Blackenbourg à Roon, 23 avril 1S
était urgent d'y pourvoir et cela amena une crise grave dans le gouvernement.
On se représente le Chancelier comme le dictateur sans rival, maître des affaires, disposant de son roi, de ses collègues, n'employant les facultés de son esprit et de sa volonté qu'à la reconstitution de l'unité de sa patrie. En réalité, il ne retenait son pouvoir de tout diriger qu'au prix de luttes incessantes, non seulement avec son maître mais avec ses collègues qui ne se résignaient pas à rester ses collaborateurs dociles. Le plus constamment dévoué, le vieux Roon, avec lequel il a livré les grandes batailles d'avant 186(3, se rebiffait parfois lui aussi. Étant en congé à Lugano, il écrivait à l'ami commun Blackenbourg : « Les nouvelles que je reçois au sujet de l'attitude que Bismarck, comme Chancelier de J'Empire, a prise vis-à-vis de mon département, m'inspirent de sérieuses inquiétudes. Je ressentirais comme un coup pénible, une rupture avec lui, non seulement au point de vue personnel, mais je tiens pour inévitable une semblable rupture, en certaines circonstances ^ Blackenbourg, de son côté, témoigne que d'autres ministres n'étaient pas plus endurants : « Le mécontentement parmi les ministres, contre Bismarck, est grand, naturellement à cause de ses empiétements sur les attributions des différents Ministères (23 avril 1868). »
Ce fut avec Heydt, le ministre des Finances,