Montaigne, I, xxiv
c'est la muse des Muses ^ » Citer à tort et à travers, en violentant le mouvement naturel des idées ou en le surchargeant mal à propos afin d'étaler son érudition, est une manie ridicule, ce fut celle du xvr siècle. Au contraire citer à propos, lorsque la citation sort des nécessités du sujet, en l'incorporant tellement à ce qu'on écrit soi-même, qu'on ne l'en distinguerait pas sans les guillemets indicateurs, c'est un art supérieur. A tout prendre, je préfère la manie du XYf siècle à la légèreté malhonnête avec laquelle, au xix% on pille, on copie, on refait les livres anciens, sans jamais indiquer où l'on a puisé. Pourquoi, lorsqu'un homme de génie a donné à une idée sa forme définitive, ne pas la reproduire telle qu'il l'a fixée en inscrivant avec reconnaissance son nom au-dessous de la formule heureuse? Bourdaloue ayant remarqué qu'un de ses préceptes produisait une vive impression sur son auditoire s'arrête et dit : « Cette pensée n'est pas de moi, mais de saint Jérôme'. » Que de force aussi dans ce procédé ! Au lieu d'un fieuve maigre n'ayant pour l'alimenter que le flot de sa source, on a un fleuve abondant, grossi d'affluents et qui coule en poussant tout devant lui.
Se proposer comme exemples les actes des hommes d'action illustres, n'est-ce pas aussi utile que de s'inspirer des maximes des penseurs? Je n'avais pas attendu d'être obligé deme
1. Chateaubriand. — V. Marcellus, Chateaubriand et son temps, p. 280.