‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 148 sur 165 · LETTRES DIVERSES · texte numérisé non relu

LETTRES DIVERSES

— I. — Persigny à Emile Ollivier. [16 janvier 1S68.) — '( Mon cher monsieur Ollivier. Décidément je lance ma lettre. Elle paraîtra demain vendredi 17 dans plusieurs journaux du soir. J'en ai envoyé une épreuve au Siècle. J'écris un mot à M. Havin. Soyez assez bon de voire côté pour l'engager à la publier samedi matin. Votre bien dévoué. »

— II. — Guy ot-Montpay roux à Emile Ollivier. [15 août 1868.) — « J'ai fait la collection des numéros du Nain Jaune; cette collection du reste est assez courte ; jusqu'à présent il n'y a que deux numéros, et deux numéros insignifiants. Il est aisé de voir que vous êtes tout simplement devenu pour Ganesco une machine à réclames. Aujourd'hui il annonce un article étonnant sur M. Emile Ollivier pour demain; demain il annonce qu'un document extrêmement curieux venant de lui être mystérieusement envoyé sur un acte inconnu de la vie de M. Emile Ollivier, il remet la publication dudit article à deux jours de délai, et ainsi de suite. Je ne me souviens pas d'avoir

jamais vu boniment pareil. Grâce à cela il fait vendre et surtout il fait lire son ignoble feuille de chou. C'est un fier coquin! Le mieux est de n'en pas parler et de collectionner tranquillement jusqu'au jour 011 on pourra valaquer ce Yalaquel — Vous avez dû lire le nom des décorés du 15 août. II y a une bien jolie croix et qui fait rire et jaser : c'est la croix d'officier du nommé Welles de la Valette. En voilà un qui Fa bien méritée!... — Depuis votre départ la situation est à peu près la même, à cette différence près que l'excitation de l'esprit public a été et va grandissant dans des proportions inattendues. Nous sommes évidemment entrés dans la période oii il n'y a plus d'incidents; la moindre circonstance devient tout de suite une grosse affaire. Vous avez vu l'événement Rochefort, l'événement Gavaignac, soyez sûr que cette semaine il y aura encore quelque chose d'analogue; je ne sais quoi, mais quelque chose qui puisse fournir aliment à cette excitation qui est telle que j'en suis devenu — comparativement — un homme calme et ultra modéré. La situation générale est une tendance très marquée de la part du gouvernement à la réaction et de la part du public une tendance très marquée à la révolte. Au milieu de tout cela les incorrigibles continuent à dire que l'Empereur va, au premier jour, étonner le monde par son libéralisme. Vous savez mieux que personne ce qu'on peut croire de tout cela. On ne parle plus guère nulle part des élections pour cette année : ce point du moins semble être résolu par le temps, le seul agent qui ait quelque décision sous notre glorieux gouvernement. J'ai vu plusieurs fois Girardin depuis votre départ. Nous avons causé de vous. Il voit toujours en vous le

ministre de la Paix et de la Liberté, mais il veiic — avant — être le ministre de la guerre et de la gloire. Il n'en démordra pas. Le citoyen Duvernois est toujours ultra-dynastique, ce qui ne l'empêche pas d'avoir l'air ultra-embêté. Recevez, etc. »

— III. — Emile Ollivier à É. de Girardin, [P^' septembre 1868.) — « Cher ami. Me voici dans mon ermitage après une petite tournée. J'ai été personnellement très content : partout oii j'ai passé les populations ont été parfaites, sauf à Draguignan même, que quelques meneurs du Peuple de Marseille travaillent. A Saint-Tropez la population presque entière est venu me saluer au débarquement. Si j'avais le courage de rôder un peu à droite et à gauche, j'enlèverais ma candidature. Mais une fois ici, je m'assoupis et je ne puis plus me résoudre à remuer. Philis est sur les grandes routes. Il ne réussira pas, par les raisons que je vous donne dans mes lettres, avec toutes les chances possibles, si l'on savait manœuvrer. Oh! quelle exécrable race que celle des envieux ! Je vous félicite de l'acquisition de Montpayroux. C'est un rude polémiste. Quand vous l'aurez formé il ne craindra personne. Vôtre. »

— IV. — Emile Ollivier à Monsieur Gravier, {S novembre.) — « Je n'avance pas aussi vite que je l'avais pensé. Quant aux attaques dont vous m'entretenez, elles ne m'occasionnent aucun chagrin. J'ai eu un moment de dégoût quand il m'a fallu relire la longue collection de diatribes aux bas desquelles je rencontre souvent des noms autrefois amis, mais tout cela est passé. On n'attaque pas tout le monde; l'injure est un hommage que

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n'obtient pas le premier venu. Girardin m'écrit : Votre élection est archi-assurée. Ne le serait-elle pas, il n'y aurait pas à le regretter. Rien de ce qui arrive à un homme uniquement voué à la recherche du bien, ne saurait tourner à son détriment. Pourquoi surtout se plaindrait-il d'être condamné à rester chez lui? Est-ce donc un bien grand malheur? Dans l'ordre des choses matérielles, dès qu'on peut donner le pain quotidien aux êtres aimés dont la Providence nous a donné la charge, on n'a pas le droit d'avoir souci du reste. J'en suis là. Quant à la justice qui peut m'être due, on me la rendra d'autant plus que mes adversaires l'emporteront davantage. Mes amis ne doivent pas se préoccuper de ces misères plus que moi-même. Plaignez ceux que la haine avilit et non ceux que la vérité ennoblit. »

— V. — Henri Germain à Emile Ollivier. (J9 octobre 1868.) — « Vous connaissez les motifs de notre demande^ nous savons votre obligeance; le jour que vous fixerez sera immédiatement inscrit comme le meilleur jour de notre année et nous nous hâterons de le faire connaître au public qui nous le demande. Et maintenant je ne puis que vous encourager à préparer et à publier le livre qui doit faire connaître comment le 19 janvier a été déterminé, quelle large part vous y avez prise, quel désintéressement vous avez montré, quel service vous avez rendu au pays en essayant de concilier les nécessités du pouvoir avec les légitimes exigences de la liberté, en vous efforçant en un

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