Mi-mision, p
l'harmonie entre l'Espagne et le Portugal, la bonne intelligence avec l'Italie, et l'amitié de l'Italie avec la Prusse et avec la France ; il ne parlait donc qu'en son nom personnel, et il priait instamment qu'on ne le nommât pas. Cette précaution prise, il recommandait de nouveau la candidature Hohenzollern, et indiquait la meilleure marche à suivre. Il ne fallait s'adresser ni à don Fernand décidé à ne pas s'occuper des affaires d'Espagne, ni à don Luiz. On devait traiter d'abord h Berlin avec Bismarck, dans un secret absolu, afin que la France n'en sût rien (con toda réserva y sin que Francia supiera nada), ensuite à Dusseldorff avec l'intéressé. La France accepterait le fait accompli et l'Italie le verrait avec plaisir.
Seyssal n'avait pas pris sur lui une telle ouverture. Il n'était qu'un messager. La conception qu'il apportait et que l'Italien Oldoini appuyait si chaleureusement venait de Berlin. Elle était profondément habile. En effet, pour que Bismarck pût, en organisant la candidature allemande, s'y déclarer diplomatiquement étranger, il fallait qu'elle parût éclore spontanément en Espagne. On ne pouvait songer en ce moment à s'adresser à Prim qui n'était pas encore gagné; on avait besoin d'un pohticien remuant que l'on pût, le cas échéant, désavouer, pour lancer , comme de sa propre initiative, une candidature à laquelle personne ne pensait en Espagne et mener les travaux d'approche autour de Prim et du prince de Hohenzollern. On trouva pour ce rôle
un député unioniste, Salazar y Mazaredo, appartenant à une famille connue par son exaltation, un peu détraqué lui-même, et besogneux, ce qui permit de l'acheter bon marché. Salazar gagna consciencieusement son salaire; dès ce moment, nous allons le trouver dans la presse, sur les grandes routes, infatigablement occupé à la réussite du complot dont il fut le premier agent. Il engagea l'affaire avec précaution dans une brochure destinée à préconiser don Fernand et où il ajoutait subsidiairement : « A défaut du prince portugais, un autre excellent candidat serait le prince de Hohenzollern. » Aucune adhésion n'avait répondu à cette insinuation, mais on s'en entretint un moment dans les cercles diplomatiques. Kanitz rassura spontanément Mercier, qui, du reste, ne s'était pas ému : <( Vous n'aurez pas vu sans étonnement que les journaux ont parlé dernièrement du prince de Hohenzollern. Il va sans dire que, de Berlin, on ne m'a jamais fait la plus petite allusion à cette candidature. Mais, dans ma correspondance, j'ai dû faire mention de ce que l'on en disait et, en même temps, émettre mon opinion sur les obstacles que, le cas échéant, Fétat des choses en Espagne y opposerait. Ici, lorsqu'on m'en a parlé, je n'ai pas manqué, non plus, de donner à entendre qu'il était bien peu probable que le prince pût consentir à abandonner la magnifique position qu'il avait, pour courir des chances aussi périlleuses. » On ne s'occupa plus à Paris de la candidature Hohenzollern. (9 mai 1869.)
Si84 L^EMPIRE LIBERAL.
Eût-il été prudent, eût-il été utile de se rassurer moins vite, d'interroger les Espagnols et de leur communiquer les instructions de Napoléon JIl, infiniment plus nettes que celles de son ministre? Je ne le pense pas. Prim savait, aussi bien que Bismarck, l'impossibilité absolue pour un gouvernement français quelconque d'accepter l'intronisation en Espagne d'un prince prussien. Cet avertissement ne l'eût pas détourné de sa machination, et il lui aurait fourni le prétexte d'exciter les susceptibilités espagnoles, toujours prêtes à s'enflammer contre nous, et à nous accuser de sortir de l'abstention que nous avions promise. En outre, à ce moment, nul ne pouvait soupçonner Prim d'ourdir quoi que ce soit d'hostile à la Erance. Un de ses premiers actes avait été de se réconcilier avec notre ambassadeur et d'exprimer le désir de reprendre avec l'Empereur ses bonnes relations d'autrefois. La Valette, qui lui avait toujours été un ami serviable et avec qui il affectait la plus grande confiance, eût considéré comme un mauvais procédé de témoigner une suspicion que rien n'autorisait. Enfin l'Empereur avait une raison intime de croire cette précaution superflue : il comblait la famille Hohenzollern de tant de témoignages d'affection qu'en homme de cœur, jugeant les autres par lui-même, il ne pouvait pas concevoir le soupçon qu'un membre de cette famille aurait l'indignité de s'associer à une trame contre ses intérêts et ceux de son pays. La crainte d'être inutilement blessant, qui nous avait rendus trop
circonspects à Berlin, nous rendit donc muets à Madrid.
Quoiqu'ils n'eussent pas de roi, Unionistes et Progressistes n'en persistèrent pas moins à proclamer la royauté. Dans la nuit du 20 au 21 mai elle fut adoptée en principe par 214 voix contre 71, et l'ensemble de la Constitution fut voté le l'''"juin. 11 aurait pu l'être la veille, mais c'était un mardi, jour néfaste en Espagne, et on avait remis au lendemain. Cette royauté sans roi menaçait de tomber dans le ridicule ou dans la république. Olozaga, qui se souciait aussi peu de la république que de Montpensier, proposa l'expédient d'une régence avec Serrano. Le maréchal eût voulu au moins en partager la responsabilité avec Prim et Rivero. << Il n'y a qu'un pouvoir stable, disait-il à Mercier, qui puisse avoir de l'autorité ! Voyez ce qui est arrivé pendant la régence de la reine Christine et d'Espartero, et cependant ces deux personnages étaient dans des conditions bien autres que moi. Christine avait occupé le trône et donné la liberté à l'Espagne; Espartero avait mis fin à la guerre civile. Pourtant, les soulèvements contre leur pouvoir n'ont cessé qu'avec leur chute. Avant trois mois, je ne serai plus qu'une guenille (un trajjo). » Olozaga obtint par un beau discours l'adhésion des Cortès : Serrano fut nommé régent, par 193 voix contre 45, avec toutes les attributions constitutionnelles de la royauté, sauf celle de suspendre ou de dissoudre les Cortès. Et Olozaga, ayant terminé sa tâche,
s'en retourna à Paris. Prim prit la présidence du Conseil et le portefeuille de la Guerre. Il avait la réalité du pouvoir, Serrano l'apparence. Or voici comment Guerrero, son ami le plus intime définit les sentiments véritables de ce Prim, désormais le véritable maître des destinées de TEspagne : « Il attache beaucoup de prix à être et à rester en bonne intelligence avec la France, mais il en attache dix fois plus à demeurer en termes amicaux avec la Prusse ^ »
Ces sentiments de celui qui restait provisoirement le maître des destinées de l'Espagne étaient d'autant plus inquiétants que, nonobstant les protestations pacifiques, les relations entre la Prusse et la France ne s'amélioraient pas sérieusement. Bismarck, il est vrai, paraissait absorbé par ses préoccupations intérieures. Il se débattait au Reichstag entre ses anciens amis, les conservateurs, et ses nouveaux alliés, les nationaux libéraux. Ceux-ci comptaient des orateurs éloquents, Lowe, Twesten, Lasker, Miquel, etc., qui le gênent, l'impatientent, et alors, il prononce des paroles amères contre les Assemblées qui se laissent conduire par des orateurs :
« Le don d'éloquence est, dit-il, quelque chose de très dangereux, le talent a sa puissance