Dépêche de Moustier à ViUestreux, 31 octobre
ment au maintien d'une garnison française dans le territoire pontifical. Au contraire, ce calme serait, à notre avis, encore plus grand si l'occupation française cessait d'offrir aux partis hostiles un thème facile à exploiter. Mais si, par malheur, des éventualités que nous ne croyons pas possibles, devaient se produire ; si de coupables, de folles agressions contre le territoire du Saint-Siège devaient se renouveler, on sait, nous l'avons déjà déclaré, que le Gouvernement du Roi a non seulement l'iatention, à laquelle M. le ministre impérial des Affaires étrangères se plaît à rendre justice, mais aussi la force plus que suffisante de déjouer et réprimer, avec la sévérité de la loi, les attentats contre la sûreté intérieure et extérieure de l'État ^ »
A côté des dépêches qui s'échangeaient officiellement, se poursuivait une conversation non interrompue entre Rouher, l'Empereur d'un côté, Nigra et Vimercati de l'autre. On recherchait les moyens de rétablir les bons rapports, et, si une guerre survenait, de préparer une action commune. Mais quand on avait beaucoup causé, on arrivait à cette conclusion, que Nigra exposait avec sa fermeté polie et invincible : « L'Italie ne peut rien avec vous et pour vous, si vous ne cessez pas votre occupation, et si vous ne reconnaissez pas les aspirations nationales sur Rome. » L'Empereur, aussi inflexible, répondait : a Je n'entends pas empêcher les Romains d'exercer
d. 23 novembre 1868.
leurs droits propres, mais je ne consens pas à ce que le roi d'Italie et, à plus forte raison, les bandes garibaldiennes, exécutent quoi que ce soit contre le domaine temporel. Je ne demande pas mieux que de retirer mes troupes, pourvu que le gouvernement italien me donne des garanties que les faits qui m'ont ramené à Rome une seconde fois ne se reproduiront pas, et ne m'obligeront pas à y revenir une troisième fois. Si le général Menabreadevait rester éternellement aux affaires, cela me serait une garantie suffisante. Mais quelle assurance ai-je qu'on suivra sa politique? — Quelle assurance voulez-vous ? demandait l'Italie. Nous n'en avons pas d'autres à vous donner que celles de la Convention du 15 septembre. » Et l'Empereur restait coi, car il ne savait lui-même quelles garanties il pouvait réclamer.
Rouher s'épuisait en combinaisons; il offrit l'occupation, par les troupes italiennes, de tout le territoire pontifical, sauf Rome, bien que son jamais se fût étendu sur ce territoire. Lettres, conversations, dépêches, s'échangeaient; rien ne se terminait. Un des motifs de cette inertie, c'était l'approche des élections générales en France. « Avant ce moment, disait l'Empereur, il m'est impossible de concéder quoi que ce soit sur Rome. » La Valette lui-même, qu'on savait contraire à la dernière expédition et très prononcé pour l'Italie, était dans des dispositions semblables. Nigra, plein d'espoir, vint l'avertir qu'il lui adresserait bientôt une demande offi-
cielle d'évacuation : (( N'en faites rien! s'écriat-il, je serais obligé de reproduire les refus de Moustier. Laissez-nous procéder à nos élections, nous verrons après. Je travaillerai à ce que notre retraite ait lieu le plus tôt possible. » Nigra qui, en défendant les intérêts de son gouvernement, avait le tact de comprendre les difficultés du nôtre, engagea son ministère à ne pas insister. Les négociations étaient donc suspendues à la fin de 1868, et c'est dans cette situation qu'arrivèrent les ouvertures autrichiennes.
Le hasard avait fourni à Beust un moyen non compromettant de faire connaître à Victor-Emmanuel ses dispositions. Le Roi avait pour aide de camp le général hongrois Tiirr. Ce rebelle, jadis condamné à mort trois fois, s'était cru, après 1866, obligé d'aller présenter ses hommages à François-Joseph, que rien désormais ne lui interdisait plus de saluer comme son roi légitime. L'accueil impérial avait été des plus bienveillants. Revenu à Turin, le général raconta sa démarche à Victor-Emmanuel, a Eh bien! lui dit le Roi, quand vous repasserez par Vienne, retournez voir François-Joseph, et dites-lui combien je serais heureux de renouer avec lui des relations personnelles, et d'avoir l'occasion de lui prouver que je ne suis pas seuleiûent un bon frère, mais un bon parent. » François-Joseph se montra
satisfait de la réconciliation qu'on lui offrait et l'accepta.
