Machiavel, Principe, VL
pertinente ! L'esprit de secte ne rend pas seidement mauvais, il abêtit.
Ce déchaînement de la première heure, par sa violence même avait quelque chose d'artilîciel.Peu à peu il se calma. NefPtzer, dont le jugement pesait beaucoup, commença dans le Temps à plaider les circonstances atténuantes. « Sans doute, ce que j'avais fait n'était pas bien, mais cependant, il ne fallait pas méconnaître que j'avais eu quelque mérite ^ » John Lemoinne dans les Débats se prononça encore plus favora-
1. i< M. Emile Ollivier a été le pionnier de l'opposition parlementaire; il lui a frayé la voie et l'a implantée à la Chambre ; il l'a servie avec courage et talent dans des circonstances beaucoup plus difficiles que celles d'aujourd'hui. C'est un mérite qui lui demeure acquis et qu'il a le droit de revendiquer. On lui a généralement reproché de l'ambition. Ce qui frappe, au contraire, le plus dans son livre, c'est un désintéressement d'une parfaite candeur. Il y a des ambitions qu'il faut avoir tout à fait, ou ne pas s'en mêler. Nous sommes convaincu que son intervention n'a pas été sans résultat ; il est certain que nous lui devons tout particulièrement la suppression du régime discrétionnaire de la presse. Il ne faut pas être injuste cependant: les engagements du 19 janvier, quoique singulièrement amoindris dans l'exécution, n'en ont pas moins eu des résultats. Nous en jouissons tous les jours. La presse a reconquis une situation légale et une plus grande liberté. C'est là un bien positif, dû à M. Emile Ollivier : nous avons à cœur de ne pas l'oublier. Si M. Ollivier s'est nui, ce que les élections montreront, il ne s'est en définitive nui qu'à lui-même, mais la chose publique a profité de son intervention. Il s'est un
blement^ Dans la Liberté un jeune écrivain, Boutmy, destiné à une belle renommée littéraire et historique, me consacra une étude fine, élevée, chaleureuse^. \)din^V Opinion nationale, Guéroult prouva une fois de plus que s'il était un esprit d'élite, il était non moins une vaillante et hon-
peu dévoué : il a été un Décius au moins autant qu'un Benjamin Constant. » — A. Nefftzer, Temps, 8-9 mars.
1. u C'est raconté avec un accent d'honnêteté, de droiture et de sincérité qu'il est impossible de ne pas reconnaître et de ne pas respecter. C'est ce qui fait tout pardonner à M. 01livier; cet homme, qui à chaque page cite Machiavel, est tout le contraire d'un intrigant. Il va chez l'Empereur, et, tout étrange que cela puisse paraître, tous deux ils se trouvent promptement et naturellement d'accord. C'est que ce sont deux esprits qui ont plus de rapport entre eux qu'on ne serait tenté de le croire. Dans leurs courtes relations, il n'y a eu ni ombre d'intrigue d'un côté, ni ombre de mauvaise foi de l'autre. Dans le rôle qu'il a rempli ou qu'on lui a fait jouer, il n'y a rien dont il ait à rougir, rien qu'il ait à rétracter ni à regretter ; et si nous élionsde ses électeurs, nous lui donnerions notre absolution et notre vote, notre estime et notre appui. Après tout, si l'œuvre qu'il avait rêvée et préparée n'est arrivée au jour que mutilée et défigurée, nous n'en gardons pas moins les morceaux, et c'est à nous de nous en servir. » [Débats, 8 mars 1869.)
2. « Il y a dans son livre un beau courant de probité, de candeur, de désintéressement, qui donne le flot à une merveilleuse éloquence; il y a cet ardent souci d'impartialité, cette hauteur philosophique qui ont été le caractère de ses discours, surtout depuis le 19 janvier. A notre avis, le talent de M. Ollivier n'a cessé de grandir à mesure que sa popularité diminuait. Quoi d'étonnant ? Plus un homme s'élève, plus il s'isole. Je ne souhaite point que son livre ne réussisse pas, je sais qu'aujourd'hui je le souhaiterais en vain; mais plus il excitera de la colère, plus il sera évident que l'auteur s'est élevé au-dessus des passions vulgaires auxquelles répond l'écho et s'attache la sympathie. » [Liberté du 13 mars 1869.)
