Discours du 30 août 1885, à Bordeaux
d'être des hommes de mauvaise foi préparant une subversion.
Dans ses réunions avec Cochin, Ferry développait la partie anticléricale de son programme et Tassommait à coups de Syllabus. Cochin commentait, expliquait, reproduisait les atténuations de son ami Dupanloup. Peine perdue. Ferry et ses amis vociféraient : Syllabus, Syllabus ! comme s'il n'avait rienexpliqué, et le pauvre candidat était réduit au silence. Contre Guéroult c'était du pouvoir personnel que Ferry jouait: l'ami du prince Napoléon en était le complice et il y avait trop d'impérialisme dans son libéralisme même anticlérical.
Le bruit que faisaient ces disputes relativement anodines fut couvert par le tapage de mon combat avec les Irréconciliables. Partout ailleurs, toutes les mains étaient décidées à user de la hache destructive; on luttait uniquement pour savoir laquelle s'en saisirait et, dès lors, le conflit restait tout personnel. Entre les Irréconciliables et moi il était beaucoup plus haut : il se posait entre la Révolution et la liberté. C'est pourquoi l'élection de la 3^ circonscription fut plus que les autres l'objet de la passion publique.
Dès le lendemain de mon i9 Janvier et bien avant l'ouverture de la période électorale, les journaux radicaux avaient décrété que je serais destitué de mon mandat et avaient désigné
Emile Durier, avocat distingué, membre du Conseil de surveillance du Siècle, comme mon successeur. Les amis de mon frère dans l'Hérault protestèrent contre cet ostracisme par l'offre d'une candidature à Lodève, dont le succès, disaient-ils, était assuré. Je les remerciai : « En toute occasion votre offre m'eût touché, puisqu'elle atteste combien est restée vivante dans vos cœurs la mémoire bien-aimée de mon frère. Dans les circonstances actuelles, elle m'émeut, et j'accueille avec reconnaissance la main que vous me tendez au nom de la démocratie, au moment même où, ailleurs, au nom de la démocratie, d'autres font leur affaire principale de me chercher des concurrents. Vous prouvez que la voix du peuple ne doit pas être confondue avec les clameurs intéressées de quelques ambitieux en quête de candidatures ou de quelques fous en quête de désastres. Vous ne voulez pas laisser au peuple de Paris le privilège de proclamer que l'ingratitude n'est pas plus que le parjure une des vertus que la démocratie honore ^ » Cette lettre déchaîna les colères des journaux radicaux. Ils me déchirèrent. Comme il m'était impossible d'entrer en polémique avec chacun d'eux, je m'adressai au Siècle,}^-àvcQ qu'il était le plus violent et qu'il pénétrairt le plus dans les couches populaires. Je rectifiai des petites calomnies personnelles, sans intérêt pour l'histoire, et m'attachai surtout à dégager la vérité