‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 15 sur 165 · Voir Emile Olliviep, La Rivolvtlon, p. 3J · texte numérisé non relu

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élue au suffrage universel par tous les Espagnols âgés de vingt-cinq ans, fut donc décrétée (8 nov. 1868). Cette loi électorale était une usurpation évidente, car un gouvernement sorti d'une émeute n'a pas le droit d'édicter une mesure organique quelconque, tant qu'il n'a pas fait absoudre sa témérité révolutionnaire ni obtenu de la nation des pouvoirs réguliers, sans cela tous ses actes ne sont plus que des actes de violence auxquels on a le droit et quelquefois l'obligation de résister.

Cette loi donna d'abord lieu à presque autant de dissentiments que le choix d'un roi. Les démocrates voulaient que les élections eussent lieu par provinces, les Unionistes par circonscriptions judiciaires. Olozaga amena très habilement une transaction : il concéda aux démocrates l'élection par provinces là où la population serait peu nombreuse, et aux Unionistes celle par grandes circonscriptions partout ailleurs. Pour mener docilement aux urnes le troupeau électoral prétendu souverain, il constitua une junte composée de quatre membres des trois partis, et il rédigea pour cette junte un manifeste dans lequel il greffa une affirmation nettement monarchique sur les idées et sur la phraséologie la plus révolutionnaire. Tout le monde fut content, les uns ayant les mots, les autres la chose (i novembre).

Olozaga crut alors pouvoir se faire envoyer comme ambassadeur à Paris. L'Empereur annonça qu'il le recevrait avec plaisir. Au dernier

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moment surgit une difficulté. Olozaga apprit que le gouvernement envoyait à Berlin Rancès, l'agent connu de Montpensier, et qu'on croyait prêt à aider toutes les intrigues contre le gouvernement de Napoléon 111. Il alla trouver Serrano et lui dit : « Je n'ai aucun mauvais sentiment contre M. Rancès; je ne verrais aucun inconvénient à ce qu'il fût placé ailleurs, à Arienne par exemple, mais s'il va à Berlin, je ne partirai pas pour la France et je porterai la question devant les Cortès. » Satisfaction lui fut accordée. Rancès alla à Vienne, Montenar à Berlin, et tous les autres postes diplomatiques furent pourvus dans le même esprit. Olozaga obtint encore du gouvernement quelques mesures énergiques contre les factions de désordre, puis il se mit en route pour Paris le 26 novembre.

L'Empereur n'avait point eu, pendant longtemps, à se louer de la reine Isabelle. Elle ne déguisait pas son antipathie et elle avait refusé de se rendre à l'Exposition universelle. Un voyage de l'Impératrice en Espagne, auquel avait répondu une visite du Roi à Paris, avait adouci les rapports. Pendant tous les pronuncïam'ientos , l'Empereur avait loyalement rempli ses devoirs de voisin : écarté les émigrés compromis de la frontière et exclu Prim de notre territoire. Il ne voulait pas aller au delà et se donner des

apparences d'approbateur, encore moins de soutien d'une politique qu'il jugeait déplorable.

iMontholon, notre ministre en Portugal, ayant manifesté son regret de ce que le gouvernement portugais eût permis à Montpensier de descendre à Lisbonne, l'Empereur fit informer Mercier que ce langage n'avait aucun caractère officiel : (( Il n'a pas été dans nos intentions de peser sur le gouvernement de Lisbonne. Quel que soit notre intérêt au maintien de la tranquillité en Espagne, nous n'avons pas à nous substituer au gouvernement de Madrid et à suppléer à son abstention dans des questions aussi délicates^ » A son retour de Plombières, après un arrêt à Troyes, où il avait affirmé que rien ne menaçait la paix du monde, Napoléon III se disposait à se rendre au camp de Châlons, puis à Biarritz, lorsqu'il apprit que la reine d'Espagne, alors à Saint-Sébastien, se proposait de le visiter. Aussitôt il fit télégraphier à Mercier : c< L'Empereur vous fait dire confidentiellement qu'il désire savoir à quelle époque aura lieu le retour de la Reine à Madrid. C'est parce qu'il ne voudrait pas la rencontrer à Biarritz. Agissez en conséquence sans faire connaître l'intention de Sa Majesté". » Le 3 septembre, en parlant pour Châlons, il ordonne à Moustier de renouveler l'avertissement : <( Malgré tout le désir que Sa Majesté aurait de voir la Reine, cette entrevue dans les circonstances actuelles prêterait à

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