Beust pensa que celui qui avait ouvert la voie au rapprochement personnel pourrait l'ouvrir aussi au rapprochement politique. Il confia à Tûrr ses sympathies pour l'Italie et son projet d'une triple alliance avec elle et la France. Tiirr rapporta ces propos au Roi. Victor-Emmanuel, toujours prêt aux brillantes convoitises, vit aussitôt l'Autriche lui accordant quelque morceau vers le Trentin, et Napoléon III, grâce à l'intervention du protestant Beust, se relâchant de ses refus sur Rome. Il dépêcha Tiïrr aux Tuileries. Aucun messager ne pouvait être mieux venu. La France n'a pas eu, en Europe, d'ami plus constant et plus intelligent que le général. En toute occasion, il a mis à notre service son charme, sa vaillance, sa pénétrante initiative et il en a dit très noblement le motif : « Bien des gens me demandent pourquoi je suis partisan de la politique française. Ma réponse est des plus simples : c'est parce que la France a versé et verse son sang en toute occasion pour l'avènement des idées libérales et que l'histoire nous montre que chaque victoire remportée par la France fait faire à l'Europe entière un pas en avant dans la voie du progrès, tandis qu'une défaite essuyée par elle fait disparaître le règne de la liberté en Europe. »
Napoléon III le reçut le 31 décembre 1868. Il lui exposa le motif de son voyage et le but de la triple alliance. L'Empereur répondit : « Je n'ai
pas de guerre en perspective, mais je crois qu'une entente entre l'Autriche, l'Italie et la France nous assurerait contre toute éventualité : ce serait la garantie de la paix pour l'Europe et surtout la sauvegarde des petits Etats. Si les trois cours parvenaient à établir les bases d'un arrangement, je tacherais de m'entendre avec la Reine et quelques hommes d'État anglais, afin d'avoir aussi l'Angleterre avec nous. Peut-être de cette façon arriverons-nous à réunir un congrès des souverains européens. » Et cette idée séduisit tant l'Empereur qu'à la chasse, à Fontainebleau, il en entretint Metternich et Nigra qu'il traitait en amis, et en écrivit à Victor-Emmanuel.
Tiirr revint à Florence rendre compte ^ Le Roi lui dit : u Jusqu'à présent, nous avons travaillé tous deux, mais comme roi constitutionnel, il faut vous entretenir avec le ministre-président iMenabrea. Je lui en dirai un mot, allez le trouver et racontez-lui ce qui a été fait. » Le premier mot de Menabrea fut : « Et Rome! En avez-vous parlé? — Comme je n'avais pas mission de parler de Rome, je me suis gardé de compliquer la question. Ce sera à vous d'aviser. » 11 ne restait qu'à mettre au courant Beust et François- Joseph. Tiirr repartit pour Vienne, vit les deux. Ayant dit un mot du Trentin à François-Joseph, celui-ci interrompt : « 11 faut toujours que ce soit moi qui donne! — Bien entendu. Votre Majesté se dédommagera ailleurs )), dit Tiirr. Sur
la question de Rome on demeura dans les généralités. En résumé, l'empereur d'Autriche ne dit pas non, mais simplement : a ][ faut attendre •que l'armée soit prête. » Et cependant Beust fut autorisé à poursuivre les négociations.
Le rôle de Turr était terminé ; celui de la diplomatie commença. La négociation qui s'ouvrit fut absolument secrète et se passa entre les deux empereurs, le roi d'Italie, Beust, Rouher et La Valette. Nigra n'y eut qu'une part restreinte, Metternich intervint plutôt comme ami particulier que comme ambassadeur, et les agents de transmission furent surtout Vimercati pour l'Italie, Witzthum pour l'Autriche. Notre ambassadeur à Vienne, Gramont et notre ambassadeur à Florence, Malaret, ne la soupçonnèrent même pas. Le prince Napoléon, instruit par une confidence de Nigra, se montra aussitôt contraire : en premier lieu parce qu'il voyait là une diversion tendant à entraver le mouvement libéral intérieur, ensuite parce qu'il était favorable à la Prusse.
