Talleyrand à Moustier, 17 janvier
ferme en vue des éventualités de l'avenir, il s'y refusait. L'Empereur lui fit transmettre, par Metternich, l'idée d'adresser une interrogation commune à la Prusse, au sujet de son effort constant de franchir le Mein : a Gardons-nous-en^ répondit Beust ; Bismarck en prendrait prétexte pour une rupture. » Si même nous lui disions seulement : « Pouvons-nous compter que si la Prusse franchit le Mein, vous nous aiderez à la refouler? — Je ne puis pas m'engager, répondait-ir. Je crois nécessaire de pouvoir, vis-à-vis de l'Allemagne, me proclamer, à toute heure, libre de tout engagement. » Ainsi, vis-à-vis de la France, il ne voulait jamais des fiançailles passer au mariage, mais à une condition, c'est qu'elle n'en épousât point un autre, h' Indépendance belge représenta un jour la neutralité absolue comme étant la seule politique que l'Autriche devrait suivre en cas de guerre. Beust se garda de la contredire officiellement, mais il fit répondre par la Correspondance générale autrichienne : ^( Dans une guerre prenant de telles dimensions, et présentant de telles éventualités que la guerre entre la France et la Prusse, il est impossible à un État aussi important, et situé comme l'est l'Autriche, de rester neutre. C'est la Prusse qui a dicté la paix de Prague et nous a dégagés de nos obligations séculaires vis-à-vis de l'Allemagne. . . Aujourd'hui l'Autriche invoque, à son tour, cette liberté qui a été engendrée par
1. Lettre confidentielle de Gramont à Moustier, 8 aoûtl868, et de Gramont à La Valette, du 11 janvier 1869.
le traité de Prague. » — « Est-ce par votre ordre, lui demanda Gramont, que cet article a été publié? » Beust avoua qu'en effet cette insertion tendait à couper court à toutes les dissertations des journaux allemands au sujet de la neutralité à laquelle l'Autriche était soi-disant condamnée ^
Il crut un moment que ses habiletés étaient perdues et que, fatigués d'être tenus en suspens, nous allions nous entendre avec la Prusse. « Lord Clarendon, lui écrivait-on de Londres, a négocié un accord par lequel la Prusse et la France s'engagent à s'abstenir de toute politique agressive pendant un temps déterminé, deux à trois ans par exemple. » Cette nouvelle n'avait pas le sens commun; Beust ne la prend pas moins au sérieux et en disserte à perte de vue. « Ce projet, dit-il, serait tout au bénéfice de la Prusse qui poursuivrait à son aise sa propagande unitaire. Personne n'ignore que c'est aux armements français qu'il faut attribuer, d'une part, la réserve apportée par la Prusse dans sa politique d'annexion, et, d'autre part, le développement des idées particularistes dans les États du Sud'-. » Ainsi, la persistance de Napoléon III dans la politique à la fois tatillonne et menaçante qui s'opposait au passage du Mein, lui était suggérée ])ar les insistances perfides de Beust autant que par les excitations de Thiers.
Tout n'était pas faux dans les suspicions prussiennes. Partout, en effet, Beust essayait de