‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 136 sur 165 · NÉGOCIATIONS SUSPENDUES · texte numérisé non relu

NÉGOCIATIONS SUSPENDUES

vailler auprès du Pape à obtenir un modiis Vivendi moins hostile et d'unir ses efforts aux siens en cas de vacance du trône pontifical pour faciliter la nomination d'un pape moins intransigeant que Pie IX; on ne faisait nulle mention du retrait de nos troupes de Civita-Vecchia; un dernier article ajouté au dernier moment stipulait la garantie des territoires respectifs.

Le secret n'avait pas été complètement gardé du côté de l'Italie. Un ancien garibaldien, agent de Bismarck à Florence, l'avait révélé à Usedom. D'autres renseignements avaient été transmis à la presse italienne qui se mit à en disserter. Les organes de la gauche avancée combattaient l'alliance française et concluaient d'une seule voix qu'elle serait, pour le gouvernement et pour le pays, le comble de la dégradation. Les conservateurs s'abstinrent, sauf VOpiJiione, en général favorable à la France, qui reproduisit en l'approuvant un article de la Nouvelle Presse lïbre^ établissant que les Cabinets de Vienne et de Florence recherchaient les bases d'une action commune en vue d'assurer une situation pacifique en Autriche et en Italie. L'organe du tiers parti, le Diritto, conseillait une neutralité vigilante : a Après une bataille décisive, ses efforts devraient tendre, de concert avec l'Angleterre et l'Autriche, à imposer au vainqueur, quel qu'il soit, la convocation d'un congrès européen. Ces révélations de la polémique italienne alarmèrent fort le roi de Prusse et surtout la Reine , les princesses, les dames de la Cour, et le Roi avait écrit

jusqu'à quatre fois dans une journée à Bismarck, pour avoir des renseignements. Celui-ci interrogea Benedetti : a II n'avait, dit-il, aucune raison de prêter foi à ces rumeurs qui lui paraissaient dépourvues de fondement, mais il le priait, s'il en avait l'occasion, de rassurer Sa Majesté. » Benedetti n'eut pas de peine à nier ce qu'il ignorait.

Le Koi ne lui donna pas Foccasion^de le rassurer. A la réflexion il trouva qu'il avait mieux à faire que de demander à Benedetti des assurances qui, les lui eût-il données, eussent été sans valeur : c'était de travailler avec plus de sollicitude encore à aiguiser son épée. Cette alerte prussienne ne troubla donc pas le cours des négociations. Les difficultés insurmontables vinrent du côté de l'Italie. Victor-Emmanuel demanda que le silence gardé par le projet sur notre évacuation fut suppléé par une lellre de l'Empereur s'engageant au retrait de ses troupes dans un délai déterminé, puisque, à cause des élections prochaines, il ne le pouvait pas immédiatement. L'Empereur autorisa seulement Rouher à annoncer qu'il dirait verbalement à l'envoyé d'Italie sa résolution d'ordonner le rappel, dans un terme prochain, de la garnison française de Civita-Vecchia. Menabrea, qui jusqu'alors avait traité seul, se vit obligé d'initier ses collègues à la négociation et demanda leur assentiment. Ils se récrièrent contre l'insuffisance de ce qui était accordé relativement à Rome; s'ils ne subordonnaient tout accord inter-

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