V. Hugo
Elle perd de son excellence et descend à un niveau inférieur lorsqu'elle veut être descriptive, et même lorsqu'elle s'associe au drame musical et qu'elle essaye de préciser l'indéfini de son harmonie par la précision du vers. Elle ne reste elle-même que lorsqu'elle n'emprunte ses moyens qu'à elle-même. C'est alors qu'elle parvient jusqu'aux profondeurs les plus secrètes de notre sensibilité. Quelle voix humaine a jamais produit une aussi forte intensité d'émotion que l'adagio de la sonate en ut dièse mineur de Beethoven exécutée avec le pathétique bouleversant du gigantesque Liszt, ou la suavité passionnée de l'enchanteur Francis Planté? La Sonate, le Quatuor, le Concerto, la Symphonie orchestrale sont la forme la plus pure et en même temps la plus complète de la lang^ue musicale, ou plutôt, elles la constituent véritablement. Cependant la musique n'atteignit pas d'abord cette individualité sublime. Pendant longtemps elle se tint comme cramponnée aux paroles, se contentant de les rendre plus inelFablement expressives et de les prolonger en quelque sorte. Peu à peu elle se décida à s'émanciper, à ne plus emprunter qu'à ses combinaisons harmoniques les mélodies que les paroles, même accompagnées par elle, ne sauraient exprimer; Bach, Haydn, Mozart opèrent cette émancipation qui se termine par l'épanouissement grandiose de Beethoven. Et c'est comme étant la musique que Beethoven restera sur le sommet de gloire où siègent les représentants suprêmes de tous les arts, Eschyle^
Michel-Ange, Shakespeare, Corneille, Mohère, Hugo, et Lamartine.
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Le hasard de la mort nous fait rapprocher Rossini et Berlioz qui, pendant toute leur vie, s'étaient en quelque sorte ignorés, avaient passé l'un à côté de Tautre sans célébrer cette agape amicale dans le génie qui parfois a uni comme des frères de grands hommes contemporains. Rossini n'a jamais haï Berlioz, pas plus que qui que ce soit. Berlioz, au contraire, à certains moments, a violemment haï Rossini jusqu'à regretter de ne pouvoir faire sauter les théâtres où Ton exécutait ses œuvres. Il disait à Taine : « Je le déteste, je le méprise, et j'en suis bien content. Son talent n'est que de l'art, c'est un viveur'. >> Heureusement pour le bon renom de son jugement, BerHoz ne s'en est pas tenu à ces l)Outades d'un emportement irréfléchi. 11 a dit du Barbier « cet étincelant chef-d'œuvre »-. Et à propos de GiiUlaume Tell : « J'ai été un instant obligé de sortir tellement la poitrine me vibrait; au chœur : « Si parmi nous il est des « traîtres )> j'ai failli me trouver mal \ » Et quand il énumère les révélateurs de sa religion musicale, il place Rossini entre Beethoven et Weber*.