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<( Lorsqu'on étudie avec soin la tactique moderne, « que Ton compare les règlements d'escrime de (( l'infanterie chez les diverses puissances, et « qu'on remonte aux sources des perfectionne- « ments accomplis depuis plusieurs années, on « est frappé d'étonnement de l'espèce d'apathie «. où reste la France, en présence de la marche <( progressive des nations qui l'entourent. Ses c( règlements, qui sont aussi les nôtres, sont les (( plus incomplets qui existent. » — Cette insuffisance était tellement reconnue, qu'en 1861, le maréchal Randon crut devoir, avec une commission, examiner les changements à introduire dans les manœuvres d'infanterie. — La tactique doit changer avec les armes : plus les armes ont un tir rapide, plus il faut que les manœuvres soient promptes, afin que les troupes restent moins exposées au feu de l'ennemi avant de pouvoir faire usage de leurs armes. Ainsi, il faut qu'une troupe en colonne puisse, le plus vite possible, se déployer en ligne. Si, par des manœuvres simples, elle a pu seulement gagner quelques minutes dans ses mouvements, elle aura obtenu un grand résultat, car on sait aujourd'hui combien, en quelques minutes, une troupe peut avoir essuyé de pertes. D'où la nécessité de faire arriver les compagnies par le plus court chemin sur la ligne de bataille, sans se préoccuper des inversions. Il faut aussi, à cause de la vivacité du tir, employer un plus grand nombre de tirailleurs, et pour cela rendre toutes les compagnies aptes à ce service. — Il est donc
évident pour^moi qu'il y a quelque chose à faire, d'autant plus que c'est mon opinion seule qui a empêché, il y a quelques années, une réforme plus radicale! dans les manœuvres. — Je ne vois aucun inconvénient à consulter aussi les colonels, car c'estjune chose utile de mettre les officiers de l'armée à|même de s'occuper théoriquement des questions militaires. C'est ce qui fait la supériorité des officiers prussiens. — Quant à votre objection que les colonels ne feraient plus rien si on leur demandait leur avis sur un projet quelconque, je ne saurais l'admettre. J'ai de la peine à comprendre que l'obligation de passer quelques jours à écrire leurs observations sur une nouvelle modification des manœuvres, puisse exercer sur eux une fâcheuse influence. Je pense qu'ils seront flattés d'être consultés et, de son côté, le ministre pourra, d'après leurs réponses, juger de leur capacité. — Mais pour en revenir à la question, je soutiens qu'il est indispensable que le règlement des manœuvres soit simplifié. Je comprendrais les objections que vous m'avez faites l'autre jour, si j'avais la prétention de vouloir faire adopter tel quel le projet élaboré par Failly, d'Autemarre et Bourbaki; mais loin de moi une semblable idée. La question que je vous pose est celle-ci : Il existe dans l'armée un grand nombre d'officiers intelligents, à commencer par le maréchal de Mac-Ma!ion, qui sont convaincus qu'il y a de profondes modifications à introduire dans nos manœuvres d'infanterie. Leurs idées principales sont émises dans le tra-
vail imprimé que je vous ai remis. Je demande, dans l'intérêt de l'armée, que ces questions soient adoptées ou rejetées en connaissance de cause. Il n'y a là rien que de très simple, de très logique, à quoi un ministre de la Guerre tel que vous ne saurait s'opposer. » (22 novembre 1867.) Le maréchal fut persuadé ; les colonels furent consultés, une commission nommée. Le résultat de ces travaux divers fut résumé en 1867 dans un Rapport général sur les manœuvres d infanterie. Les diverses solutions proposées dans ce rapport furent expérimentées au camp de Cliâlons, particulièrement en 1868 dans la première période des manœuvres commandées par le général de Failly, et la seconde commandée par le général Lebœuf. Durant cette seconde période, à laquelle l'Empereur assista pendant dix jours, l'on avait formé deux bataillons à l'effectif de guerre, l'un selon l'Ordonnance de 1862, l'autre d'après le nouveau règlement proposé par la Commission. De ces expériences sortit le règlement du 16 mars 1869 sur les manœuvres de l'infanterie. En dehors des formations de bataillon, aucune compagnie spéciale de tirailleurs ne fut maintenue. Le rôle des tirailleurs s'étant agrandi et ne devant plus consister seulement à couvrir et éclairer les troupes, mais aussi à engager et à soutenir un combat sérieux, toutes les compagnies, selon le précepte de Napoléon P'\ durent être préparées à ce rôle. Le vieux port d'armes français dans la main gauche fut abandonné; on adopta le port d'armes dans le bras
droit et, pour le maniement des armes, on supprima quelques mouvements inutiles, pour rendre plus facile l'instruction des recrues. « Ce nouveau règlement, a dit l'État-major prussien, rompant complètement avec les formations antérieurement en usage, se rapprochait d'une manière frappante du règlement prussien. »
L'État-major prussien souvent assez mal informé de ce qui nous concerne, crut que le règlement procédant par voie d'écart absolu rompait avec le passé et inaugurait la méthode nouvelle. Or, il y avait longtemps que celle méthode avait pénétré dans notre armée par l'institution des chasseurs à pied. Les colonnes de compagnie et l'école de tirailleurs remontaient à 1845 et étaient déHnitivement entrées dans les manœuvres de l'armée entière depuis 1862. Le nouveau règlement terminait une évolution déjà accomplie en ses parties principales, et ne l'opérait pas ex abrupto.
