‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 3)Chapitre 77 sur 165 · oii Empire libéral, t. VIII, p · texte numérisé non relu

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virent ensuite de programmes d'études pour les officiers d'état-major. En juillet 1867 le général Lebrun parcourut la frontière nord-est, le général Frossard étudia spécialement le terrain entre Forbach et Haguenau. Non seulement nos frontières furent une fois de plus reconnues, mais les ressources de notre ennemi éventuel furent étudiées dans les moindres détails ainsi que sa tactique. Ses montagnes, ses vallées, ses bois, ses fleuves, ses routes, ses chemins de fer, les moindres accidents de son territoire furent relevés, et, ce qui était de majeure importance encore, son plan de concentration fut pénétré et indiqué. Ainsi s'accumulèrent, au dépôt de la Guerre, des renseignements précieux qui n'étaient pas des plans de campagne, mais pourraient en fournir immédiatement tous les éléments.

Ni l'Empereur ni Niel ne songèrent à instituer un chef permanent de l'état-major. Les deux services séparés en Prusse restèrent confondus dans la main du ministre de la Guerre, et l'Empereur lui-même exerça dans une certaine mesure le rôle, réservé au chef permanent de Fétat-major général prussien, de déterminer le plan des opérations.

Il avait demandé à deux de ses aides de camp, les généraux Lebrun et Lebœuf, un travail sur la composition des armées (1^'' mai 1867). Les deux rapports furent refondus par lui, et il les fit imprimer sous le titre : Composition des armées. Il en envoya à Niel 75 exemplaires

numérolés (9 février 1868), qui devaient être donnés aux chefs de service et réservés pour être distribués en cas de guerre à ceux auxquels ils pourraient être utiles. Sur les 25 exemplaires que conserva l'Empereur, il en donna un aux généraux Lebrun, Lebœuf et Frossard.

Notre force militaire devait être divisée en trois armées : La première composée de 129665 hommes, 25530 chevaux, 312 pièces; la seconde de 120 891 hommes, 32 488 chevaux, 294 pièces; la troisième de 87113 hommes, 23 889 chevaux, 216 pièces; la Garde, de 39 580 hommes, 9405 chevaux, 72 pièces. Ensuite la 1'^ armée de réserve (Belfort) 26 047 hommes, 3 332 chevaux, 24 pièces; la 2"" armée de réserve (Paris) 39 361 hommes, 4358 chevaux, 36 pièces; total 489978 hommes, 918 canons; sans compter le corps d'Algérie comprenant 54 321 hommes, 36 canons.

Tous ces chiffres étaient appuyés par des tableaux très bien étudiés, mais la partie la plus importante du travail, et qui fait le plus honneur à la prévoyance de l'Empereur, était l'indication des incomplets à suppléer si Ton voulait être toujours prêt à une mobilisation rapide ^ Ces in-

1. Le premier de ces incomplets était celui de l'artillerie. Nous n'avions que deux pièces et demie par mille combattants; les Prussiens en avaient trois pour le même nombre; il fallait donc augmenter, soit le nombre des régiments d'artillerie, soit celui des batteries dans chaque régiment. Sur les effectifs de paix de l'artillerie, du train des équipages, il existait un déficit de 4 405 hommes et de 20 000 chevaux. Les compagnies du train d'artillerie et du train

complets disparus, on se trouvait disposer sur le pied de guerre d'une armée de 696 754 hommes, non compris, dans ce chiffre, tous les hommes qui, en vertu de la loi nouvelle, faisaient partie, à la même date, de la garde nationale mobile. Le maréchal, en accusant réception à l'Empereur de son envoi, dit : « Il nous sera très utile et nous servira de règle pour mieux constituer nos forces nationales. Il est bien rare qu'un souverain ait approfondi, comme Ta fait Votre Majesté, tous les éléments dont se composent les armées. Je l'en félicite. »

Restait à indiquer où on déploierait les trois armées. L'Empereur ne le fit pas: cela dépendrait des circonstances, de l'ennemi auquel on aurait affaire, des alliances qui seraient contractées. En Prusse, on savait qu'on voulait la guerre avec la France, qu'elle était imminente, et dès lors Moltke avait pu faire un plan d'opération très défini. L'Empereur, ses ministres, ses jour-

des équipages, représentaient à peu près le tiers de ce qui était nécessaire en temps de guerre. Au corps d'état-major il faudrait ajouter au moins 90 officiers, à l'intendance 56, à l'administration 80, aux infirmiers militaires 1 900; 687 voitures manquaient pour les transports des bagages régimentaires et des bagages des états-majors. Il y avait dans nos arsenaux 3 400 000 cartouches pour le fusil nouveau ; il fallait porter cet approvisionnement à deux cents millions. Notre artillerie était pourvue à 400 coups par pièce; il en fallait, dans les magasins et les arsenaux, s'assurer pour chacune d'elles 1 600 coups. Ces desiderata étaient incontestables. Comment y pourvoir? Cela devenait alors de la pratique, et l'esprit de l'Empereur qui y était impropre s'arrêtait là. II laissa à ses ministres le soin de trouver le moyen.

