La Valette. Séance du 10 avril
règles du droit commun. Ce projet ne put pas venir à la discussion en temps utile.
Le 12 avril, l'Empereur ordonna, par une lettre adressée au ministre d'Etat, qu'à l'occasion du centenaire de Xapoléon V% une pension annuelle de 230 francs fût assurée à tout soldat de la première République et de l'Empire. 11 ne s'était pas rendu compte des conséquences financières de cet ordre : pour l'exécuter à la lettre et donner une pension à tous les anciens militaires de la République et de l'Empire, encore très nombreux, il eût fallu imposer au pays une dépense qui, pour la première année seulement, se serait élevée à 23 ou 30 millions, et en appliquant, à cette première annuité de 30 millions la même progression croissante qu'à l'annuité de 10 millions qui est le point de départ des calculs du gouvernement, on arrivait à une dépense totale de 160 millions. Les ministres reculèrent devant l'énormité du sacrifice et le Conseil d'Etat, rapetissant la pensée de l'Empereur afin de la rendre pratique, n'attribua la pension de 230 francs qu'aux militaires remplissant les conditions suivantes : deux années de service, deux campagnes, une blessure reçue au service grave et dûment constatée. Par là, se trouvait exclu un grand nombre de ces vieux braves. Ruffet se plaignit de cette exclusion et critiqua la combinaison financière de la loi. Glais- Bizoinla bafoua : « Je comprends, dit-il, que Napoléon lll, qui a dit et écrit : « Tout ce que je suis, je le dois au premier Empire », ait voulu célébrer
le centième anniversaire de son créateur, l'inaugurer comme un jubilé par un don joyeux fait à tous ces vieux débris de la gloire impériale ; mais comme cet anniversaire est un fait tout personne], je voudrais que, mieux inspiré ou mieux conseillé, il prît sur sa cassette, sur les 25 millions de sa liste civile, ce don qui eût été joyeux pour tous. » ( Vive approbation à la gauche de r orale ar.) Pelletan invectiva : « J'ai besoin de protester contre le despotisme militaire du premier Empire {Vives réclamations)... contre le despotisme militaire qui a sabré toutes les libertés de la France et de l'Europe [Bruyante interruption).., c'est par ces considérations et parce que je repousse la glorification du régime impérial... [Allons donc!) que je crois devoir voter contre le projeta »
Ici une remarque s'impose. Quand un pays possède une tribune où l'on peut tenir le langage que nous avons entendu pendant toute cette session et une presse qui le recueille, le répète, le commente et le grossit, on peut soutenir qu'il manque cependant encore quelque chose de la bonne liberté, la liberté constitutionnelle bien pondérée, mais il est ridiculement faux de prétendre qu'il soit étouffé sous la chape de plomb, du despotisme.
La session fut close le 26 avril et on entra aussitôt en pleine lutte électorale.
1. Il n'y eut contre le projet que cinq voix opposantes. Thiers, Jules Favre, Picard, Buffet s'abstinrent.