LA FIN DE LA RÉGENCE ET DE LA SESSION
anciens, — utiliser les ressources de l'Afrique en produits et en hommes, — arriver par là à diminuer notre armée et nos dépenses. Deux opinions contraires, également absolues et par cela même erronées, se font la guerre en Algérie. L'une prétend que l'expansion de la colonisation ne peut avoir lieu qu'au détriment des indigènes ; l'autre, que l'on ne peut sauvegarder les intérêts des indigènes qu'en entravant la colonisation. Réconcilier les colons et les Arabes, en ramenant les uns et les autres dans la voie tracée par ma lettre du 6 février 1863, prouver par les faits que les derniers ne doivent pas être dépouillés au profit des premiers, et que ces deux éléments ont besoin de se prêter un concours réciproque, telle est la marche à suivre; les Européens doivent servir de guides et d'initiateurs aux indigènes pour répandre chez eux les idées de morale et de justice, et leur apprendre à écouler ou transformer les produits, réunir les capitaux, étendre le commerce, exploiter les forêts et les mines, opérer les dessèchements, faire les grands travaux d'irrigation, introduire les cultures perfectionnées, etc. Les indigènes doivent seconder l'établissement des Européens, afin de trouver chez eux l'emploi de leur main-d'œuvre, le placement de leur récolte, de leurs bestiaux. Quand cette pensée aura été bien comprise et énergiquement appliquée, l'intérêt mutuel fera peu à peu, je l'espère, disparaître les antipathies. » 11 ajoute en terminant sa lettre, et dans son résumé : (( J'aime mieux utiliser la bravoure des Arabes
que pressurer leur pauvreté, rendre les colons riches et prospères qu'importer à grands frais des émigrants étrangers. »
A la suite de ces idées générales, un certain nombre d'idées pratiques furent soumises à la délibération du conseil des ministres en présence de Mac-Mahon. — « Bien des idées de l'Empereur, écrit Vaillant, tombent dans cette discussion^ . (^et ouvrage tombe pièce à pièce sous le coup de la discussion. » Il n'en subsista en effet qu'un sénatus-consulte sur l'état des personnes (14 juillet 1865). Les indigènes musulmans et israélites furent immédiatement investis des droits civils attribués aux Français sans qu'intervînt un acte de soumission quelconque, sans serment à prêter, sans condition. Devenu Français, l'indigène musulman et israélite est admissible au service dans les armées de terre et de mer; il est apte à remplir les emplois et les fonctions civiles; il peut, s'il le veut, obtenir la qualité de citoyen par une demande individuelle. En devenant citoyen, il restera maître de son culte, mais il devra se dégager des institutions de ce culte que la loi française réprouve : la polygamie et le divorce. Les étrangers, au lieu d'être soumis à un stage de dix ans précédé d'une déclaration préalable, pourront réclamer la qualité de Français, après une résidence de trois ans dans la colonie.