Les hommes compétents reprochèrent à ce nouveau règlement d'être encore fait en vue de la place d'exercices : les mots de combat, ennemi, défense, n'y sont pas même prononcés, on fait mouvoir les bataillons, on ne leur enseigne pas à combattre. Il y avait là une lacune qui eût été funeste, mais que Niel se hâta de combler par une série d'instructions indiquant aux instructeurs et aux chefs de l'armée les mo-
difications que les perfectionnements de Farmement devaient amener sur la conduite de la bataille. Il publia de 1867 à 1869 une série d'instructions sur les combats, sur la pratique du tir, sur les tentes-abris, sur Finstructioa des tirailleurs, etc., qui n'avaient pas force de règlement, mais dont l'autorité morale fut considérable. Elles étaient le tableau anticipé de ce que devrait être la bataille. A ce titre elles sont très importantes à étudier. Toutes les conditions du combat moderne, l'ordre déployé, l'emploi des tirailleurs, la mobilité des formations, y sont décrites avec une clarté pleine de vigueur ^ : aux tirailleurs, la première phase de la lutte; l'action décisive aux colonnes maintenues dans les mains du chef; ainsi le développement énergique de l'initiative individuelle ne se produit pas au <létriment de Tunité. Les formations se prêtent aussi bien que celles des Prussiens aux exigences du combat moderne. Le général-major prussien Paris l'a reconnu depuis : « 11 y avait beaucoup de similitude dans les formations des parties opposées ^ »
Quoiqu'il y ait des formations préférables, on peut combattre et vaincre avec toutes les formations. La manière de s'en servir ou lii manière de combattre, voilà qui est d'importance majeure. Niel n'eut garde de le méconnaîlre. il appela l'attention sur la nécessité d'initier les régiments, soit pendant les marches militaires, soit dans des
1. Traité de tactique appliquée, traduit par Fix etTimmerbans, p. 22i. Marmont, Institutions militaire-^. Jomini, Précis chap. VII, art. 44.
exercices spéciaux, aux mouvements du champ de bataille, aux ploiements et déploiements, à la marche en avant ou en retraite, aux changements de front, aux formations en échelons, aux dispositifs d'attaque ou de défense. 11 recommanda surtout les mouvements tournants, les attaques soutenues par l'artillerie, les fausses attaques des troupes légères, la réunion des troupes sur les points qui les dérobent au feu de l'ennemi, et permettent de l'approcher, toutes les manœuvres enfin qui ont pour résultat de changer son ordre de bataille ou de Je tourner, de diriger le combat sur le flanc afin d'éviter les attaques meurtrières de front et à découvert.
Malheureusement il subsista entre la manière de combattre adoptée par les Prussiens et celle recommandée par Niel une différence fondamentale. Le maréchal persiste dans les vieux errements d'une cavalerie et d'une artillerie de réserve, placées sur les derrières des troupes pour achever une victoire à laquelle elles n'auront pas contribué et qui, précisément à cause de cette abstention, ne sera pas obtenue. Il ne paraît pas même soupçonner la transformation qui à l'heure même s'opérait en Prusse, où la cavalerie et l'artillerie de réserve devenaient des corps de l''^ ligne destinés à préparer la victoire au lieu de l'attendre. Cette transformation va
changer toutes les conditions du combat, nous surprendre, nous accabler et rendre vaines les plus sages prescriptions.
Une autre instruction ministérielle contribua non moins à nous mettre en infériorité sur le champ de bataille, c'est la préférence donnée à la tactique défensive sur la tactique offensive. Dans tous les temps nos tacticiens ont recommandé l'offensive. « J'établis, a dit Feuquières^ qu'i vaut mieux charger qu'être chargé. ATexpérience je pourrais ajouter cette raison physique, savoir que le mouvement, quand le sang est échauffé, dissipe les appréhensions et la crainte. » — « Même dans l'ancien temps, dit Duhesme", c'était en attaquant, et non par la résistance que les Français gagnaient des batailles. » — « L'infanterie française doit être très agissante, a dit Gouvion Saint-Gvr, l'offensive est dans son caractère^ » Et le général Morand : « Les Français^ feront des choses incroyables s'ils attaquent, tandis qu'ils peuvent être ébranlés s'ils reçoivent passivement la charge. » Tout en reconnaissant comme Marmont que nous sommes propres à tous les genres de guerre, et en ajoutant que c'est dans la guerre défensive que l'on reconnaît le véritable soldat, Bugeaud conseille de ne pas méconnaître Taptitude particulière du soldat français pour l'otrensive : « C'est un fait que l'offen-