‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 44 sur 165 · y.Emp. lib., t. VIII, p · texte numérisé non relu

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étrangers. Ce que M. de Beust a dit des rapports tendus entre la France et la Prusse n'est pas vrai ; mais, la chose fût-elle vraie, il se serait encore mis dans son tort, en se permettant de parler ainsi. » (30 octobre 1868.) Toutes ces piqûres réciproques rendirent le langage de Werther acerbe ; des épigrammes on passa aux récriminations, et, l'entretien n'étant plus possible, l'ambassadeur prussien ne parut presque plus à la Chancellerie. Bismarck lança sur Beust sa meute écrivassière qui le déchira à pleines dents : c'était un brouillon qui cherchait à mettre aux prises l'Autriche et la Prusse et à jeter l'Allemagne dans la guerre civile.

Beust ne cherchait certes pas à provoquer la guerre. Il était, au contraire, très sincèrement pacifique. Il ne pouvait songer à une guerre sans l'assentiment de la Hongrie, et la Hongrie était décidée à ne pas la permettre. Andrassy et lui étaient loin de s'entendre. Beust poursuivait un rapprochement avec les Tchèques et voulait que François-Joseph se fît couronner en Bohême, et Andrassy ne le voulait pas. « Savez-vous, avait-il dit, quel usage feraient les Tchèques de leurs mains devenues libres? Étes-vous bien sûr que leur premier acte ne serait pas un coup que vous recevriez? » Ils différaient encore plus, quoi qu'en ait cru Gramont, dans la conduite vis-à-vis de l'Allemagne. Beust ne prenait son parti ni du passage du Mein ni de l'exclusion définitive de l'Autriche de la Confédération germanique; Andrassy , fidèle interprète de la pensée hongroise,

ne se souciait ni du passage du Mein, ni du rôle de FAutriche dans la patrie allemande : la liberté de la Hongrie datait des défaites autrichiennes de J866 et elle ne voulait répandre ni son sang, ni son or pour rétablir la domination qui l'avait écrasée jusque-là. Le docteur Max Falk, dans la Pester Lloyd, disait : <( Le délégué hongrois n'est pas encore né qui accorderait un groschen ou un homme à un ministre pour défendre la ligne du Mein contre l'invasion de la Prusse. M. de Beust est un homme sage. Il ne veut certainement que ce qu'il peut et il ne peut que ce que la Hongrie veut. » Andrassy et Beust n'étaient donc d'accord qu'à condition de rester dans la paix : dès qu'on aurait marché à la guerre, ils étaient sûrs de penser différemment.

Une autre raison induisait Beust à rester pacifique : la conviction très juste que la paix était le seul moyen de déjouer les calculs conquérants de Bismarck. Stanley avait dit un jour^ : « Si la paix règne encore deux ans, ce délai suffira pour amener une fusion plus intime de toute l'Allemagne sous la direction de la Prusse. » — « Nous ne pensons pas de même, répliquait plus justement le Wurtembergeois Yarnbtihler - beaucoup mieux informé que le ministre anglais; sans la guerre, ou tout au moins sans la crainte de la guerre, je ne crois pas que les tendances vers la Prusse fassent des progrès. Chacun de nous comprend qu'avec la guerre nous courrions le risque

\. 2o novembre 1868.

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