‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 22 sur 165 · avril i · texte numérisé non relu

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rOncle d'Or, comme l'appelait Bismarck, qu'éclata le plus vif dissentiment. 11 s'agissait d'adopter le meilleur moyen de pourvoir au déficit du budget prussien. 11 ne pouvait être question de diminuer le budget de l'armée ; une augmentation d'impôts eût accru le malaise et le mécontentement. Heydt proposa l'expédient d'un prélèvement sur le capital même de l'État en aliénant les actions du railway de Cologne à Minden : il n'y avait pas d'autre moyen de s'en tirer, disaitil, car les Chambres refuseraient certainement toute augmentation d'impôts.

Bismarck s'opposa à « ce procédé autrichien et non prussien ». Un prélèvement sur le capital de l'État n'était justifiable que par des circonstances exceptionnelles et ne pouvait être le moyen de boucler un budget normal. Reculer préventivement devant l'opposition probable des Cliambres, c'était une capitulation, et il n'en était pas pour la politique des capitulations, a Nous aurons toujours le temps, écrivaitil au Roi, de recourir à un expédient si nous perdons la bataille, mais livrons-la. La crainte de demeurer en minorité est toujours une mauvaise conseillère, lorsqu'elle nous détermine à accepter volontairement d'avance les préjudices qu'une campagne perdue peut nous causer. Votre Majesté a remporté de grandes victoires sur le terrain parlementaire, par son héroïque fermeté, qu'Elle en fasse preuve encore maintenant, au moment où je lui conseille, d'après les principes de la stratégie parlemen-

taire, de conserver une position que nous pourrons toujours abandonner plus tard contre des compensations, sans qu'il nous soit fait alors des conditions pires que celles qui nous seraient imposées aujourd'hui sans combat '. »

Cettefois, leRoirestasourdàsesavis. llprésida une séance du Conseil dans laquelle ^'unanimité des ministres se prononça contre TaugmentatioR d'impôts. Lui-même voulut annoncer à Bismarck cette décision et lui expliquer ses motifs de s'y rallier: <( Tout le monde doit reconnaître que vous avez raison, en principe, de ne pas toucher aux réserves du Trésor, mais il s'agit ici de choisir le moindre entre deux maux... Pour tous ces motifs, je dois vous prier instamment de renoncer à votre manière de voir, ce qui serait certainement arrivé si vous aviez assisté, comme je l'ai fait, à la discussion du pour et du contre par vos collègues ^ »

Bismarck céda. Guillaume lui en exprima sa gratitude en termes émus : « Si quelque chose pouvait augmenter encore mon estime et ma gratitude à votre égard, ce serait le contenu de cette seconde lettre. Après les vues et les appréciations que vous m'aviez antérieurement communiquées, je dois apprécier infiniment la résolution définitive que vous avez prise, à la suite de mes représentations. Nous nous trouvions en présence avec des manières de voir opposées, et je me voyais, naturellement, dans la triste

i. De Bismarck au Roi, du 27 octobre 1868. 2. Le Roi à Bismarck, 28 octobre 1868.

situation de devoir décider, d'après ma propre conviction, lorsque vous vous êtes si amicalement rendu à mes raisons en m'épargnant tout dissentiment entre nous. Recevez pour cela le remerciement d'un véritable ami\ »

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