CHAPITRE VII
L'Empereur s'était beaucoup occupé de l'Algérie. Le sénatus-consulte du 22 avril 1863 avait ordonné la délimitation du territoire des tribus arabes, leur répartition en douars, et l'établissement de la propriété individuelle. Le décret du 7 juillet 1864 avait réorganisé les bureaux arabes, augmenté leur nombre, établi un lycée à Alger, six collèges communaux, une école normale d'instituteurs, des écoles arabes, etc. En 1864, une insurrection, ayant pour chef Sidi-Seliman, un des plus puissants marabouts, éclata dans le Sud, par le massacre d'un colonel et de 84 hommes de son détachement. Elle s'était propagée rapidement dans le Tell; elle aurait gagné le cœur même de nos établissements sans la vigilance et la célérité de nos autorités militaires qui allèrent l'attaquer jusqu'au fond de ses montagnes. Cela obligea de porter l'effectif de l'armée d'Afrique à 85499 hommes. On donna diverses causes à cette insurrection.
L'Empereur résolut lui-même de faire une enquête sur les lieux.
Quoiquil ne quittât pas le territoire français, il donna à l'Impératrice une marque de sa confiance et lui remit la régence afin d'assurer l'expédition rapide des affaires : elle présiderait, en son nom, le Conseil des ministres et le Conseil privé ; toutefois, il ne lui fut accordé d'autoriser par sa signature aucune promulgation de sénatus-consulte ni de loi de l'État autres que ceux actuellement pendants devant le Sénat, le Corps législatif et le Conseil d'État (26 avril 1865).
Deux jours auparavant l'Empereur avait fait le testament suivant : « Je recommande mon fils aux grands corps de l'État, au peuple et à l'armée. L'Impératrice Eugénie a toutes les qualités nécessaires pour bien conduire la régence, et mon fils montre des dispositions et un jugement qui le rendront digne de ses hautes destinées. Qu'il n'oublie jamais la devise : Tout pour le peuple français. Qu'il se pénètre des écrits du prisonnier de Sainte-Hélène , qu'il étudie les acteset la correspondance de l'Empereur; enfin, qu'il se souvienne, quand les circonstances le permettront, que la cause des peuples est la cause de la France. Le pouvoir est un lourd fardeau parce que l'on ne peut pas toujours faire le bien qu'on voudrait, et que vos contemporains vous rendent rarement justice; aussi faut-il, pour accomplir sa mission, avoir en soi la foi et la conscience de son devoir. Il faut penser que du
haut des cieux ceux que vous avez aimés vous regardeut et vous protègent : c'est l'âme de mon grand oncle qui m'a toujours inspiré et soutenu. ir en sera de même pour mon fils, car il sera toujours digne de son grand nom. — Je laisse à rtmpératrice tout mon domaine privé, je désire qu'à la majorité de mon fils elle habite l'Elysée et Biarritz. — J'espère que mon souvenir lui sera cher et qu'après ma mort elle oubliera les chagrins que j'ai pu lui causer. — Quant à mon fils, qu'il garde, comme talisman, le cachet que je portais à ma montre et qui me vient de ma mère ^ Qu'il conserve tout ce qui me vient de l'Empereur mon oncle, et qu'il soit persuadé que mon cœur et mon âme restent avec lui. Je ne parle pas de mes chers serviteurs : je suis convaincu que l'Impératrice et mon fils ne les abandonneront jamais. — Je mourrai dans la religion catholique, apostolique et romaine, que mon fils honorera toujours par sa piété (24 avril 1865). » Ce testament si simple et si noble affirme avec une égale force les deux sentiments dont l'Empereur poursuivait la conciliation à Rome : la cause des peuples, et la fidélité à la religion catholique.
Après une entrevue des plus cordiales, à la gare de Lyon, avec le tsar Alexandre, il s'embarqua à Marseille sur X Aigle ^ le l^i- mai 1865.