CHAPITRE IX
POLITIQUE DE BEUST VIS-A-VIS DE LA PRUSSE, DE L'ITALIE, DE LA FRANCE. — COMMENT BISMARCK Y RÉPOND : SES DIFFICULTÉS AVEC LE ROI; SES PROTESTATIONS PACIFIQUES; CE QU'IL FAUT EN PENSER
Après les « deux coups de balai », selon rexpression de Sybel, que Bismarck venait de donner en Roumanie et en Grèce, il put rentrer à Berlin, gaillard, dispos (2 décembre) et se rendre à Dresde (11 décembre). On attribua cette démarche au désir de décider le roi de Saxe à faire renvoyer Beust par l'empereur d'Autriche. En réalité, Beust n'incommodait point Bismarck, et il venait simplement, à l'occasion de l'anniversaire du Roi, essayer d'effacer, par des caresses, les brutalités de 1866. Il se multiplia en bonnes grâces, se montra indigné en apprenant que le général de Hoon ou ses bureaux exigeaient du Roi qu'il réduisît le nombre de ses aides de camp de 3 à 2. « Sa Majesté, s'était-il écrié, aie droit de prendre, six, dix aides de camp, si elle le juge convenable, sans que nous puissions y trouver rien à redire. » Au dîner de
la Cour, s'approchant du prince royal, il lui exprima à haute voix ses excuses d'une inconvenance dont la Prusse avait à rougir.
Ce n'est pas à Dresde, c'est à Berlin qu'il s'occupa de Beust. Les rapports entre ce ministre et la cour de Prusse étaient devenus très âpres à la suite de divers incidents historiques. La Marmora avait lu à la tribune la note stratégique d'Usedom (17 juin 1866) indiquant le dessein d'anéantir l'Autriche et de soulever contre elle la Hongrie ^ Cette divulgation avait produit à Vienne une colère universelle. « C'est abominable! » dit Beust. Bismarck s'était même cru obligé de présenter par Werther des atténuations et un désaveu de cette note qu'il ignorait.
Il écrivit une lettre très sévère de blâme à Usedom et lui demanda sa démission -. Mais à son tour l'état-major autrichien publiait dans son compte rendu une dépêche (du 20 juillet 1866) démasquant les convoitises du roi Guillaume sur le territoire autrichien. Des plaintes arrivèrent de Berlin, analogues à celles parties de Vienne. Enfm Beust avait jasé dans une commission sur les rapports tendus entre la France et la Prusse. Guillaume s'irrita de cette dernière intempérance et dit : « Il est sans exemple dans l'histoire de ia diplomatie qu'un homme d'État se permette, dans un acte officiel et public, de commenter les relations qui peuvent exister entre deux États