De Lefevre de Béhaine, 8 octobre
Bismarck : a Je vous envoie, ci-joint, une lettre de Clarendon à la Reine, relative à son entretien avec Napoléon. Il lui a très exactement communiqué mesvues,etil a appris, en échange, que le passage de la ligne du Mein entraînerait la rupture certaine de la paix! Ainsi, la porte de derrière est découverte. Que la lettre de Clarendon n'ait été écrite que pour vous, cela ressort de sa conclusion. L'idée de réunir un congrès, — de Napoléon, — peut être considérée comme une idée fixe ; si les congrès doivent clore de grandes commotions, la réunion d'un congrès, à l'heure actuelle, en provoquerait certainement une. — Votre Guillaume. » (4 nov. 1868.)
Bismarck releva ce casus belli éventuel, mais discrètement, de façon que sa réponse ne fût entendue que de celui qui l'avait formulé. La session du Reichstag s'ouvrait le 4 novembre. Bismarck, dans le discours du Roi, lit introduire la phrase suivante : « Les événements qui ont eu lieu dans la Péninsule ne nous inspirent d'autres sentiments que le vœu et la confiance que la nation espagnole réussira à trouver, dans une situation indépendante, la garantie de sa prospérité et de sa puissance. » — « Cette phrase a causé ici une surprise extrême, écrit Lefebvre de Béhaine, elle est généralement attribuée à l'initiative de M. de Bismarck^ »
La surprise eût été bien plus vive si Ton avait su que c'était la réponse au casus belli de
d. 10 novembre 1868.
Napoléon llï, et qu'elle signifiait : « Quand il nous conviendra de passer le Mein, nous exercerons nous-mêmes la liberté que nous revendiquons au profit des Espagnols et nous ne nous arrêterons pas devant vos prohibitions. » Quelques jours après, la Gazette provinciale, journal officiel de Bismarck, s'expliquait plus clairement encore : « La Confédération du Nord doit reconnaître au peuple espagnol, pour le règlement de ses affaires intérieures, la même indépendance que le peuple allemand entend avoir pour lui-même. » «Ce langage a été assez remarquée), écrit encore Lefebvre de Béhaine\
Bismarck était détourné de l'Espagne par un grave dissentiment intérieur. Des affaires plus urgentes sollicitaient son attention. L'année 1867 n'avait pas été bonne pour F Allemagne matériellement et économiquement. Les États confédérés ne savaient comment subvenir à leurs charges militaires; « le mécontentement dans les nouvelles provinces ne faisait que s'accroître-. Une famine avait obligé à des sacrifices considérables et un déficit de 5 millions de thalers existait dans les revenus de l'État prussien. Il