CHAPITRE XVI
Quoiqu'on sente en Lamartine^ la sérénité d'un optimisme souriant et la disposition à s'abandonner aux émotions heureuses de la vie, sa pensée révèle un fond constant de tristesse ; non la petite tristesse du sentimentalisme efféminé, mais la tristesse haute, héroïque, philosophique, qui, dans une âme forte et cependant de fibre sensible, naît du retentissement intérieur de nos fragilités, de nos bonheurs si vite épuisés, de nos insatiabilités inassouvies, de nos invmcibles ignorances, de la brièveté de nos jours presque aussitôt finis que commencés. Il la définit lui-même : « Je ne suis pas un homme de l'école larmoyante. Ce parti pris de gémissement sempiternel sur les choses humaines n'est bon à rien. Ces poésies toujours trempées de larmes me font l'effet des pleureuses gagées des obsèques des anciens et des Orientaux qui ne savent qu'un métier, et qui meurent de faim si