LA FIN DE LA GERE^XE ET DE LA SESSION. 39S
partie, se composa de membres contraires au projet. L'Impératrice étudia la question, invita à dîner les commissaires les plus récalcitrants. Buffet, non suspect de courtisanerie, nous a laissé un compte rendu de cette soirée.
« Après le dîner, l'Impératrice a discuté avec nous la question des travaux publics extraordinaires et de l'aliénation d'une portion des forêts de l'État. Le projet de loi, relatif à cet objet, avait été, le jour même, examiné par le Corps législatif en comité secret et avait provoqué, au moins en ce qui concerne l'aliénation des forêts, une opposition presque universelle. L'Impératrice a repris la question. Nous étions tous d'un avis opposé au sien. Elle a discuté, avec une connaissance vraiment merveilleuse de la matière, contre six contradicteurs, et a soutenu son avis avec une grâce, une présence d'esprit, et une fermeté, qui ont réellement charmé les convives. Ces petits dîners sont très bien imaginés. Elle apprend ainsi à connaître la Chambre, et elle s'en fait connaître. Et certes elle ne peut que gagner beaucoup à être connue. Tous ceux qui l'approchent sont émerveillés de son aptitude à saisir les questions les plus ardues et les plus étrangères aux préoccupations ordinaires d'une femme. Elle a réussi à se rendre compte du mécanisme si compliqué des budgets déf>artementaux, que j'ai été longtemps à bien comprendre. La discussion que nous avons eue hier en sa présence, et à laquelle elle a pris une grande part, a duré près de deux heures. Je dois avouer que j'ai été
une ou deux fois embarrassé par les objections pleines de finesse qu'elle me faisait et auxquelles je ne trouvais pas immédiatement une réponse topique K »
Néanmoins, c'est à grand'peine que le commissaire du gouvernement, Franqueville et moi obtînmes une majorité en faveur des travaux; la commission, toujours unanime contre l'aliénation des forêts de l'État, me nomma rapporteur. Un des membres, Du Mirai, proposa une transaction ; Rouher me demanda comme un service de la soutenir. Je lui répondis que cela m'était impossible et que le seul service que je pouvais lui rendre était de renvoyer mon rapport à l'année prochaine, ce qui lui donnerait le temps d'aviser. Il accepta cette combinaison et le projet disparut silencieusement de l'ordre du jour.
L'Impératrice contribua, par son intervention, au succès d'une loi due àl'intiative de l'Empereur et deMorny sur les chèques. Darimon, rapporteur du projet de loi, avait exposé la question en économiste consommé, dans un exposé qui ne laissait subsister aucune objection. Néanmoins le projet rencontra une opposition qui étonne, aujourd'hui que le chèque est devenu d'un usage si universel. Berryer, étranger au mécanisme financier anglais, auquel nous empruntions ce moyen de circulation, fut l'opposant le plus intraitable, et ses arguments trouvaient un assentiment si marqué dans une portion de l'assem-
1. iNotice sur Buffet, lue à l'Académie des Sciences morales et polili'iues par le baron de Gourcel, le 4 janvier 1902.