‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 107 sur 165 · HAUSSMANN AU SÉNAT · texte numérisé non relu

HAUSSMANN AU SÉNAT

était en outre blessé de ce qu'ayant feint de se croire obligé de défendre son intégrité, Rouher l'eût fait d'une manière simplement négative. Il était révolté que le ministre d'État eût complètement adopté les thèses de l'Opposition contre lui : les irrégularités qu'on lui reprochait, fussent-elles réelles, n'étaient pas son fait personnel, puisqu'elles avaient été autorisées par des décrets soumis au Conseil d'État; le devoir de Rouher était d'en revendiquer hautement la responsabilité. Il lui adressa donc un remerciement ironique d'avoir défendu son honneur, que personne n'attaquait. Il essaya, sur les irrégularités, de se donner un petit air contrit, mais il ne s'y tint pas longtemps. « J'avoue, dit-il, pour ce qui me concerne, que le repentir est faible, parce que la conviction du péché n'est pas complète; je conserve au fond du cœur la pensée que des faits prochains m'en absoudront. » Enfin, après avoir dit qu'il ne s'agissait pas de monter au Capitole, il y monta triomphalement. En passant, il prouva à Rouher que ses opérations n'étaient pas des emprunts déguisés, puisque, d'après ses propres doctrines, la disposition des revenus d'une commune, faite pour six ans, constituait un aménagement des deniers communaux et non un acte de disposition, et que les engagements de la Ville étaient, en général, répartis sur une période de six années. Toutefois, il ne s'arrêta pas à ces arguties juridiques, et sa défense consista moins à soutenir la régularité de sa gestion qu'à en démontrer la nécessité : « L'administra-

tion municipale a compris que la hardiesse des résolutions doit égaler la grandeur du péril et qu'elle ne devait reculer devant aucun effort pour éviter la désertion patente de ses engagements envers l'État. »

Ce discours hautain sous des formes systématiquement modestes rendait la position de Rouher difficile. Allait-il relever le gant? 11 s'en garda bien, car derrière Haussmann était l'Empereur, avec lequel il fallait en somme encore un peu compter. Il se contenta de dire sèchement qu'il n'avait pas à intervenir dans le débat, ce qui parut singulier, et qu'il avait toujours « rendu hommage à la grandeur de l'œuvre, à l'intelligence, aux soins, à la haute loyauté qui avaient présidé à son exécution », mais qu'il maintenait, devant la Commission, les déclarations faites par lui au Corps législatif^ Peu de jours après, Haussmann fît décréter la liquidation au l*"'' janvier 1870 de la Caisse des Travaux publics (19 avril 1869) ^ Ainsi fut close la partie aventureuse de la grande œuvre de la transformation de Paris.

Le Sénat perdit son président Troplong et le 6 mars le peuple officiel célébra magnifiquement à Paris les obsèques du grand dignitaire de l'Empire. Troplong a composé des commentaires très en vogue sur le Code civil et il n'était pas jurisconsulte ; il a participé aux résolutions les plus importantes, et il n'était pas homme d'Etat.

Page 1