‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 60 sur 165 · Voir Empire libéral, t. IV, p · texte numérisé non relu

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L'EMPEREUR Eï L'ARMÉE. 265

quelques preuves choisies entre une multitude d'autres. De très bonne heure l'Empereur se convainquit de l'excès de centralisation de notre machine militaire. Le 24 août 1854, de Biarritz, il la signalait au maréchal Vaillant : « L'organisation du ministère est défectueuse. En effet, je vois par moi-même depuis des années que tout est trop centralisé dans les mains du ministre, et alors, comme il ne peut pas tout faire par luimême, ou les choses ne se font pas à temps, ou elles sont décidées par des subalternes. Ainsi on envoie par exemple des régiments de cavalerie demeurer en Orient. Ils arrivent sans couvertures ou sans selles ou sans brides. Pour remonter plus haut, je me souviens que, lors de la guerre d'Espagne en 1823, on avait emmené aux Pyrénées des mulets pour l'artillerie de montagne ; mais tous les bâts étaient faits pour les mulets des Alpes et n'allaient pas à ceux des Pyrénées. A Boulogne, si je n'avais vu par moi-même l'état des travaux, jamais le camp qui devait être prêt au 1"' juillet ne l'aurait été même au l'''" septembre. Et que d'écritures pour établir en quatre mois 44000 hommes sur un point ! « C'est que rien ne peut aller bien sans une division du travail ; vouloir qu'on dérange un ministre pour avoir des tentes, des fers pour les chevaux, des bidons, des gamelles, ou bien avoir besoin de son autorisation pour renvoyer un soldat, pour admettre un caporal, c'est le forcer à perdre son temps à des vétilles. Rien n'a plus de détails qu'une armée, et un seul détail oublié ou en retard

peut tout compromettre, mais le ministre ne peut pas tout faire et par l'organisation actuelle il faut qu'il fasse tout ou que rien ne se fasse. Mais la critique est aisée et l'art est difficile. Comment faudrait-il faire ? Voilà la question. Je n'oserais la trancher, mais il me semble qu'en instituant des chefs au ministère par armes, qui ne feraient autre chose que de s'occuper des besoins des corps qui sont à l'armée, le ministre n'aurait plus qu'un contrôle et qu'une action faciles à exercer. Au reste, je suis sûr que pour cela comme pour beaucoup d'autres choses, il n'y a qu'à rechercher comment cela se faisait sous le premier Empire pour être dans le vrai. » Nonobstant cette critique très juste, le ministère de la Guerre continua à rester centralisé à l'excès et à recevoir 1 200 lettres par jour.

Le fonctionnement même de ce ministère n'excitait pas à un moindre degré que son organisation les plaintes de l'Empereur réputé toutpuissant. Sa correspondance en est pleine : « Je n'accuse personne, mais je sais par mille exemples, écrivait-il au maréchal Vaillant \ qu'on remet souvent au ministère de la Guerre à huit jours ce qu'on pourrait faire le jour même. » Il signale à tout instant les obstacles que les bureaux apportent à son action, a Si j'envoie directement un officier, écrivait-il encore au maréchal VailJant ^, prendre des informations sur les lieux, tous les agents se concertent pour les lui déguiser, et s'il

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