vingt-cinq. »
Lejourmêmeoù nous discutions de la politique intérieure, le titulaire du ministère qui la dirigeait fut changé. Il était naturel que le ministre d'État y voulût avoir quelqu'une sa discrétion. Billault y avait mis son ami Boudet, Rouher y plaça son aiter ego La Valette. On crut que Rouher compléterait sa prise de possession de premier ministre en poussant Thouvenel aux Affaires étrangères. Il y était en effet très décidé par intérêt personnel et aussi par attachement sincère à son ancien collègue ; La Valette, plus fin, craignit que la présence de Thouvenel à ses côtés dans le même ministère n'offusquât bien des gens et ne finît par tourner au détriment de Rouher. 11 déclara à Thouvenel lui-même qu'il devait être le loyal collègue de tous les titulaires des Affaires Étrangères et par conséquent de Drouyn deLhuys, dont la situation, au lieu d'être
ébranlée, se trouva provisoirement consolidée» «Ne croyez pas, cher ami, écrivait Thouvenel à Benedetti à Berlin, en lui contant cette situation nouvelle, et surtout ne laissez pas croire que je sois blessé de cette prompte volte-face. — Je n'ai jamais éprouvé le vertige du pouvoir, mais je sais que la plupart des personnes s'y troublent et pensent d'abord à oublier ce qui les gêne. Je n'en veux donc pas au marquis, mais à vous je puis tout dire '., »
Dans la suite de la discussion de l'Adresse, Picard souleva un long incident par une interruption dans un discours du marquis d'Avrincôurt, chambellan député. Cet orateur s'était attaché à réfuter pas à pas mes considérations sur la nécessité de céder : « 11 ne suffit pas d'être bon et doux, il faut encore être énergique. Savezvous ce que je reproche à Louis XVI? c'est de n'avoir pas résisté énergiquement, de n'avoir pas repoussé par les armes la populace qui venait insulter son souverain. » Parcourant sur ce ton l'histoire de tous les gouvernements, il en vint à dire : Le 2 décembre est arrivé, tout le pays l'attendait. » — Picard: « Ne parlez pas du 2 décembre. » — Voix nombreuses: « Si, si, parlezen. » — Boulier: ce Vous pouvez aussi bien parler
t. Du io avril 1865.
du 2 décembre que du 10, le suffrage universel a sanctionné les deux dates. » — Jules Faire : (( Justifiez le 2 décembre au point de vue de la loi. » — JRouhe?\' a ^ous avons détruit les factions ce jour-là et nous les détruirions encore (Très bien, très bien), — Jules Favre : o Osez dire que vous agiriez de même vis-à-vis de cette Chambre si elle vous résistait, osez-le. » — Picard : a Le 2 décembre est un crime. » — Voix nombreuses : (( A l'ordre, à l'ordre. » — Granier de Cassagnac : « M. Picard a prononcé un mot qui doit être retiré ou expliqué. » — Le Président Schneider : a Je demande à M. Picard de vouloir bien retirer le mot ou l'expliquer. » — Picard : « Je me suis récrié et j'ai dit : Ne parlez pas de celte date parce que vous nous forceriez à en dire ce que nous pensons. Je ne suis pas venu ici pour parler du 2 décembre, et si le gouvernement datait du 2 décembre, je ne serais pas venu ici. 11 date du 10 décembre, de l'élection du peuple devant laquelle je m'incline. Je n'aurais donc eu rien à ajouter à l'interruption que je m'étais permise si le Ministre d'État n'avait cru devoir dire que ce jour-là les factions avaient été vaincues. C'est alors que j'ai répliqué par un mot qu'il n'est pas de mon honneur de retirer, mais que par respect pour l'Assemblée, jenerépète plus. » — Le Président Schneider : « Je connais trop la loyauté de mon honorable collègue pour penser qu'il veuille se retirer derrière une équivoque. M. Picard a voulu assurément dire que ce mot lui a échappé. J'admets qu'il a ainsi déféré à ce que les conve-
nances parlementaires imposent et à ce que sa situation parmi nous lui impose. » — Picard fait un geste en signe d'adhésion. — Granierde Cassagnac: « Il n'est pas possible d'en rester là, il faut que le mot soitretiré ou expliqué. Je demande que la Chambre soit consultée sur le rappel à l'ordre de M. Picard. » [Bruyante et longue agitation.) — Le Président Schneider .-((M. Picard a déclaré par un geste significatif et vu par la Chambre entière que ce mot lui était échappé, sa loyauté l'oblige, puisqu'on a pu douter du sens de ce geste, à déclarer que c'était une marque d'adhésion à mon interprétation de ses paroles. Si cela est, il doit le dire tout haut. » — Picard : « Lorsque M. le Président a pris la parole, j'ai trouvé que le sentiment avec lequel il traduisait ce que j'avais dit était exact, et j'ai fait un geste d'assentiment. Je Tai fait, et je n'éprouve aucun embarras à le dire. » Le président déclara l'incident clos, et le lendemain le compte rendu dit simplement : « M. Picard prononce au milieu du bruit quelques paroles que nous n'entendons pas. »
La majorité fut fort mécontente de ce qu'elle appela la mollesse du président, et elle ne tarda pas à le lui témoigner. Jules Favre prit la parole sur un amendement de la gauche et discuta, en termes accusateurs, la conduite de l'Empereur avant et après 1848. Jérôme David interrompit : <( Cette discussion prend une tournure intolérable ; il n'y a pas une assemblée en Europe où l'on supporterait un débat qui livrerait la personne du souverain directement à
la discussion et cependant quelle différence! le pouvoir de TEmpereur émane directement du suffrage universel. » — Schneider mis en demeure s'exécuta; dans les termes les plus doux, il pria Jules Favre plus qu'il ne le somma, de ne pas discuter la Constitution. — Jules Favre : « La Chambre ne veut pas que je poursuive, je m'assieds, la France jugera. » Schneider invita en vain l'orateur à continuer son discours, il refusa, l'amendement tut mis aux voix et rejeté sans autre débat. L'heure étant peu avancée il semblait naturel que la discussion continuât, mais la Gauche, qui comptait sur un long débat, n'était pas prête à soutenir ses autres amendements et l'excitation de l'Assemblée ne le lui eut pas permis. Je demandai le renvoi au lendemain. Schneider n'ayant pas accueili ma motion , j'exigeai qu'elle fût mise aux voix et elle fut adoptée \
Ouelques indépendants réclamaient la juridiction des tribunaux substituée au régime administratif. Leur amendement soutenu par Martel, Guéroult, compromis par Pelletan et Picard, combattu par Rouher, ne réunit que soixantetrois voix. Pelletan, d'un ton superbe, faisant allusion à mon dernier discours, s'était écrié : « Je ne suis pas de ceux qui mendient la liberté, la liberté ne se mendie pas, elle s'affirme. )^ Je répondis : « Quand on aime la liberté pour