‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 50 sur 165 · février · texte numérisé non relu

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tion nationale et son attention fut uniquement portée sur les moyens de combler le déficit par l'établissement d'un impôt sur les boissons alcooliques. Il n'admit pas qu'on s'occupât d'un autre sujet. Jugeant Beust suffisamment corrigé il ordonna une accalmie générale. Les attaques des journaux prussiens cessèrent; des propos amicaux s'échangèrent de toutes parts. L'opinion publique, docile au mot d'ordre, ne sembla plus du tout pressée de conquérir les États du Sud. Le journal la Post publiait un article dans lequel il s'efforçait de démontrer, — à la grande surprise de ses lecteurs habituels, — que les engagements consacrés par les Conventions militaires et l'Union douanière, telle qu'elle avait été reconstituée, offraient à l'Allemagne toutes les garanties désirables; il relevait les inconvénients qui naîtraient, pour le Nord comme pour le Midi, des efforts pour réaliser une entente plus intime. Bismarck disait à Benedetti : « L'Union germanique engendrerait en ce moment des complications qu'il est prudent de conjurer; cette tâche incombera à la future génératiton. » Il ne parla point pour notre ambassadeur seul et renouvela les assurances de cette conversation dans un discours prononcé au Reichstag : Le Sud, par le caractère particulier de sa race, par la position qu'il occupait dans l'ancienne constitution de l'Empire, est essentiellement particulariste et conservateur ; nous sommes pour lui non seulement trop libéraux, mais aussi trop nationaux, en somme

trop libéraux-nationaux. Examinez de près les tendances caractéristiques de l'Allemand du Sud : vous verrez que ce qui se trouve au fond de toutes les manifestations auxquelles il prend part, c'est son désir de rester Bavarois, Wurtembergeois, Souabe ou Franconien. Il trouve l'Allemagne du Nord déjà trop étroitement unie, et peut-être se déciderait-il à se rapprocher d'une confédération dont les liens seraient plus lâches, d'une communauté où ce que j'appelle ses particularités seraient respectées dans une mesure beaucoup plus grande... Dans l'Allemagne du Sud l'aspiration à l'unité est si faible que les gens qui rechercheat ouvertement l'aide de l'étranger pour détruire ce que nous avons gagné en fait d'unité, — que ces gens qu'on entend déplorer tout haut le courant d'air pacifique qui souffle pour l'instant à travers le monde, — le déplorer parce qu'il retarde le moment où ils pourraient voir les baïonnettes étrangères victorieuses et teintes du sang de leurs frères du Nord, — que ces gens-là ne sont point menacés de l'indignation morale de leurs compatriotes, ni traités publiquement de traîtres à leur pays, ni stigmatisés comme tels ! On exagère beaucoup mon inlluence sur les événements qui m'ont porté où je suis, mais personne, sans doute, ne me demandera de faire l'histoire. J'y serais impuissant, même en marchant d'accord avec vous. Messieurs, accord qui nous rend assez forts pour braver le monde en armes ; mais nous ne pouvons faire l'his-

toire, nous ne pouvons qu'attendre qu'elle s'accomplisse. Ce n'est pas en plaçant une lampe sous les fruits que nous les ferons mûrir, si nous les faisons tomber avant le temps nous empêchons leur développement, nous les galons. Soyez donc patients et laissez à l'Allemagne le temps de se développer \ »

A ce moment même une grande dame, aussi remarquable par sa rayonnante beauté que par la clairvoyance de ses sentiments patriotiques, la comtesse de Pourtalès, nous apprenait comhien peu il fallait prendre au sérieux ces protestations pacifiques des journaux, du Parlement et des ministres : « Voilà que cette adorable comtesse, écrivait le général Ducrot, me déclare qu'elle revient de Berlin la morl dans Fâme, que la guerre est inévitable, qu'elle ne peut manquer d'éclater au premier jour, que les Prussiens sont si bien préparés, si habilement dirigés, qu'ils sont assurés du succès. Ces gens-là nous trompent indignement et comptent bien nous surprendre désarmés... Oui, le mot d'ordre est donné : en public on parle de paix, du désir de vivre en bonnes relations avec nous ; mais lorsque, dans l'intimité, l'on cause avec tous ces gens de l'entourage du Roi, ils prennent un air narquois, vous disent : — Est-ce que vous croyezà tout cela? Ne voyez-vous pas que les événements marchent à grands pas, que rien désormais ne saurait conjurer le dénouement ? Ils se moquent

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