décembre
l'ambassadeur et envers son pays que le gouvernement espagnol l'en remercia chaleureusement. L'Empereur avait assuré le même accueil du cabinet anglais avec lequel il était résolu à marcher d'accord '.
A la nouvelle de la révolution d'Espagne, il n'y eut dans les chancelleries et dans les milieux politiques qu'un cri : ^ Quelle aubaine pour la Prusse ! h suivi d'un autre cri : <( C'est elle qui l'a préparée I » On racontait partout que Bismarck s'était écrié en l'apprenant : a C'est ma planche de salut. » Cette croyance fut encouragée par la satisfaction débordante des journaux dévoués à l'ambition prussienne et par les craintes de ceux qui luttaient contre elle.
1.31 décembre, de Latour d'Auvergne : « Lord Clarendon apprécie les motifs qui inspirent au gouvernement de l'Empereur de déférer au vœu exprimé par M. Olozaga de présenter sans audience solennelle ses lettres de créance à l'Empereur. Le même traitement sera fait par le gouvernement anglais au nouvel envoyé d'Espagne. » — « Le nouvel envoyé d'Espagne à Londres n'a pu encore être admis à présenter ses lettres de créance. J'ai appris de lord Clarendon, qu'au cours de ses entretiens avec M. Tessara, ce dernier s'était abstenu de faire aucune allusion aux plaintes si injustement formulées par son gouvernement, à l'endroit de la conduite de la France. Lord Clarendon, qui a toujours rendu spontanément hommage à la loyauté de notre attitude vis-à-vis de l'Espaçme, aurait certainement protesté. (Londres, 30 avril 1809 . »
On lisait par exemple dans la Nouvelle Gazette Badoise : « Le langage favorable et les bonnes dispositions que les journaux prussiens manifestent pour la révolution espagnole ne nous ont pas étonné, et nous croyons que cette conduite de la presse prussienne ne doit pas avoir surpris en France, car, là comme ici, on doit savoir que la Prusse, non seulement n'est pas étrangère aux derniers événements d'Espagne, mais que c'est elle qui les a provoqués. Le but de la Prusse n'est pas difficile à deviner. Créer des difficultés à la France ; forcer le gouvernement français d'intervenir en Espagne, et profiter de ce moment pour faire un nouveau pas dans la politique annexionniste en dévorant le grand-duché de Bade, par exemple. Voilà le but prussien. » (5 octobre.)
Combien plus ce sentiment se fût-il répandu si le public avait pu entendre ce que les hommes d'Etat prussiens se disaient entre eux! Le prince Antoine, ce prétendu ami de Napoléon III, écrivait au Kronprinz : « La révolution en Espagne est survenue très à propos, car la France se voit forcée de se tenir tranquille. Je plains le sort de la pauvre reine, mais à parler sincèrement il fallait s'y attendre. Je voudrais voir monter sur le trône d'Espagne un d'Orléans ou Philippe de Cobourg, mais pas de régent inventé par Napoléon. Si la République triomphe en Espagne, on l'aura prochainement en France. Pour le développement de l'Allemagne, elle -constituera un danger moins grand que la dy
nastie napoléonienne (J8 octobre 1868) *. » Beust, à qui arrivait un écho de tout ce langage, disait à Gramont ^ : « A la première nouvelle de la révolution espagnole, le cabipet de Vienne s'est empressé de déclarer qu'il comptait y demeurer étranger. 11 est loin, cependant, de les considérer comme indilïerents. Malgré les assurances spontanées qui m'ont été données, il y a quelques jours, par M. le baron de \^^erther, je crois que le cabinet de Berlin, sans être le provocateur immédiat du mouvement, n'y est, cependant, pas resté totalement étranger, et je tiens pour certain qu'il s'est établi des connivences entre M. de Bismarck et le duc de Montpensier, quelque temps avant la Bévolution! J'ignore si ces pourparlers ont conduit à quelque résultat pratique, mais ils ont eu, en tout cas, de la part du cabinet de Berlin un but dont il faut se rendre compte. L'idée du cabinet de Berlin serait de susciter au gouvernement de l'Empereur des difficultés extérieures ou intérieures capables de paralyser ses forces, à un moment donné dont la Prusse saurait profiter. A ce point de vue, l'état de l'Espagne et son gouvernement ont une importance réelle pour la France, et, par conséquent, pour l'Europe. »
Le mouvement révolutionnaire espagnol datait de loin et n'avait pas attendu les provocations