‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 14 sur 165 · Lord Loftc^, Diplomatie réminiscences, t. 1*^'", p. 23G · texte numérisé non relu

Lord Loftc^, Diplomatie réminiscences, t. 1*^'", p. 23G

Espagnols, conquit aussitôt les suffrages unanimes. Unionistes, Progressistes s'y rallièrent; les républicains même firent à peine un semblant d'opposition, et le carliste Cabrera s'écria : « Pour cette solution je me ferais couper un bras, et je combattrais avec l'autre. »

Les Portugais étaient défavorables par le motif môme qui rendait les Espagnols propices, €ar ils ne voulaient pas, eux, de l'Union ibérique. On avait beau les rassurer en leur promettant qu'il ne s'agissait pas de réduire le Portugal à l'état de province espagnole, que les deux nations conserveraient leurs belles traditions, leur gouvernement, et ne seraient attachées que par un lien fédératif, ils n'en voulaient rien croire et n'y voyaient en réalité que l'absorption du petit pays par le grand, l'unité de royauté entraînant l'unité de législation et de gouvernement. Sans doute ces dispositions influaient sur celles de don Fernand; elles n'eussent pas été insurmontables toutefois si le principal obstacle n'était venu de la personne même du prince. Éclairé, loyal, d'un ferme et droit jugement, c'était avant tout un artiste. Surveillé et gardé de très près par sa bonne, grosse et jalouse épouse, il s'était, après son veuvage, répandu de tous les côtés, jusqu'à ce qu'il eût été fixé par une charmante actrice, Élise Heusler, qu'il fit comtesse d'Edla. Le trône l'aurait obligé à renoncerauxjoies paisibles de cetamour et aux libertés de son existence artistique. Il n'en voulut pas entendre parler.

LA RÉVOLUTION ESPAGNOLE. g7

Le candidat de tout le monde écarté, si on voulait se maintenir dans le système monarchique et ne pas tomber forcément en république ou en anarchie, il ne restait qu'à placer sur le trône, avec une régence, le fils de la reine expulsée, Alphonse. La force des choses a imposé ce dénouement qui, adopté dès lors, eût épargné à l'Espagne, à la France et au monde bien des calamités. Beaucoup le comprenaient, personne n'eut le courage de le dire, et Olozaga, aveuglé par sa vieille haine, ne vit pas cette fois ce qui était pratique et nécessaire. Unionistes et Progressistes firent de même. La discorde recommença; chacun retourna à ses sympathies ou à ses antipathies; on se tira d'affaire, après comme avant la révolution, en s'en remettant au jugement du peuple, et provisoirement l'on resta royalistes sans roi.

Comment le peuple serait-il amené à exprimer son opinion? La seule forme vraiment démocratique, loyale et prompte d'avoir son avis, eût été de l'interroger directement par voie de plébiscite, de lui demander s'il voulait une république ou une monarchie, et, s'il préférait une monarchie, à quel prince il la confierait. Le gouvernement provisoire préféra adopter la routine française d'une de ces assemblées constituantes qui n'expriment presque jamais la pensée d'un peuple, comme on l'a vu en 1848^ La nomination d'une assemblée constituante,

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