‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 141 sur 165 · Bernhardi, Tagebuchblàtter, t. VIII, p · texte numérisé non relu

Bernhardi, Tagebuchblàtter, t. VIII, p

davantage de celles des hommes d'état d'Espagne, il avait chargé sa presse officieuse de jeter à titre d'essai le nom du prince dans la publicité.

Benedetti ne put pas ne pas entendre cette nouvelle répandue de divers côtés autour de lui. Il en comprend la gravité et en instruit d'urgence son gouvernement. Cette annonce produit aux Tuileries une émotion que n'avait pas causée la perspective deMontpensier. On prescrit par télégraphe à Benedetti de s'informer. Bismarck étant absent, il interroge Thile : « Une pareille candidature intéressait trop directement le gouvernement de l'Empereur pour qu'il n'eûtpas le devoir de la lui signaler dans le cas où il existerait des raisons de croire qu'elle peut se réaliser. » Thile donne par deux fois sa parole d'honneur que « pendant son séjour à Berlin, le ministre d'Espagne n'a pas même fait allusion au prince de Hohenzollern et qu'il ne saurait en être question pour la couronne d'Espagne. » (31 mars 1869).

Ces informations ne parurent pas suffisantes à Paris. On mande Benedetti, on l'interroge, on lui donne des instructions formelles. C'est l'Empereur lui-même qui le reçoit et lui dit : « La candidature Montpensier est seulement antidynastique; elle n'atteint que moi et je puis l'accepter; celle du prince de Hohenzollern est essentiellement anti-nationale. Le pays ne la supportera pas, il faut la prévenir. Retournez à Berlin, expliquez-vous-en avec M. de Bismarck lui-même tout en vous gardant de donner à \ os interrogations et à vos raisonnements quoi que

ce soit qui lui permette de croire que nous cherchons une occasion de conflit. » Ces instructions furent mollement exécutées par Benedetti. A son interrogation craintive, Bismarck répondit par une échappatoire énigmatique : « Le prince Léopold, s'il était élu roi par les Cortès, ne pourrait avoir qu'une durée éphémère, et serait exposé à plus de dangers encore que de mécomptes. Son père, d'ailleurs, savait trop ce qu'il en coûtait à sa fortune personnelle pour soutenir son fds Charles en Roumanie, et ne se souciait pas d'ajouter à ce sacrifice d'autres charges encore plus onéreuses. Dans cette conviction le Boi s'abstiendrait certainement de lui donner le conseil d'acquiescer au vote des Cortès. » Benedetti eût voulu obtenir l'assurance que le Roi persisterait dans l'abstention que lui prêtait Bismarck. — « En tout cas, fit-il, le prince Léopold ne pourrait déférer au vœu des Cortès quamc V assentiment du Roi. Sa Majesté aurait donc à dicter au prince sa conduite. » Bismarck (et le fait est de première importance) ne contesta point l'autorité que Benedetti attribuait au roi de Prusse sur les Hohenzollern. il se contenta de n'engager en rien les déterminations de son maître. Il eût été naturel que l'ambassadeur, dans des formes courtoises, insistât et représentât que, malgré tout son désir de rester en bons termes avec la Prusse, l'Empereur, le voulût-il, ne pourrait supporter l'intronisation d'un Prussien en Espagne. Il n'en fit rien et lui, d'ordinaire si loquace, resta bouche close. Cepen-

COMMENCEMENT DU COMPLOT HOHENZOLLERN. oll

dant il sentit qu'il n'avait pas tout à fait exécuté ses instructions, et qu'il y avait plus à dire : « Si je n'avais craint d'excéder la mesure qu'il peut convenir au gouvernement de TEmpereur de garder dans une affaire si délicate, écrit-tl à Rouher, qui occupait alors par intérim le ministère des Affaires étrangères, j'aurais mis M. de Bismarck en demeure de s'énoncer plus clairement; mais j'ai pensé que je devais prendre vos ordres avant de me montrer plus pressant ^ » Ces ordres ne vinrent pas : le ministre, plus encore que l'ambassadeur, craignait de se donner l'air de chercher une querelle en demandant des explications sur un fait qui ne se présentait pas avec un caractère d'imminence positive. D'ailleurs, il était dans les habitudes de Rouher de ne pas prévoir l'avenir et d'éluder seulement la difficulté présente par un expédient. Il répondit à Benedetti : « Dans l'entretien que vous avez eu avec M. de Bismarck, vous avez pu, sans apparence de préméditation, porter la conversation sur les affaires d'Espagne et sur les bruits relatifs à la candidature du prince de HohenzoUern. Que le gouvernement prussien désire favoriser cette candidature, ou qu'il veuille simplement donner à croire qu'elle peut devenir sérieuse, M. de Bismarck ne l'a pas repoussé, et il s'est exprimé dans des termes, pour le moins ambigus. C'est seulement dans le cas où cette candidature prendrait de la consistance de l'autre côté des Py-

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