‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 69 sur 165 · Août · texte numérisé non relu

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ce malheur d'ordre privé, quoique réel, ne devait pas contre-balancer les considérations d'ordre public décisives qui militaient en faveur de ce mode de recrutement. En 1868, l'introduction de ce système rationnel, ne fût-ce qu'à cause des dépenses considérables qu'il eût nécessitées, était une impossibilité dont aucune volonté ne fût venue à bout. L'Empereur et Niel ne pensèrent pas un instant à l'introduire. Quel que fût leur désir de s'assurer une mobilisation rapide, ils prirent, comme point de départ indiscuté, le système territorial en vigueur, et c'est par son perfectionnement qu'ils espérèrent égaler la rapidité prussienne. L'Empereur stimulait à tout propos, sur ce point, l'activité de son ministre : « Le prince Napoléon, à son retour de Berlin, m'a parlé de l'organisation qui permettait que l'armée prussienne fût mise sur le pied de guerre en douze jours. D'après de nouvelles études, l'administration de la Guerre serait arrivée à gagner eacore trois jours. Avez-vous un rapport de Stoffel expliquant ce genre d'organisation? »

Le maréchal fit de son mieux pour satisfaire les justes désirs du souverain. 11 supprima le passage des appels de réservistes par le chef de division et par les chefs de subdivision ; les ordres d'appel furent établis à l'avance par les commandants des dépôts de recrutement, qui les envoyaient sans délai aux gendarmes, d'où ils arrivaient aux mains des réservistes. C'était bien. L'Empereur jugea cependant qu'il y avait mieux à faire : c'était d'établir l'embrigadement perma-

nent. « Le projet auquel j'attache une grande importance consiste à endivisionner tous les régiments (en 23 divisions) et à faire passer ces divisions à tour derôle dans les camps d'instruction. » Niel reconnut la nécessité « d'exercer les troupes dans des camps pourvus de champs de tir étendus que l'on ne trouve que très exceptionnellement à proximité des garnisons. Il proposa en conséquence de faire passer chaque année plus de la moitié de nos régiments par deux camps, l'un établi au Nord, à Chàlons, l'autre au Midi, à Lannemezan ; les troupes y seraient annuellement réparties en deux séries de deux mois et demi chacune : du J *^' mai au 15 juillet, et du 15 juillet au 1^'' octobre'. « Quant à l'organisation des troupes en divisions actives ayant en permanence leurs généraux et leurs états-majors, elle présente, disait le maréchal, des difficultés sérieuses sur lesquelles l'Empereur a bien voulu porter son attention. Nous demandons que l'Empereur veuille bien, pour le moment, s'arrêter au système d'instruction que nous venons d'exposer et qui nous paraît répondre d'une manière satisfaisante à son programme ^ » L'Empereur ne renonça pas à son idée. Il la reprit : « Je reviens encore sur la nécessité de laisser les troupes embrigadées autant que faire se peut. Les troupes ne sont bonnes que par la cohésion, et celle-ci ne peut s'obtenir que par l'habitude que prennent les généraux et les officiers de vivre

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