BëLLAR.MIN
L'AFFAIRE BAUDIX. 113
celle de la presse ne subissait plus que des entraves illusoires; les droits de coalition et de réunion fonctionnaient pour la première fois; l'abolition du pouvoir personnel, il est vrai, la transformation définitive de l'empire autoritaire en empire libéral, par le rétablissement de la responsabilité ministérielle n'était point encore conquise, et c'était le vœu principal de lopinion, mais si l'Empereur ne se décidait pas à ce dernier pas, ce n'était qu'un retard à une capitulation inévitable. Il n'aurait pu maintenir son pouvoir personnel qu'en révoquant les décrets de 1860 et 1867 et il était résolu à ne pas le faire. 11 avait dit à Walewski : « Je ne me repens ni du 24 novembre, ni du 19 janvier. On a beau me représenter la situation sous les couleurs les plus sombres, peut-on me dire ce qui serait arrivé si je n'avais pas agi de la sorte? j'ai toujours été décidé à ne pas retirer les lois. » Et il disait vrai.
Quand on a obtenu les trois quarts de ce qu'on désire, renoncer aux moyens légaux qui vous ont réussi jusque-là serait, en vérité, le comble de la déraison. Eùt-il fallu attendre longtemps le dernier quart, c'eût été beaucoup moins dommageable que de faire une révolution. (( 11 ne faut pas, a dit un des plus judicieux représentants de notre admirable Tiers-État, Etienne Pasquier, quoique voulant apporter quelque règlement pour réformer la malfaçon des choses passées, terrasser l'autorité, de peur qu'après avoir été affligé par les fautes, le
royaume ne reçût plus grande affliction par les remèdes ^ » Ainsi en devait-il advenir chez nous à la suite du renversement de l'Empire. Ni les légitimistes ni les orléanistes, séparés par des divisions irréconciliables, n'en pouvaient être les héritiers : c'est la République qui appréhenderait la succession. Une république sagement organisée, respectant les conditions permanentes de l'ordre social, ce qu'on appelle les lois traditionnelles, libérale sans devenir anarchique, amie du peuple sans verser dans la démagogie, serait la forme la plus belle et la plus honorable pour la dignité de l'espèce humaine. Mais pouvait-on alors espérer un tel bienfait? De tout temps il y a eu, parmi les républicains, des hommes de haute valeur morale, des esprits élevés, éclairés, distingués, capables de diriger les affaires publiques aussi bien que ceux qui les en tenaient éloignés. Mais parmi eux il y avait aussi beaucoup trop d'ignorants, do violents, de grossiers, d'incapables. Même les meilleurs étaient imbus d'idées fausses sur les principaux problèmes de l'organisation sociale et politique : impôt, relations de l'Église et de l'État, rapports du capital et du travail, etc. Assagis par l'exercice du pouvoir, peutêtre renonceraient-ils à leurs erreurs; réussiraient-ils à assagir également et à redresser dans l'espriL du peuple tant d'idées fausses qu'ils lui avaient si longtemps inculquées? Et