‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 106 sur 165 · février · texte numérisé non relu

février

Tagent d'exécution. » Ceci dit, il opéra une de ces volte-faces qui expliquent pourquoi, malgré son talent, son autorité décroissait visiblement dans la Chambre et dans le pays. En 1867, il avait soutenu contre Berryer la régularité parfaite des opérations d'Haussmann; maintenant, tout en plaidant les circonstances atténuantes, il avouait leur irrégularité. Irrégularité, les bons de délégation : « Je n'hésite pas à le confesser, on a dépassé le droit d'administration, on a atteint le droit de disposition. » Irrégularité dans le fait d'avoir fait entrer les dépôts de garantie versés par les entrepreneurs dans le roulement de la caisse. Irrégularité, les cent cinquante-neuf millions émis de bons de la Caisse des Travaux publics, autorisée seulement jusqu'à concurrence de cent millions. Irrégularité le prêt du Crédit foncier à une commune qui n'était pas autorisée à emprunter, a Mais la Chambre, ajoutait-il, peut se rassurer. A l'avenir, plus de concessions, plus d'opérations d'escompte, plus d'emprunt déguisé, liquidation prochaine de la Caisse des Travaux publics, plus de bons de délégation ; le projet de loi vous donne une garantie formelle, celle qui résulte du vote du budget extraordinaire qui vous est déféré. » Rouher ne permit pas cependant que, de la condamnation des irrégularités financières, on induisit celle de la transformation de Paris : « Nous avons, nous, fondé la grande cité, la cité reine, nous avons fait une grande œuvre. Si une irrégularité de gestion a pu s'y mêler, on oubliera cette irrégularité

pour se souvenir de la grandeur de l'entreprise *. » Ce jour-là il prédit juste.

L'intégrité du préfet de la Seine n'avait été mise en cloute par personne : cependant Rouher prenant prétexte d'une insinuation malveillante dirigée contre Frémy, présenta véhémentement une défense négative, se bornant toutefois à affirmer qu'il n'avait rien trouvé qui permît d'incriminer l'administration de la Ville. Picard jugea que ces paroles de désaveu demandaient une sanction : « Il ne suffît pas d'abandonner les actes, il faut abandonner ceux qui les ont commis et, après un tel discours, M. Haussmann ne doit plus rester préfet. »

Le discours du ministre d'Etat balaya tous les amendements et contre-projets, et le traité entre la Ville de Paris et le Crédit foncier fut adopté. Haussmann sortait de la bagarre à la fois battu et triomphant.

La discussion du projet de traité entre la Ville elle Crédit foncier fut plus sommaire au Sénat. Son intérêt consista dans l'intervention d'Hausmann, qui se défendit lui-même. Il n'avait pas été satisfait de la façon désinvolte dont Rouher l'avait immolé, et des engagements téméraires et perfides qu'il avait pris, sans que cela fût nécessaire pour entraîner le Corps législatif. Il

Page 1