nête conscience. Lui aussi était miné par l'ambition des jeunes irréconciliables. 11 aurait pu se joindre à ceux qui m'accablaient. Au risque de se nuire il me rendit un témoignage sans réserve ^
Le Journal de Paris, dirigé par des écrivains distingués, Hervé et Weiss, nullement mes amis personnels, dit le dernier mot, le jugement de l'histoire : <( Tout ce qui s'est passé entre le comte Walewski, M. Emile Ollivier, l'Empereur, M. Rouher, était de nature à troubler
1. « Il est impossible après l'avoir lu, de ne pas reconnaître que M. Emile Ollivier est un homme parfaitement honnête, courageux et convaincu, ce qui n'est déjà pas si commun; que dans cet épisode du 19 janvier, il ajoiié un rôle absolument désintéressé, et dont, après tout, les amis delà liberté doivent lui savoir gré, puisqu'il a fait faire un progrès considérable à la législation de la presse et du droit de réunion. On savait déjà que M. Emile Ollivier est un des premiers orateurs de la Chambre; après avoir lu son livre, on ne pourra plus douter qu'il soit, en même temps, un esprit convaincu, plaçant haut son idéal, toujours soucieux de conformer ses actes à ses principes. Quant à moi, il y a un souvenir qu'au milieu du déchaînement de mesquines passions dont M. Ollivier est l'objet je suis heureux d'évoquer. Il y a quinze mois, une odieuse intrigue dont les ramifications sont aujourd'hui connues, ourdie dans le but de déshonorer deux députés Journalistes, vint éclater au Corps législatif. Au [uilieu de la lâcheté de plusieurs et de la complicité de quelques-uns, deux voix seules s'élevèrent : celle de Berryer flétrissant l'indignité du procédé, celle d'Ollivier se portant fort pour l'honorabilité des personnes. Ce souvenir est de ceux qu'on n'oublie pas. Aussi, mon cher Ollivier, moi qui vous ccmnais depuis vingt ans et qui vous ai vu à l'œuvre dans les moments difficiles, toutes les fois qu'on viendra me dire que vous avez trahi votre conscience ou cédé à des mobiles mesquins et bas, je hausserai les épaules et je vous tendrai la main. »
l'esprit d' Il n| homme que son étoile jetait sans dire gare au milieu de ces formidables engrenages. Le député de Paris n'a pas eu un instant de vertige; il nous a toujours paru maître de sa langue et de ses mouvements; il a manœuvré entre deux intrigues, et s'est tiré de la bagarre avec une habileté qui montre une âme bien trempée et un coup d'œil très sûr. Nous lui savons gré avant tout d'avoir profité de ce qu'il ne voulait pas devenir ministre de l'Instruction publique pour développer devant l'Empereur un programme libéral mieux conçu et plus complet que celui qui a été appliqué. Ce programme du moins est irréprochable; c'est le programme de tous ceux qui aiment la liberté pour elle-même et non pour les avantages personnels qu'elle leur procure. Le vrai vaincu, dans cette compétition de pouvoirs, n'est pas M. Ollivier, qui s'en est tiré comme il y avait été appelé, les mains vides, maisM. Walewski, qui n'a pu renverser M. Rouher et se mettre en sa place. M. Emile OUivier a tenu dans ses mains, pendant quelques heures, iM. Rouher et sa fortune; il n'avait qu'à accepter le portefeuille de M. Duruy et c'en était fait du Grand Vizir. »
Enfin, le grand public, auquel il est si difficile de parvenir, entra en scène. Les injures dont on accablait le livre lui donnèrent envie de le lire. Les éditions se succédaient sans que j'eusse le temps d'en corriger aucune. En moins d'un mois, 20000 volumes avaient été enlevés et les demandes continuaient toujours. Comme ce grand