Bismarck, malgré ses accointances à Vienne, ignora toutes ces démarches. Son attention était détournée de nouveau des affaires extérieures par les soucis que lui donnaient ses démêlés avec le Roi : il était fort mécontent de ce qu'il eut résolu quelques affaires comme celle de l'in-
demnité de guerre à rembourser à Francfort sans l'avoir préalablement consulté, et que dans quelques autres il eût préféré l'avis de ses collègues au sien. Ces déplaisirs étaient accrus par la résistance que le Roi opposait au rappel d'Usedom. L'animosité du Chancelier contre cet ambassadeur datait de 1854, alors que Bismarck comptait parmi les fougueux partisans de la Croix et qu'Usedom était du parti relativement libéral, groupé autour du futur roi de Prusse. Lors de la publication faite parLaMarmora de sa note de juin 1866, Bismarck avait demandé sa démission; le Roi, très contrarié lui aussi de la note relative à l'insurrection, disait à Bernhardi : (( Il y a des choses, qu'on dit mais qu'on n'écrit pas. » n n'approuvait pas cette forme de note diplomatique donnée à un plan stratégique, mais il jugeait le plan conseillé par Usedom excellent et conforme aux données établies à Berlin avec Govone, et il craignait que la condamnation de la forme n'entraînât un blâme rétrospectif du fond irréprochable ; de plus il éprouvait pour Usedom les sympathies du chef franc-maçon pour ses adeptes francs-maçons. Il ne le rappela pas de Florence.
A toutes ces causes de froissement vint s'en joindre une dernière à propos d'une loi concernant le régime des Cercles (février 1869) au sujet duquel Bismarck voulait donner satisfaction au parti national libéral, tandis que le ministre de l'Intérieur, le parti féodal et la Cour désiraient une solution conforme à leurs ten-
dances. Le Roi tiraillé ne se prononçait pas, Bismarck, excédé de tant d'opposition, perd patience et envoie sa démission. Alors s'échangent entre le Roi et lui trois lettres qui montrent, mieux que toutes les phrases d'un commentaire ou d'un portrait, dans leur réalité vivante, le caractère de deux des principaux fondateurs de la grandeur allemande, et la nature de la collaboration qui les a unis pour l'œuvre commune.
A la démission le Roi répond : « Comment pouvez-vous supposer que j'entrerai dans votre ordre d'idées? Mon plus grand bonheur est, précisément, de vivre toujours dans une parfaite entente avec vous. Comment pouvez-vous vous faire des idées noires à ce point que, pour une seule divergence de vues, vous prendriez la résolution la plus extrême? Vous m'écriviez encore, à Varzin, au sujet de notre dissentiment touchant la manière de couvrir le déficit, qu'à la vérité nous différions d'opinion sur ce sujet, mais qu'en acceptant le poste que vous occupez, vous vous êtes fait un devoir, après m'avoir exposé vos vues, comme il vous appartient de le faire, de vous rendre toujours à ma décision. Pour quel motif avez-vous si complètement changé cette manière de voir, que vous m'exprimiez d'une façon si noble, il y a trois mois? Il n'existe qu'une seule divergence de vues entre nous, celle qui concerne Francfort-sur-Mein. Dans l'histoire de la Prusse, votre nom est gravé plus haut que celui d'aucun homme d'État
prussien. Dois-je m'en séparer?^ Jamais î Le calme et la prière apaiseront tout. Votre plus fidèle ami, Guillaume ^ » Bismarck répond : « La très gracieuse lettre dont Votre Majesté m'a honoré me couvrirait de confusion si les motifs qui, après une lutte pénible, m'ont conduit à la résolution que j'ai prise, étaient ceux qu'expose Votre Majesté. Une simple divergence de vues dans une affaire relativement aussi secondaire que celle de Francfort ne m'aurait jamais déterminé à un acte aussi sérieux et aussi contraire à mes propres sentiments. Mon unique motif est l'insuffisance de mes forces et de ma santé pour le genre de service qu'exige Votre Majesté Elle voudra bien se souvenir qu'au commencement de décembre 1865, je fus sérieusement malade, et que jamais depuis lors, sous le fardeau toujours croissant des afPaires, je n'ai pu me rétablir complètement. Si je croyais, il y a à peine trois mois, me trouver en mesure de suffire au cours régulier des affaires, au moins pendant la session du Parlement, l'épreuve a montré que c'était une erreur, et que je m'étais exagéré mes forces. L'ensemble de la tâche qui m'incombe ne peut être rempli que par la dépense de toutes mes forces, et si je me trouve soutenu par la confiance complète de Votre Majesté qui me laisse une entière liberté d'action, et le libre choix de mes collaborateurs. Mais l'accomplissement de
i. 22 février 1869.
