LA LIGNE DU MEJN
entraînante semblable à celle de la musique et de rimprovisation. Dans tout orateur qui veut agir sur ses auditeurs, il doit y avoir du poète ; ce n'est qu'autant qu'il est doué ainsi, et que, comme improvisateur il est maître de son langage et de ses pensées, qu'il a le don d'agir sur ceux qui l'écoutent. Mais, je le demande, est-ce bien au poète et à l'improvisateur que l'on ira confier le gouvernail de l'État, qui exige une mûre et froide réflexion? Et pourtant, c'est de l'éloquence de cet orateur que dépendent les décisions soudaines des parlements ^ »
Malgré ces boutades anti-oratoires Bismarck se garde de condamner le « fatal parlementarisme ». Quand on l'en accuse il s'en défend : (( J'ai appelé l'attention, prématurément peutêtre, sur les difficultés qu'on se créerait à rendre trop fort le pouvoir parlementaire. Je crois que j'ai dit : « à placer une trop forte « dose d'influence dans le Parlement ». De là pourtant à l'abolition du parlementarisme, à une attaque dirigée contre lui, il y a encore loin-. »
Que deviendrait-il, en effet, s'il ne pouvait pas s'expliquer devant le Landtag, devant le Reichstag, devant le Zoll Parlement? C'est de son banc qu'il met en déroute les intrigues de cour, mate l'indiscipline de ses collègues, fait circuler sa pensée jusque dans les couches les plus profondes de la nation, et, tout en restant officiel-
\. Discours au Reichstag, du 21 mai 1869. 2. Discours au Reichstag, du 22 mai 1869.
lement incliné devant son Roi, devient en réalité plus puissant que lui.
Malgré ses boutades et ses caresses, il n'obtint pas le vote des nouveaux impôts sur les boissons alcooliques proposés par le ministre des Finances, Heydt*, et le déséquilibre financier persista.
Cependant, quelque occupé qu'il fût par ses embarras intérieurs, Bismarck ne perdait pas de vue l'unification militaire des États du Nord et des États du Sud, et il terminait Tarrangement des fortifications qui traînait en longueur depuis quelque temps. La Prusse obtint définitivement le maintien de l'indivision du matériel des anciennes forteresses fédérales, par conséquent le droit suffisant de s'immiscer dans leur administration : les places devaient être inspectées chaque année ; parmi les inspecteurs se trouverait un commissaire spécial désigné à cet effet et l'attaché militaire prussien résidant au siège de la Commission des Forteresses du Sud; cet attaché mihtaire prussien recevrait communication de toutes les résolutions relatives à l'administration du matériel commun ; lorsqu'il s'agirait de modifications importantes à apporter à la situation de ce matériel, il devrait être entendu préalablement par la Commission, et pourrait être invité à assister à ses séances.
Les Gouvernements du Sud s'engageaient, en outre, à prendre les avis et à s'enquérir des vues de la Confédération du Nord sur toutes les ques-