LA LIGNE DU MEIN.. SSO
tions ayant trait à la défense du Xord ou du Sud de l'Allemagne, ou pouvant avoir une influence sur le système de défense de l'Allemagne, en général, avant de prendre aucune décision à cet égard, et dans le cas où ils ne seraient pas en mesure de donner suite aux avis ou propositions de la Confédération du Nord, ils seraient tenus de faire connaître les motifs qui les en empêchaient. Bade aurait voulu ouvrir la porte des délibérations à un délégué permanent de la Prusse. Mais ce qui lui avait été assuré là était considérable et préparait à merveille les voies.
Bismarck essaya de profiter des derniers échecs financiers de Heydt pour s'en débarrasser. Mais le Roi fut sourd à son avis : très chatouilleux sur sa prérogative de choisir ou de renvoyer les ministres, il l'était d'autant plus dans cette circonstance que le remplacement de Heydt, après les votes contraires de la Chambre, eût établi un précédent dangereux de responsabilité ministérielle. Bismarck alors invoqua les exigences de sa santé et donna sa démission de président du conseil des ministres prussiens, ne conservant que son office de chancelier et de ministre des Aff'aires étrangères. Ce ministère dépendait de la Confédération du Nord. Bismarck ainsi devenait totalement étranger au conseil des ministres prussiens et obligeait Heydt, en sa qualité de plus ancien, à prendre la présidence à sa place. Il prévoyait que Heydt succomberait sous ce fardeau supérieur à ses forces et serait
contraint à donner lui-même sa démission. Ces dispositions prises (30 juin 1869), il obtint un congé pour tous ses offices et s'en alla à Varzin, laissant Delbriick gérer les affaires de la Chancellerie et Thèle les Affaires étrangères sous sa direction suprême.
De son côté le Roi partit pour Ems, puis Bade. Nigra s'y trouvant à ce moment pour des affaires de famille, le Roi l'invita à un dîner tout à fait intime, auquel assistait la Reine Après le repas le Roi congédia tout le monde, l'emmena dans son cabinet le fit asseoir, et, brusquement, lui demanda : a Qu'est-ce que Napoléon me veut? Croyez-vous qu'il veuille me faire la guerre? — Je ne connais pas, répondit Nigra, les secrets de l'empereur Napoléon. Mais pour autant que je sais, je crois pouvoir dire, avec quelque probabilité d'être dans le vrai, que l'Empereur a pris son parti des événements de J866 et de la constitution de l'Allemagne du Nord, et qu'il n'a pas l'intention de faire la guerre à moins d'une provocation. — Qu'est-ce qu'il entend par une provocation ? — Si Votre Majesté ne fait pas dépasser à la Confédération de l'Allemagne du Nord les limites de son territoire, la paix sera maintenue. Mais si on fait un pas de plus, la guerre sera inévitable. — Eh bien! dit le Roi, CE PAS, JE NE LE FERAI PAS. Je sais bien qu'un jour ou l'autre l'unification de l'Allemagne s'imposera par la force des choses, mais je ne ferai rien pour hâter cet événement. Tenez, en ce moment même, je résiste et continuerai à résis-