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ces deux athlètes éprouvés, à ces maîtres de la tribune, on opposa qui? un déclassé médiocre : D'Alton-Shee, et un faiseur de calembours et de cabrioles, Rochefort. C'était honteux. Le Siècle, conservant un reste de pudeur, réserva sa liberté.
11 était encore un nom qui, dans un parti respectueux de ses traditions, aurait dû être placé au-dessus de toute compétition, celui de Carnot. L'homme sauveur de 93, l'homme patriote de 1814 représenlait plus que la République : la Patrie, la France elle-même. Son fils avait porté sans fléchir ce nom lourd de gloire; on le livra à l'ambition impatiente du tribun de l'affaire Baudin, Gambetla^ Guéroult fut encore plus lestement sacrifié à Jules Ferry. On n'avait à reprocher à cet homme de talent, écrivain excellent et orateur suffisant, que son amitié avec le prince Napoléon. Cela eût dû lui être un titre favorable, car le prince se montrait, depuis 1851, le protecteur infatigable de toutes les infortunes républicaines, le partisan de toutes les libertés pubHques, et sur la question du pouvoir temporel il était allé aussi loin que qui que ce soit. On abandonna enfin le polichinelle Garnier-Pagès au polichinelle Raspail, et on ne vit aucun inconvénient à laisser ces deux vieux débris se disputer entre eux ; toutefois, Delescluze y mit une condition : c'est que l'ombre de l'héroïque Baudin assisterait au combat dans la personne de son
1. « Son élection était celle qui passionnait le plus l'opinion publique. » Taxile Delord, t. V, p. 447.
frère. On le lui accorda. Le nom de Darimon ne fut pas même prononcé, car il s'était notoirement livré à Rouber, et militait à son profit contre moi, afin d'obtenir une place promise à la Cour des comptes ou ailleurs. On fut tout de suite et unanimement d'accord sur mon exclusion. On rédigerait contre moi une sentence d'indignité, et il serait entendu que, même si dans un scrutin de ballottage j'arrivais en première ligne, on persisterait à me combattre. Il fallait m'anéantir. Si un département s'offrait à me recueillir, on m'y poursuivrait de la même implacable bostilité qu'à Paris ; mon écbec serait le fait capital de l'élection, parce qu'il serait la notification à la France que le peuple de Paris ne concevait la liberté que par et dans la République, et qu'une liberté impériale, quelque vaste qu'elle fût, lui paraîtrait encore une servitude. Je n'avais pas à m'enquérir des intentions du parti révolutionnaire ; il me criblait de ses coups depuis la publication de mon livre. J'interrogeai Forcade sur celles du gouvernement : « Me combattrezvous? — Oui, mais avec modération. » Voici quelle fut cette modération. A Paris, ma circonscription avait été remaniée en vue d'assurer mon échec : on m'enleva les quartiers modérés, et on leur substitua des quartiers démagogiques, où prédominait l'influence des radicaux; on y suscita la compétition de Louvet, président du tribunal de commerce, très considéré, qui devait me prendre toutes les voix modérées; de sorte qu'ayant perdu les voix avancées, il ne me
resterait plus personne. Rouher manda à Paris le préfet du Var, Montois, administrateur habile, d'une grande influence sur la population. 11 lui demanda s'il croyait pouvoir me faire échouer. « Ce sera difficile, répondit le préfet; toutefois, j'espère y réussir. — Eh bien! ne négligez aucun effort. »
Cette double levée d'armes ne fut pas sans surprendre. Weiss disait, dans le Journal de Paris : « Il est évident que si, après que l'Empereur a écrit à M. Emile Ollivier la lettre intime que tout le monde a pu lire dans le livre intitulé : Le 19 Janmer, et a reconnu cet homme d'État comme le seul personnage capable de succéder à M. Duruy, le gouvernement impérial combattait la réélection de M. Emile Ollivier, ce serait là un spectacle d'un si haut goût, que jamais aucun gouvernement en France n'y aurait atteint, pas même le roi Dagobert de la légende M » C'était, en effet, le spectacle que le gouvernement se préparait à donner, de par la volonté du Vice- Empereur, plus forte que celle de rEm])ereur.
Dans la plupart des circonscriptions, tout se passa en affiches, réunions, petits tumultes, et il n'y eut aucun incident d'importance à signaler. Le dialogue de Raspail et de Garnier-Pagès ne fut