naux déclaraient en toute occasion qu'ils s'opposeraient même par la guerre à l'union politique du Sud et du Nord. Mais ils ne voulaient pas entrevoir le moment où ce casu^ helli se réaliserait. Ils ne voulurent pas davantage imaginer ce que feraient dans ce cas l'Autriche et la Russie. Comment, pour une hypothèse aussi incertaine, arrêter un plan précis? On resta dans l'indécision et le vague. On prendrait un parti au dernier moment, et les armées constituées, il serait facile de les diriger du côté indiqué pour la défense ou pour l'attaque. Le chef du dépôt de la Guerre, Jarras, ayant demandé à Niel sur quelles régions de l'Allemagne devaient porter les études de l'État-major, Niel répondit qu'il n'y avait aucune raison pour que l'on s'occupât d'une région plutôt que d'une autre, l'Empereur n'ayant arrêté aucun plan d'opérations. Et c'est de sa propre initiative que Jarras fit commencer des études sur la Prusse et la Bavière rhénane.

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Je n'ai reculé devant l'aridité d'aucun détail technique, afin d'exposer, dans sa vérité, l'œuvre de réorganisation opérée depuis 1866, d'abord parce que, pour savoir une chose, il faut en connaître les détails, ensuite, afin de répondre, autrement que par des phrases, aux injustices de ceux qui opposent notre prétendue inertie à

l'infatigable activité des Prussiens. De cette étude résultent deux évidences: la première, que l'Empereur a eu autant de part que le maréchal Niel et les administrateurs de la Guerre à cette réorganisation, et que, mieux qu'eux, il avait conçu les solutions radicales qui eussent porté au plus haut degré la puissance militaire de la France, celles adoptées depuis par ceux mêmes qui lui reprochaient alors de les proposer. Aucun Français de ce temps-là n'a vu avec plus d'élévation, de netteté et de justesse ce qu'il convenait de faire. Mais seul contre ses ministres, ses bureaux, sa majorité, ses journaux, l'opinion publique, il n'a pas réussi à faire prévaloir, par la persuasion, des projets qu'il n'avait pas la force d'imposer.

La seconde évidence, c'est qu'il n'y a pas eu, dans notre histoire militaire, une œuvre d'organisation comparable, par son importance et par ses résultats, à celle accomplie de 1866 à 1869. On s'est acharné à en relever les lacunes et à en signaler les imperfections . Certains novateurs auraient voulu que dès ce moment on prussianisât l'armée française, comme on ne l'a que trop fait depuis. Sans aller à cet extrême, d'autres croyaient qu'on aurait pu ajouter encore aux changements accomplis. En réalité, on ne saurait assez admirer ce qui a été réalisé, ni rendre un hommage trop chaleureux à ce qu'il a fallu d'intelHgence, de volonté, de travail infatigable, d'amour de la grandeur nationale, pour opérer, en moins de trois ans, tant et de si sérieuses réformes avec

des ressources pécuniaires insuffisantes et disputées, au milieu des résistances du Corps législatif, des mauvais vouloirs de l'opinion et des attaques d'une opposition sans scrupules et sans prévoyance. La mémoire du maréchal Niel et de ses collaborateurs, l'intendant général Blondeau, les généraux Suzanne, Dejean, Castelnau, mérite d'être toujours rappelée avec reconnaissance par les véritables patriotes.

On a invoqué, pour ne pas rendre à ces bons serviteurs de la France toute la justice qui leur est due, les rapports de Stoffel. Être un Stoffel signifie, dans le langage courant de messieurs les politiciens, celui qui a vu seul ce que personne n'a vu. On a accordé à ces rapports beaucoup plus de valeur et de portée qu'ils ne méritent. Ils contiennent certainement un grand nombre d'observations justes; les ressorts delà puissance militaire prussienne y sont démêlés avec sagacité, et la valeur d'un des principaux, l'étatmajor, y est exposée avec une saisissante perspicacité; la fatalité inévitable de la guerre y est fortement annoncée et V entraînement di\QQ, lequel les Prussiens s'y préparent est opposé avec clarté à l'aveuglement qui nous empêchait de tout subordonner à cet intérêt capitaP.

Il est, au contraire, incompréhensible qu'un officier d'artillerie de cette distinction n'ait pas saisi et signalé l'importance menaçante du changement opéré dans la tactique de l'artillerie. Et

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