Voir le discours d'Emile Ollivier du i^'' février
ponsabilité ministérielle et le relour au régime parlementaire. Rouher, qui ne s'attendait qu'à une attaque contre la loi surla presse, fut surpris; il écarta par quelques mots dédaigneux ce qui faisait l'objet principal de l'argumentation et entonna un hymne laudatif en faveur des lois libérales quoiqu'on ne les eut pas attaquées : « Avant que la presse eût les franchises que lui a données la législation nouvelle, les passions existaient; elles étaient à l'état latent et au fond n'en avaient pas moins d'ardeur. El] bien ! nous avons mieux aimé que le masque tombât des visages et que tous pussent connaître les hommes, les partis, les doctrines, leurs passions et leur hostilité; nous avons préféré voir nos adversaires face à face... Aucune des garanties qui constituent la force du gouvernement impérial n'a été ébranlée par ces diatribes. Vains ont été les outrages, si haut qu'ils aient voulu porter... Les ambitieux qui veulent agiter le pays, les hommes déclassés qui soulèvent toutes ces passions peuvent présenter à l'opinion ces odieuses affirmations, je n'en ai nul souci. Le pays qui entend ces doctrines incohérentes, qui est le té/uoin de ces ardeurs aveugles dont son repos est le terrible enjeu, ne fera que resserrer les liens qui l'unissent au gouvernement de l'Empereur et rejettera dans leur honte, sinon dans l'obscurité, ces prédications funestes si elles n'étaient impuissantes. » Maupas ne se laissa pas escamoter et avec infiniment de présence d'esprit ramena le ministre d'Etat à la question éludée : « Ce que vous
n'avez pas voulu comprendre, c'est qu'au lieu de découvrir à cette tribune la personne de l'Empereur, on s'applique, au contraire à la couvrir... Ce que je demande, c'est de faire le contraire de ce qu'a fait M. Rouher, c'est de ne pas invoquer sans cesse ainsi l'autorité souveraine, et de présenter courageusement sa poitrine auK attaques. Voilà la nature de la responsabilité que je réclame. »
11 n'y avait pas moyen de ne pas comprendre. Rouher répondit que la constilution établissait ce qu'il y avait de raisonnable dans ce qu'il demandait; il voulait la responsabilité et l'homogénéité; l'une et l'autre existaient : « Nous ne sommes pas responsables. J'ai dit dans un discours : le jour où le Corps législatif critiquera ma conduite, ce jour-là je ne prendrai conseil que de ma dignité et de mon honneur, et je me retirerai. [Mouvement.) Devant vous je tiens identiquement le même langage; il n'est aucun de nous qui voudrait conserver le portefeuille que l'Empereur lui a confié le jour où un blâme direct aurait été dirigé contre sa conduite. Ce que vous demandez, c'est la déclaration de la responsabilité ministérielle; vous voulez, malgré les enseignements de l'histoire, que la personne des ministres couvre la haute personnalité de l'Empereur. » Et alors, pour que son maître ne prenne pas ombrage de son titre de viceempereur, il se met la tête dans la poussière : <( Nous n'avons ni cet excès d'infatuation, ni cet excès d'ingratitude que nous prétendions couvrir
la haute responsabilité de l'Empereur. Aucun de nous, Messieurs, n'est assez grand pour remplir ce rôle... Sa responsabilité, c'est sa gloire et sa grandeur! ( Très bien Jrès bien !) Pour nous, nous ne sommes que ses serviteurs dévoués et obscurs. Nous n'avons pas la prétention de grandir notre rôle; nous ne méritons, ni les uns ni les autres, ces insinuations incessantes qui dénaturent notre fonction, exagèrent nos attributions et nous prêtent des ambitions que nous répudions bien loin de nous. Tout cela est puéril. Non, nous sommes des serviteurs dévoués, rien de plus, rien de moins. » [Vive approbation, bravos et apjjlaiidissemeiits .) Il se redresse de sa prosternation par une impertinence : « Les critiques que l'honorable M. de Maupas a portées à cette tribune sont de la plus haute imprudence, car le thème qu'il a développé, c'est le thème de tous les ennemis de l'Empire, de tous les partis hostiles coalisés contre les institutions impériales ^ » — Ainsi réclamer la responsabilité ministérielle, même quand on avait été le préfet de police du coup d'Etat, c'était se classer parmi les ennemis de l'Empire.
Au Corps législatif, il fut entendu que le débat sur la pohtique intérieure serait renvoyé