‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 53 sur 165 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

LA PREPARATION PRUSSIENNE. — NOUVELLE TACTIQUE DE L'ARTILLERIE ET DE LA CAVA- LERIE. — ARRANGEMENTS AVEC LES ÉTATS DU SUD. — PLAN DE MOLTKE

Le spectacle qu'offre la Prusse militaire après 1866 est vraiment digne d'étude. Victorieuse, elle ne s'endort pas sur sa victoire. Après la guerre de Danemark, elle avait préparé celle contre l'Autriche; il lui reste à en engager une autre plus sérieuse, celle contre la France. Elle le sait, elle le veut, et elle s'y prépare avec une persévérance passionnée qui ne se précipite pas, mais qui ne se ralentit jamais. Roon, au ministère de la Guerre, Moltke à l'état-major, se partagent la tâche. Roon perfectionne l'instrument du combat, Moltke en organise l'emploi. Autour d'eux, le Kronprinz, le prince Frédéric-Charles, répandent dans leurs troupes l'ardeur, le dévoûment au devoir, le sacrifice, la confiance, car ils ne pensent pas, comme le sophiste Trochu, que la qualité supérieure d'une armée soit de se défier [d'elle-même. Tous ces

efforts sont inspirés, soutenus par le vieux Roi plus animé, plus actif, plus appliqué à son devoir militaire qu'aucun de ses jeunes généraux. Il se multiplie, il confère dans son cabinet, avec ses ministres, avec le chef de sa maison militaire, avec ses officiers; il se fait inspecteur général, il passe en revue les divisions, les brigades, les compagnies ; il va porter à toutes ces troupes le salut royal auquel elles répondent par une promesse de dévoûment et d'affection. Dans son regard bienveillant et inspirateur chacun lit l'assurance de nouvelles et prochaines victoires. Personne qui ne travaille dans cette ruche guerrière, et, mois par mois, jour par jour, s'accomplit une œuvre de réforme qui effraye par son intensité et sa diversité. Il faudrait un volume entier pour la raconter; nous en donnerons les points principaux.

La loi militaire fédérale étendait à tous les États confédérés les règles générales de l'organisation prussienne. Une instruction du 26 mars 1868 prescrivit les pratiques administratives pour l'application uniforme de cette loi dans tous les États. Néanmoins une certaine diversité subsista entre eux et ils se classèrent en trois groupes distincts :

1 - Ceux dont les souverains conservèrent sur leur contingent l'autorité supérieure^; 2'' Ceux dont le contingent, sans perdre le caractère national, devint une partie intégrante de l'armée

1. La Saxe, la Hesse, Mecklembourg-Schweriti, Mecklembourg-Strelitz, Brunswick.

prussienne, ravancement, le recrutement, l'instruction, l'administration étant transférés à la Prusse; 3"" Ceux qui S en vertu de conventions, renoncèrent à lever eux-mêmes leur contingent et, pour chaque tête à fournir, payèrent à la Prusse 225 thalers (843 fr. 75) ^ Nonobstant ces différences, toutes les réformes militaires furent obligatoires dans tous les États confédérés, et, à partir de la loi de 1867, il n'y eutvraiment qu'une seule armée organisée, conduite par un chef, le Roi.

L'introduction de nouveaux États dans les cadres militaires nécessita l'accroissement du nombre de corps entre lesquels se répartirait la troupe coQibattante. Avant 1866, le territoire prussien était partagé en huit régions ou districls fournissant chacun un corps d'armée. Il y avait en outre la Garde qui se recrutait sur l'ensemble du territoire. Par suite des annexions, une nouvelle division territoriale militaire, sans aucune concordance avec la division administrative, dut être faite. Le territoire (non compris la Saxe) fut divisé en onze districts de corps d'armée, d'où onze corps d'armée de ligne; l'armée saxonne forma le 12% plus le corps de la

1. Grand-duché d(3 Saxe-Weimar. Duché de Saxe-AItenburg. Duché de Saxe-Meiningen. Duché de Saxe-Goburg Gotha. Duché d'Anhalt. Principauté de Reuss (branche aînée). Principauté de Schwarzburg-Rudolstadt.

2. Grand-duché d'Oldenburg. Principauté de Lippe-Detmold. Principauté de Schaumburg-Lippe. Principauté de Schwarzburg-Sondetshausen. Principauté de Waldeck. Villes libres de Hainbur'% Lubeck, Brème.

Garde; donc treize corps ^; enfin une division fournie par la Hesse-Darmstadt, qui forma la 25^ On remania le nombre des districts de la landwehr qui sont le pivot du recrutement régional : on en établit 212; deux bataillons formaient un régiment correspondant à un régiment de ligne de l'armée fédérale. Les lignes générales tracées, on releva toutes les erreurs qui avaient été signalées en 1866 et on s'efforça de les rectifier. Le télégraphe avait mal fonctionné, sauf dans l'armée de Frédéric-Charles. On réorganisa le service : à chaque armée on donna sa colonne télégraphique avec 92 pionniers pris dans la landwehr. Le service médical avait laissé beaucoup à désirer : médecins en nombre insuffisant, ambulances sans mobilité ou faisant défaut. On créa une section spéciale de médecine militaire, et on donna un meilleur aménagement aux ambulances. Le système des étapes offrait beaucoup de lacunes et de défectuosités ; une réforme radicale fut opérée secrètement. Pour chaque armée une inspection générale fut créée ayant un général à sa tête-. Le service des vivres fut également perfectionné, des compagnies de chemins de fer créées pour détruire les chemins de fer ennemis ou les réparer.

Il n'y avait pas lieu d'innover un système de mobilisation. La Prusse était depuis longtemps en possession du seul qui la rend facile, le système territorial. Chaque corps tirant de son dis-

Page 1