‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 63 sur 165 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Sadovva réveilla Napoléon III. Il parut décidé à sortir des moyens termes et à opérer les réformes organiques. Son nouveau ministre Niel jouissait de toute sa confiance. Avec lui il reprend les idées qu'il avait ébauchées en vain sur l'instruction militaire, sur les manœuvres, sur le passage du pied de paix au pied de guerre. La constitution de l'armée les occupe d'abord. Ils rétablissent en partie les cadres supprimés en 1865 par économie ^ Puis ils détruisent les compagnies d'élite. L'institution était ancienne : à l'origine les grenadiers, qui, dans les attaques

1. Le décret du 4 avril 1867 les rendit à chaque régiment, qui se composa alors de trois bataillons de 8 compagnies. Sur le pied de guerre chaque bataillon donnerait les septième et huitième compagnies pour former un bataillon de dépôt et ne conserverait plus que six compagnies. Le sixième escadron fut rendu aux régiments de cuirassiers, dragons et lanciers de la Garde {décret du 6 février 4 861). Un 4« régiment de chasseurs d'Afrique fut créé [décret du 4 avril '1867). Même après cette restitution la cavalerie eut 36 escadrons de moins qu'en 1865.

rapprochées d'une place, étaient employés à lancer des grenades à main, avaient été constitués à raison d'une compagnie par bataillon. En 1805, Napoléon avait créé avec les hommes de petite taille les voltigeurs à épaulette jaune, chargés plus particulièrement du rôle d'éclaireurs et de tirailleurs. Entre ces deux compagnies d'élite restait le centre avec son épaulette verte. Fallait-il détruire toutes ces distinctions et n'avoir qu'un seul type d'infanterie? Une commission, présidée par le général Schramm, s'étant divisée sur la question, on la soumit à l'Empereur qui opina pour leur maintien. Niel demanda que le débat fût repris et une nouvelle Commission se réunit aux Tuileries sous la présidence de l'Empereur. On reconnut que les voltigeurs n'avaient plus de raison d'être depuis le développement donné au rôle des tirailleurs, et que les fameuses colonnes d'attaque, qui, grenadiers en tête, portaient le coup décisif, devenaient sans emploi devant les armes à tir rapide. Les compagnies du centre étaient affaiblies par les compagnies d'élite qui leur enlevaient leurs meilleurs sujets. Les chasseurs à pied, les zouaves, la Garde, n'avaient pas de compagnies d'élite, avait-on eu aie regret ter? Cette opinion prévalut aune immense majorité. L'Empereur s'y rangea un des premiers : (( J'ai été autrefois d'un autre avis, dit-il, mais, c'est par le temps, la réflexion et l'expérience que les convictions se forment et que souvent on arrive à rejeter comme inutiles des règles qu'on avait considérées comme indispensables. » Toute

rinfanterie reçut l'épaiilette rouge du grenadier. Pour ne pas détruire l'émulation dans le rang, on créa un certain nombre de soldats de première classe dans chaque compagnie.

Niel opéra la réforme que TEmpereur n'avait pu obtenir de Randon, la suppression des musiques dans les régiments d'artillerie et de cavalerie. Il en résulta une économie de plus d'un million par an, et la rentrée dans le rang de 2500 chevaux. Les haras et la musique de Saumur furent également supprimés. Le maréchal employa du mieux qu'il put, pour l'organisation de la Garde mobile les 5 millions qu'on lui avait accordés sur les 14 qu'il croyait nécessaires. Il organisa entièrement le personnel dans les l*"'", 2% 3"" corps (nord et nord-est de la France). Dans les trois autres corps d'armée il délimita les circonscriptions de bataillons, de compagnies; les contrôles furent établis et tenus à jour pour chaque département par un capitainemajor assisté de secrétaires. Tous les éléments pour constituer les cadres existaient; mais cette formation eût exigé une dépense au-dessus des ressources allouées, elle dut être ajournée.

L'instruction de la troupe fut ensuite étudiée. L'Empereur avait écrit à Niel : « Ce qui manque à notre armée, c'est l'instruction et le goût des études théoriques. Le gouvernement ne fait rien pour les encourager. Tous les jours je reçois des mémoires plus ou moins intéressants d'officiers de tous grades et ces mémoires vont s'enfouir dans les cartons du ministère de la Guerre qui

devrait s'empresser au contraire de publier les plus importants et de féliciter les auteurs. C'est ce qui pourrait avoir lieu dans un journal militaire dont la création serait fort utile '. » On ne prisait guère, en effet, chez les officiers que la bravoure ; l'instruction générale, et même l'instruction technique en dehors de ce qui est nécessaire strictement au métier, tout ce qui a trait à l'art, non seulement n'était pas requis, mais excitait plutôt les ombrages. Lorsqu'un officier se livrait à quelques études, il était raillé par ses camarades, suspecta ses supérieurs; pour les uns et les autres c'était un faiseur, un indiscipliné, un intrigant, et lorsqu'il était proposé à l'avancement dans les conseils des maréchaux, Mac- Mahon ou Pélissier demandaient qu'on Técartat. Un des moyens adoptés pour l'instruction des officiers furent les conférences. Elles avaient lieu au dépôt de la Guerre, étaient écrites, lues et envoyées aux chefs de corps qui les transmettaient à leurs subordonnés, lesquels en faisaient à leur tour l'objet d'autres conférences. C'étaient des exposés dépourvus de toute critique. Quelques-unes sont remarquables, comme celles du chef d'escadron Corbin, homme de haute valeur, un des auxiliaires les plus dévoués et les plus intelligents de ISiel. La plupart sont insignifiantes et un certain nombre franchement mauvaises.

L'instruction technique des troupes était ren-

Page 1