CHAPITRE X
PREMIÈRE ENTREVUE DÉMILE OLLIVIER AVEC L'EMPEREUR — ÉLECTIONS MUNICIPALES— A BIARRITZ; LA FILLE D'EMILE DE GIRARDIN ET L'IMPÉRATRICE.
Les jeunes coquins âgés de moins de seize ans, acquittés comme ayant agi sans discernement, mais non remis à leurs familles (art. 66 du code pénal), étaient soumis, souvent pendant plusieurs années, dans la prison de la Petite-Roquette, à l'atroce régime d'un emprisonnement cellulaire de jour et de nuit. Ce régime constituait une violation Qagrante de la loi du o août I80O, qui, loin d'établir l'emprisonnement cellulaire, avait voulu l'éducation en commun, l'application aux travaux de l'agriculture et aux industries qui s'y rattachent. L'Impératrice étant allée visiter cet enfer, avait été émue et avait fait créer par l'Empereur, revenu d'Algérie, une commission pour rechercher s'il n'y avait pas lieu de supprimer cette prison et d'y substituer un régime moins féroce dans des colonies agricoles (22 juin J865). La commission se composait du préfet de
police Boittelle, du président du Conseil d'État Vuitry, de M^^" Darboy, du procureur général de- Marnas, du conseiller d'État Cornudet, de l'ancien président à la Cour de cassation Déranger, du D' Rayer, du député Mathieu; on me demanda d'en faire partie et j'y consentis.
A la fin de la première séance, j'arrivais dans la cour des Tuileries lorsque Bosredon, secrétaire général du ministère de l'Intérieur, secrétaire de la Commission, homme fort aimable et très distingué, me prit à part et me dit que l'Impératrice désirait causer avec moi à une heure, le jour qui me conviendrait. Je fixai le mardi 27 juin. Je la trouvai seule, à côté d'une petite table chargée délivres, son fauteuil protégé par un petit paravent. Elle se leva, m'invita à m'asseoir. Au bout de quelques instants, la porte communiquant avec les appartements intérieurs s'.entr'ouvrit ; l'Impératrice fit un signe de la main; alors la porte s'ouvrit tout à fait, l'Impératrice se leva et, d'un ton un peu trop solennel, dit: (( L'Empereur! » Je fis quelques pas en avant, a J'ai souvent entendu parler de vous, me dit l'Empereur, par un de mes amis, Morny. — Ohl répondis-je, c'était une nature charmante, fine et forte, et j'éprouvais pour lui une véritable affection. — Il appréciait beaucoup aussi votre personne et votre talent. » Nous échangeâmes quelques observations sur la Roquette, puis l'Impératrice me pria de répéter ce que je lui avais dit sur le droit de réunion et sur M. Thiers. L'Empereur m'écouta très attentivement. Quand'