ma tâche devient impossible, si elle ne s'effectue pas avec la coopération de tous les organes qui doivent y concourir. Les difficultés qui résultent du frottement des rouages artificiels d'un État constitutionnel n'ont pas, jusqu'ici, notablement troublé la marche des affaires. La mission qui consiste à établir l'accord entre V. M, et huit ministres, et à maintenir, après que cet accord est établi, l'entente avec trois assemblées parlementaires, tout en ayant égard, dans la mesure indispensable, aux sentiments des Gouvernements alliés et étrangers, a pu être remplie, jusqu'ici, approximativement. A mon humble avis, la condition préalable et décisive de ce résultat résidait dans cette circonstance que jamais, depuis que j'ai l'honneur d'être au service de V. M., une résolution, prise après avoir consulté le ministre, n'avait été de nouveau mise en question, et qu'en ce qui concerne les travaux de chaque ministère responsable, V. M., avant d'arrêter ou de modifier une résolution, écoutait toujours le Conseiller qu'EUe avait établi pour cela. Si, dans ces derniers temps, des influences extraoffîcielles ont su inspirer un vif intérêt à V. M. pour quelques questions locales, sans avoir à supporter, en même temps, la responsabilité pour l'ensemble des affaires, et si, par cette voie, des résolutions que V. M. avait prises, sur la proposition du ministre, et qu'Elle avait annoncées, se trouvent modifiées, et mettent, de nouveau, à l'épreuve, pour une discussion
POLITIQUE DE BISMARCK. 21i
nouvelle pendant des semaines, la force de travail du ministre, sa tache se trouve par là accrue au delà, des limites du possible. Aussi, le travail le plus assidu me laisse-t-il l'impression que les affaires courantes restent en suspens. Le découragement dont cette constatation me remplit, se trouve augmenté par cette circonstance que, dans les questions de personnes, la bienveillance personnelle de Votre Majesté, pour chacun de ses serviteurs, est d'un poids quipréjudicie aux intérêts de ceux qui ont à transmettre les travaux insuffisants des autres. « Les expériences de ces derniers mois m'ont enlevé la confiance que j'avais d'être encore à la hauteur de ma tâche. Les grandes difficultés que je rencontre dans l'accomphssement de mes devoirs sont encore augmentées par l'influence de contre-courants que je ne me sens plus la force de combattre. Les luttes que m'impose ma charge m'ont attiré la défaveur de personnes haut placées et l'antipathie de personnages influents. La satisfaction de Y. M. est mon unique consolation, et vous ne pouvez vous représenter combien tout instant de mécontentement, toute divergence de vues avec mon Royal Maître, pèse lourdement sur le cœur d'un serviteur fidèle, et quelle réaction puissante exercent toujours les dispositions d'esprit sur mes soufirances physiques. V. M. aura pitié de cette faiblesse, car elle est une preuve encore de mon affection pour la personne de mon Souverain. Mais, elle me rend incapable
de répondre aux exigences du service, tel que Y. M. le comprend. Je n'ai pas le pressenliment qu'une longue vie doive m'être^ accordée, et je crains que ma carrière ne soit destinée à se terminer comme celle du défunt Roi. Je ne puis avoir la prétention que, dans les affaires de service, Y. M. ait égard à mon état maladif. Il est certain que je dirigerais encore les négociations avec le Reichstag qui sont à la veille de s'ouvrir, selon la volonté de Y. M., si Elle voulait me permettre d'espérer que je me retirerais, aussitôt la session terminée, et qu'il me serait donné de passer le temps qui me reste à vivre, dans le calme de la retraite, et dans le souvenir reconnaissant que je conserve de la grâce dont Y. M. m'a favorisé. »
