‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 35 sur 165 · Charles de Roumanie, 12/24 juin · texte numérisé non relu

Charles de Roumanie, 12/24 juin

pendance des Principautés, je serais d'avis d'occuper les Principautés et d'opposer à un « fait « accompli » un « fait accompli ». Mourir pour mourir, mieux vaut mourir honorablement les armes à la main. » La Porte se prépara donc à commencer l'invasion de la Roumanie dès qu'elle aurait reçu l'approbation des puissances. Mais la France et l'Angleterre se récrièrent et reprochèrent à Beust la témérité de son conseil : (( Vous n'y pensez pas! Vous allez mettre l'Orient en feu et ouvrir vous-même la crise que vous voulez conjurer! » — a Quoique les instructions de Votre Majesté, écrivit Moustier dans un rapport à l'Empereur, me prescrivent de tenir compte, avant tout, des intérêts autrichiens, j'ai cru sage et l'Empereur a bien voulu m'approuver, de représenter, à Vienne comme à Constantinople, les dangers d'une politique de coups de tète. » (6 décembre.) Beust, qui n'attachait aucune importance à ses paroles, recula et engagea la Porte à ne pas remuer.

On ne pouvait cependant pas .demeurer les bras croisés. Fuad, poussé par Moustier, réunit les ambassadeurs et leur proposa une enquête sur l'accusation portée contre le prince Charles de favoriser les incursions révolutionnaires en Bulgarie. Au premier mot de Fuad, Ignatiew ricana : « Ce serait, disait-il, la montagne qui accoucherait d'une souris. Le gouvernement roumain a, d'ailleurs, ordonné des mesures pour qu'on s'oppose au passage des bandes. — C'est, répondit Fuad, ce qu'en français on

appelle de la moutarde après dîner. — Tout cela^ reprit Ignatiew, n'est que de la plaisanterie. « Bourée le releva : « C'est un fait grave auquel il faut aviser. » L'Autrichien Prokesch coupa court : (( M. Bratiano a menti! » Quant au chargé d'affaires prussien, il prit la défense du Prince et proposa un veto formel à la proposition turque, et l'enquête tomba dans l'eau comme l'occupation militaire.

Aali adressa alors directement une lettre au prince Charles^ : « D'après de récentes informations, les comités révolutionnaires continueraient de jouir de toute leur liberté d'action et trameraient de nouvelles tentatives contre la sécurité de nos provinces limitrophes. Ce que nous demandons, mon Prince, c'est que le territoire des Principautés-Unies ne puisse pas servir de point de réunion à des fauteurs de troubles. La Sublime- Porte espère que le Gouvernement de V. A. S. prendra les mesures les plus efficaces pour mettre lin à cet état de choses, et qu'elle n'aura point à se repentir Aie la confiance qu'elle met en sa loyauté. » Bien que cette protestation fût courtoise et modérée, le Prince la prit cavalièrement. Se croyant sûr de l'appui de la Prusse, il ne répondit pas lui-même, et il chargea son représentant à Constantinople, Golesco, de s'expliquer avec le grand vizir. Cet agent contesta toutes les informations transmises à la Porte : il était inexact qu'il y eût eu des bandes orga-

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