Discours du 12 juin
Niel avait chargé une commission d'officiers moitié du génie, moitié d'artillerie, de fixer le nombre de places nécessaires à la défense (1867). Cette commission reconnut que trente-six places, y compris les cinq ports militaires, étaient suffisantes. On en supprima donc le plus qu'on put^; pas assez cependant, puisqu'en 1870 nous avions encore soixante-cinq places fortes, et autant de postes fortifiées. Il eût fallu, pour les fortifications, 110 millions; Niel en avait demandé 66, le Corps législatif ne lui en accorda que 36. 11 en fit un usage judicieux.
Dès 1865, on avait entrepris de nombreux travaux à Metz et mis en parfait état de défense les fortifications du corps de place. En 1868, on décida d'étendre le rayon d'action de ces défenses, en construisant cinq forts destinés à protéger la ville contre un bombardement, et en constituant un vaste camp retranché qui pût servir à la fois de refuge et de soutien à une armée. Une circulaire du 2 décembre 1867 décida que l'armement de sûreté, dix coups par pièce, devait être en permanence sur les remparts des places frontières. En même temps, une commission d'officiers d'artillerie et du génie, présidée par le général Bentzmann, étudia à fond l'armement rédementaire des forts et de l'enceinte. Elle avait non seulement déterminé pour chaque bastion le nombre et l'espèce des bouches à feu, mais, à côté de chaque pièce, elle avait suspendu une
1. Décret du 26 juin 1867, notamment Wissembourg et Lauterbourg.
planchette sur laquelle étaient consignés les points à battre, les distances exactes de ces points à la pièce, et les hausses à donner pour atteindre ces points. Enhn, obus, cartouches, poudre s'entassèrent dans les arsenaux.
Niel s'était adjoint, depuis le 31 octobre 1867, comme directeur de l'administration, l'intendant général Blondeau, homme d'expérience, de coup d'œil, de décision, qui assura avec dévouement et rare intelligence ce qui était nécessaire en fait d'objets d'habillement, de campement et d'ambulances. Pour le service de l'habillement, on n'avait pu, comme ressource extraordinaire, obtenir sur l'emprunt que 5622 000 francs. On veilla à ce que les objets de première nécessité, ceux qu'on ne peut se procurer tout de suite, fussent en nombre. On se procura surtout un approvisionnement abondant de souliers. « A la guerre, c'est ce qui manque toujours'. » La correspondance de xNapoléon P^ est pleine de préoccupations à ce sujet. Chaque soldat de son armée avait trois paires de souliers : une aux pieds, deux dans son sac'. Le marché Godillot de 1859, venu à échéance, pour la fabrication des chaussures, fut renouvelé. Dans l'espérance d'obtenir ce renouvellement à de meilleures conditions, l'administration de la Guerre provoqua la confection de chaussures de tous les côtés : à Rennes, à Marseille, à Lyon, à Toulouse. Les commissions chargées d'en vérifier la bonne confection furent
i. Napoléon au prince Euaène, 16 septembre 1805. 2. Au maréchal Berthier, 11 juillet 1806.
composées d'éléments moins stables ; on y introduisit des officiers de l'armée de Paris, qui se renouvellent sans cesse. On s'ingénia à suppléer, pour les objets moins indispensables, l'insuffisance des crédits. Lorsqu'ils étaient absolument insuffisants, et qu'il s'agissait d'objets qu'on pouvait se procurer en nombre tout de suite, comme draps, etc., on se préparait par des marchés qui, la plupart à long terme, stipulaient un maximum et un minimum, pour que, sans même être obligé de recourir à des marcliés extraordinaires, on fût complètement pourvu.
L'offensive stratégique double dans des proportions incalculables les forces de celui qui s'y précipite. Se laisser acculer à la défensive, c'est perdre la liberté de ses résolutions, les faire dépendre de celles de l'ennemi. Tout l'esprit est. tendu à les deviner, au milieu d'indications contradictoires ou fallacieuses. « Faites la guerre offensive, a dit Napoléon^, comme Alexandre Annibal, César, Gustave-Adolphe, Turenne, le prince Eugène, Frédéric. »
La promptitude de la mobilisation est ce qui permet de prendre cette offensive stratégique. On comprend donc combien il importe de l'assurer. Chez nous elle était rendue difficile par