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prêtes à fondre sur elle. Haussmann, sur l'invitation de l'Empereur, s'assura contre cette éventualité menaçante par un traité de liquidation avec le Crédit foncier ; la dette flottante de la Ville fut consolidée par un emprunt de 465 millions avec intérêt à 5,16 p. [100 remboursable en soixante annuités. Cette fois, il n'était plus possible d'éluder le Corps législatif. Un projet lui fut présenté qui, par l'approbation du traité, couvrait à la fois la double irrégularité commise par le préfet de la Seine et par le Crédit foncier l'un en empruntant, l'autre en prêtant sans autorisation. Ce projet rencontra de toutes parts des oppositions, car à l'antipathie que provoquait Haussmann en maints députés se joignait l'envie inspirée à beaucoup d'autres par la faveur dont Frémy, le directeur du Crédit foncier, homme d'une distinction charmante, jouissait auprès de l'Impératrice. La Commission cependant approuva, en réduisant les annuités de remboursement à quarante ans et en accordant à la Ville, qui ne la réclamait pas, la faculté de se libérer d'une manière anticipée si cela lui convenait. Par cette dernière modification on comptait enlever au Crédit foncier les bénéfices d'une grande affaire en les attribuant à la Bourse des valeurs.
Le gouvernement eût voulu s'en tenir là. Mais les financiers, en majorité dans la Commission,
ne consentirent à amnistier le passé qu'à condition d'obtenir des garanties contre son recommencement. N'osant pas aller jusqu'à demander l'élection d'un Conseil municipal à Paris, ils reprirent l'idée que j'avais formulée, sans succès, en 1863, dans un amendement des Cinq, de soumettre le budget de la Ville au vote du Corps législatif. Haussmann accepta immédiatement ce système que, préiend-il, il avait lui-même plusieurs fois suggéré à l'Empereur MMais Rouher, toujours incapable de prendre un parti résolu, dit à la fois oui et non : oui pour le budget extraordinaire, non pour le budget ordinaire. Combinaison irrationnelle et surtout impratique, car comment apprécier le budget extraordinaire sans se rendre compte du budget ordinaire?
Les débats durèrent onze séances (22 février-
1. Haussmann a revendiqué, dans un discours du 13 avril au Sénat, la paternité de ce système. En 1864, lors de l'installalion du Conseil municipal, il aurait prononcé un discours dans lequel il avait établi que si le Conseil municipal de Paris devait être réélu, il devait l'être par la France entière. « Je crois, dit-il, avoir posé le premier jalon de la mesure qui va faire concourir désormais le Corps législatif au règlement des affaires de la Ville, non plus uniquement dans des circonstances accidentelles, mais annuellement et d'une manière normale. Elle ressort de mon discours de 1864, comme la conséquence obligée d'un raisonnement qui ne présente que cette lacune, mais que tout le monde pouvait aisément compléter en la remplissant. » Haussmann se vantait. Le syslèaje avait été établi, non comme un jalon enfermé dans un raisonnement d'où on ne l'avait pas tiré, mais dans un amendement des Cinq à l'Adresse de 1863 un an avant son discours. C'est donc à eux qu'appartient l'initiative du projet dont il revendique le mérite.
8 mars 1869j et furent des plus animés. Les députés de l'opposition ne gardèrent aucune mesure. Ils attaquèrent tout sans distinction, les irrégularités financières comme les travaux euxmêmes, e(, parmi ces travaux, nu-^i bien la mutilation inutile, barbare, inesthétique du jardin du Luxembourg, le beau jardin de la jeunesse, de l'étude, de la méditation, que le déplacement nécessaire des cimetières, les travaux du Trocadéro, et tant d'œuvres de viabilité, d'assainissement dignes d'approbation. Picard, depuis longtemps l'orateur de cette question, prononça un discours plein d'esprit; Tliiers ne fit que reprendre sa thèse et même ses arguments : il jugea les actes du préfet de la Seine « les plus audacieux qu'on pût imaginer. On a appelé M. Rouher vice-empereur. Je crois qu'on l'a flatté : le vice-empereur, c'est M. le préfet de la Seine. » Les travaux mêmes de Paris ne lui inspiraient qu'une admiration modérée : quelques uns étaient utiles, beaucoup inutiles, et tous ceux qui étaient utiles n'avaient pas été exécutés. Il trouvait d'ailleurs peu conformes à l'esthétique ces grandes lignes droites qui allaient sillonner la ville et il eût préféré celles sinueuses de Florence ou de Rome; il concluait comme Picard que la seule garantie eût été un Conseil municipal élu et non le droit nouveau conféré au Corps législatif. « Il est cruel, lorsqu'on est entraîné dans un torrent de choses folles, et quand on cherche à s'attachera une branche, de n'avoir dans la main, pour branche unique, qu'une écla-
tante violation de tous les principes ^ » Les orateurs du tiers parti, les membres de la majorité tels que Pouyer-Quertier, Roulleaux- Dugage, Peyrusse, Calley Saint-Paul, reprirent à leur tour, à des points de vue plus spéciaux, les critiques de la Gauche : a Nous croyons, s'écriait l'un des plus solides ministériels, Houlleaux-Dugage, qu'il importe que la Chambre manifeste par un acte de sa volonté qu'elle n'approuve aucune des irrégularités commises et qu'elle commande à tous le respect de la loi. »
Haussmann fut détendu par le conseiller d'État Genteur et le ministre Forcade. Genteur déploya beaucoup de clarté, Forcade de chaleur, mais il était visible que l'assemblée ne les suivait pas. Rouher dut alors intervenir. Il jalousait le préfet de la Seine, que la faveur du souverain plaçait au-dessus de sa prépotence; il ne le défendait que dans la mesure nécessaire pour ne pas déplaire. Cette fois, se couvrant des résistances de la majorité;, il se crut dispensé de tout ménagement et il l'égorgea. U se mit d'abord à l'aise en écartant la personne de l'Empereur : a Sans doute l'Empereur a pu concevoir la nécessité de la transformation de Paris. Mais le rendre responsable des questions de comptabilité, de la gestion de la Ville, c'est là une erreur inadmissible. La responsabilité est ici plus circonscrite; elle ne s'élève pas jusqu'en haut, elle se borne à