Voir Fmpire libéral, t. X
dont il s'était rendu coupable à son égard, ainsi que des pertes qu'il avait fait éprouver à son régiment. — Tognetti et lui ont demandé pardon à tous les zouaves au service du Saint-Siège. Un prêtre qui, avec d'autres personnes pieuses^ avait assisté les condamnés, se tourna vers la foule et lui adressa quelques paroles d'édification sur leur fin chrétienne; la foule se retira avec ordre et tranquillité. » L'exécution avait eu lieu par la hache. Un agent de Victor-Emmanuel, envoyé pour intercéder en faveur de ces malheureux, n'avait pas même osé aborder le Pape, et les démarches de notre ambassadeur auprès d'Antonelli avaient été vaines : on croyait devoir une réparation solennelle aux zouaves tués.
Une véritable fureur s'était élevée contre Pie IX. Dans le Parlement et dans la presse, on le couvrait d'imprécations; une souscription fut ouverte au ])rofit des martyrs de la liberté, et le Roi s'y associa. La colère redoubla lorsqu'on apprit que deux nouvelles condamnations venaient d'être prononcées contre deux autres garibaldiens, Ajani] et Luzzi. Victor-Emmanuel, cette fois, crut devoir intervenir directement auprès du Pape et lui envoya le général Délia Rocca, porteur d'une lettre autographe. L'audience fut des plus singulières. Le Pape reçut la lettre, la déposa sur son bureau sans l'ouvrir, et attendit. Embarras du général. Sans aucune allusion à cette lettre du Roi, Pie IX lui parla de son oncle, le cardinal Morozzo, décédé depuis plusieurs années, de ses vertus, de son dévoue-
ment à l'Église, de la douleur qu'il éprouverait en voyant les maux dont elle est affligée aujourd'hui ; puis il releva avec vivacité les outrages qui lui avaient été prodigués pendant ce& derniers temps à lui-même et à son gouvernement. Et ce fut tout. Après qu'il eut congédié le général, il ouvrit la lettre. Le Roi y réclamait la griice des condamnés et invoquait, comme un motif digne de considération, l'intérêt de la sûreté des prêtres dans le royaume. Pie IX fut blessé de la pression comminatoire que prétendait exercer sur lui le gouvernement instigateur des attentats qu'il lui fallait punir. Il eut d'abord la pensée de ne pas répondre. Il s'y décida pourtant, et écrivit au Roi que ses deux envoyés avaient eu honte de ce qu'ils avaient mission de lui dire, et ne lui avaient, probablement pour cela, rien dit. Il ne s'expliquait pas sur la demande en grâce, et se bornait à assurer, qu'il continuait à prier Dieu pour le Roi. Napoléon III intervint aussi. « Je vous prie, prescrivit-il à Moustier, d'écrire par le télégraphe à M. de Banneville, à Rome, d'insister vivement pour que les deux condamnés nouveaux ne soient pas exécutés. » Banneville n'eut pas à insister. Le tribunal de la Consulta revisa la sentence, et commua la peine de mort en celle des galères à perpétuité.
Ces incidents confirmèrent le Roi et Menabrea dans la pensée que le moyen de surmonter le malaise général était d'obtenir de l'Empereur la promesse d'une évacuation de Civita-Vecchia.
Victor-Emmanuel, revenu de ses colères de 1866 et de 1867, avait compris que son intérêt était encore de se rapprocher de celui qui lui avait déjà tant donné et de qui il pouvait encore tant attendre. Le prince Napoléon lui avait expliqué que le « jamais » de Rouher n'était pas un jamais implacable, mais un jamais parlementaire, un jamais provisoire -.jamais, sans le consentement de l'Empereur; mais ce consentement ne serait peut-être pas toujours refusé. Il reprit donc la conversation avec le gouvernement français. Nigra le secondait avec sa ténacité insinuante, mais Moustier ne se rendait pas : « Devonsnous exposer aux chances de cette épreuve les États pontificaux dont nous avons voulu que le territoire restât à l'abri de toute attaque, et le cabinet italien lui-même, malgré ses intentions que nous ne saurions suspecter? Dans quelle situation se trouverait-il, ainsi que nous, si le renouvellement des tentatives qui ont eu lieu l'année dernière, plaçait encore les deux gouvernements en face de pénibles nécessités, et provoquait une nouvelle effusion de sang^? ))Menabrea répliquait : « Nous n'hésitons pas à répondre, de la façon la plus catégorique, que nous avons des motifs bien fondés de croire que les regrettables événements de l'année dernière ne se renouvelleront plus ; le calme dont jouit, en ce moment, le Royaume ne saurait être attribué qu'à ses conditions intérieures, et, par conséquent, nulle-