Le Roi n'est pas convaincu, et il insiste : (( Je souscris parfaitement à tout ce que vous me dites sur la difficulté de mettre en mouvement le mécanisme d'un Etat constitutionnel, mais je ne puis pas vous laisser penser que je manque de confiance en vous, et dans les autres conseillers de la couronne. Yous dites vousmême que, depuis 1862, c'est la première fois qu'une divergence se produit entre nous, et cet unique incident devrait suffire pour prouver que je n'ai plus aucune confiance dans les organes de mon Gouvernement. Personne ne s'estime plus heureux que moi, en constatant que, durant une période de six années, si agitée, il ne se soit pas produit de dissentiments entre nous. Mais nous avons été gâtés par là, si heureusement
gâtés, qu'il vous semble que l'incident actuel doit produire un ébranlement. Se peut-il qu'un monarque ait jamais témoigné à son premier ministre une plus grande confiance que moi, qui, à différentes reprises, et maintenant encore, vous adresse des lettres privées qui traitent des questions pendantes momentanément, afin de bien vous convaincre que je ne cherche pas à en résoudre aucune par-dessus votre tête? Lorsque je vous envoyais la lettre du général ManteufFel sur l'affaire de Memel, parce qu'elle me paraissait contenir l'imprévu (Tottleben) et que je voulais avoir votre opinion à ce sujet, lorsque je vous communiquais la lettre du général de Beyens, ainsi que quelques extraits de journaux, avec la remarque que ces pièces reproduisaient exactement ce que, depuis des années, j'avais affirmé partout et officiellement, je devais croire qu'il ne m'était pas possible de vous donner de plus grandes preuves de confiance. Vous ne pouvez pas désirer vous-même que je ferme systématiquement mon oreille aux voix qui, à certaines heures importantes, s'adressent confidentiellement à moi. Si je fais ressortir certaines considérations par lesquelles vous motivez votre lettre, tandis qu'il en est d'autres que je ne discute pas, je me réfère pour cela à votre propre affirmation qui vous fait représenter votre disposition d'esprit actuelle comme un état maladif; vous vous sentez fatigué, épuisé, vous aspirez au repos. Je le comprends parfaitement, car je ressens aussi ces impressions;
mais puis-je, et dois-je, pour cela, penser à abdiquer?... Je ne le puis pas, et ne le dois pas, et vous ne devez pas y penser plus que moi. Vous n'appartenez pas qu'à vous seul, votre existence est trop étroitement liée à l'histoire de la Prusse, de FÀllemagne et de l'Europe, pour que vous puissiez vous retirer de l'œuvre à laquelle vous collaborez. Mais, afin que vous puissiez vous consacrer tout entier à cette œuvre, je vous prie instamment de me présenter un projet de nature à vous faciliter le travail. Vous pourriez, par exemple, ne pas assister aux séances du ministère lorsque l'on n'y traite que des questions ordinaires : Delbriïck est, pour vous, un collaborateur si fidèle qu'il pourrait assumer une grande partie de la tâche. Limitez aux points les plus importants les propositions que vous avez à me faire. Mais, avant tout, ne doutez jamais de mon invariable confiance, et de ma reconnaissance inextinguible. — Votre Guillaume \ »
Il était impossible de résister à de telles instances. Bismarck retira sa démission. Le Roi de son côté n'insista plus sur le maintien d'Usedom, qui fut remplacé par Brassier de Saint-Simon, non moins dévoué aux intérêts italiens mais d'un sens plus rassis (2 mars 1869). Bismarck vint prendre part aux travaux du Reichstag (4 mars).
Là aussi il assoupit provisoirement la ques-