‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 51 sur 165 · Séance du IG avril · texte numérisé non relu

Séance du IG avril

indignement de notre gouvernement, de notre armée, de notre garde mobile, de nos ministres, de l'Empereur, de l'Impératrice, prétendent qu'avant peu la France sera une seconde Espagne ! Enfin croiriez-vous que le ministre de la maison du Roi, M. de Schleinitz, a osé me dire qu'avant dix-huit mois notre Alsace serait à la Prusse ? Et si vous saviez quels énormes préparatifs se font de tous côtés, avec quelle ardeur ils travaillent pour transformer et fusionner les armées des États récemment annexés, quelle confiance dans tous les rangs de la société et de l'armée! Oh !... en vérité, général, je reviens navrée, pleine de trouble et de craintes. Oui, j'en suis certaine maintenant, rien, non rien, ne peut conjurer la guerre, et quelle guerre ! »

Ainsi l'accalmie bismarckienne, à laquelle nos diplomates et nos ministres avaient la naïveté de se confier, n'était que le silence de la veillée d'armes, silence terrible, au-dessous duquel, en prêtant bien l'oreille, on entendait le bruit des canons qu'on fondait, des fusils qu'on fabriquait, des approvisionnements qu'on entassait, et, déjà au loin, la rumeur du champ de bataille.

1. Lettre du général Ducrot au général Frossard, Strasbourg, 28 octobre 1868.

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