public n'était pas aveuglé par le parti pris, il approuvait. De toutes parts, je recevais des lettres d'encouragement, des témoignages d'affection. De cette collection je ne veux citer que celle de Sainte-Beuve qui prouve avec quelle perspicacité il comprit la portée de mes révélations : « Cher monsieur, je lis ces intéressantes révélations qui nous montrent à quel point l'Empire n'a plus de gouvernement, et quelle anarchie politique règne entre ses agents les plus élevés et les plus immédiats. Jamais en aucun temps en France, il n'y a eu pareille anarchie dans les hautes régions du pouvoir. Si l'on remonte jusqu'à Louis XV, il y avait au moins alors un premier ministre réel, que ce fût Choiseul ou d'Aiguillon. Quelque chose peut-être de pareil s'est vu sous Louis XYI, anarchie entre les Maurepas et les Turgot. Mais, sous un jeune empire, j'avoue que cela ne se conçoit pas, et pourtant vous montrez la plaie à nu. Pour vous, laissez passer les commentaires ; vous avez eu une belle pensée d'union, d'oubli généreux, de prévoyance; malgré les noms que vous citez, vous n'avez consulté que vous-même dans votre inspiration vraiment patriotique et vraiment désintéressée; votre tentative a son originalité, je dirai unique et parfaitement honnête. Vous nous la racontez et vous nous l'exposez en bien des endroits avec éloquence. Votre conclusion est des plus élevées. Combien je me suis senti fier que mon nom se soit rencontré sous votre plume, et dans de pareils termes, au moment où vous abordiez une des plus hautes et
des plus délicates questions qui pèsent sur notre avenir. »
En résumé à Paris, où la majorité était gagnée à l'esprit révolutionnaire, ce livre ranima les ardeurs contre moi; au contraire, en province il accéléra le mouvement constitutionnel et contribua à son succès prochain.
Cette publication suscita une conversation diplomatique entre Paris et Rome. La lettre adressée par le Saint-Père à l'archevêque de Paris, en date du 26 octobre 1865', avait été d'abord insérée dans un journal du Canada et réimprimée à Genève, puis répandue à profusion, quoique subrepticement, parmi les membres du clergé français. Elle m'avait été remise, et, cependant, je ne la publiai pas dans mes deux premières éditions, supposant qu'elle avait un caractère trop privé; des personnes soi-disant bien informées m'affirmèrent que c'était un acte de chancellerie qu'on pouvait sans indélicatesse livrer à la publicité. Je l'insérai donc en appendice de ma troisième édition. Grande rumeur. La Valette en écrivit à Banneville, notre ambassadeur à Rome : « La plupart vont croire que si la cour de Rome n'a pas pris l'initiative de cette publicité, elle ne l'a pas vue avec déplaisir, Un
1. Voir Empire libéral, tome VII, p. 495; tome IX, p. 433 et tome X, p. 476.
ncident de cette nature ne saurait manquer de passionner les esprits, car le document émané du Saint-Père touche aux lois qui règlent, chez nous, les relations de l'Église et de l'État, et nous devons craindre que le débat ne soit nécessairement porté devant les Chambres. Je n'ai pas besoin de faire remarquer combien la situation des organes du gouvernemeni sera délicate dans une pareille conjoncture, si la cour de Home ne nous vient pas en aide. Le moyen est que la cour de Rome n'hésite pas à condamner, sans ambiguïté et sans réserves, la publicité donnée à cette correspondance, et qu'elle en établisse, aux yeux de tous, le caractère intime; qu'elle ne laisse pas s'accréditer l'opinion, qu'en l'écrivant et en la voyant circuler sans protestation, le Saint- Père a voulu faire acte d'opposition aux lois dont le Gouvernement de l'Empereur a la défense. — Le Saint-Siège comprendra, de luimême, qu'il faudrait plus encore pour faire disparaître les traces de ce regrettable incident, car le mal causé par cette publication ne sera entièrement réparé que le jour où il ne pourra subsister aucun doute sur les sentiments de Pie IX pour M^''" Darboy^ » En d'autres termes: Décidez-vous enfin à le faire cardinal.
Banneville se rendit immédiatement auprès d'Antonelli. Le cardinal l'autorisa à déclarer officiellement : i" Que la lettre du Pape à l'Archevêque n'était pas un acte officiel et de chan-