‹ L'empire libéral; études, récits, souvenirs (volume 4)Chapitre 110 sur 173 · Voyez Éclaircissements, aux mots: cœur léger · texte numérisé non relu

Voyez Éclaircissements, aux mots: cœur léger

n'avaient pas été suffisamment éclaircis, je n'avais pas donné assez les raisons de mon refus de communiquer. Ici encore une définition est nécessaire à Fusage des ignorants. Dans le langage parlementaire communiquer signifie faire imprimer et distribuer. Toute la négociation s'étant passée en entretiens avec le Roi, il nous était interdit de l'imprimer et de distribuer les rapports d'Ems. Benedetti, craignant que nous ne l'oubliions, nous l'avait rappelé : a Vous jugerez sans doute que ce rapport, rendant compte d'un entretien avec un souverain, ne peut être lu en entier devant la Chambre, et qu'il est préférable d'en communiquer le sens ou des <3xtraits. » Nous ne pouvions pas davantage imprimer et distribuer les télégrammes confidentiels deComminges-Guitaud, deCadore et de Lesourd. Notre refus de communiquer n'était donc pas inspiré par une volonté dictatoriale ou par la crainte des investigations : il naissait de la force des choses; c'était une exigence diplomatique. Le second fait à mettre davantage en relief était que nous ne rompions pas à cause des termes injurieux du télégramme envoyé par Bismarck à ses légations et à ses journaux, mais uniquement à cause de la divulgation publique du fait. Enfin je n'avais pas suffîsament accentué que je ne guettais pas comme Thiers une occasion ds revanche.

Une suspension de séance ayant interrompu la discussion à la suite du dépôt de quelques projets de loi, je voulus, à la tribune, apaiser

DECLARATION DU 13 JUILLET. 4io

ces trois préoccupations de mon esprit. L'assemblée en témoigna quelque déplaisir : elle ne demandait pas de démonstrations, elle voulait voter. Je passai outre : « Le Gouvernement, dans cette affaire, a surtout le désir d'exposer absolument la vérité ; il n'a rien à dissimuler. Et lorsque, à des demandes de communication de dépêches, il répond qu'il n'a rien à communiquer, c'est qu'il n'y a pas eu, dans le sens vrai du mot, de dépêches échangées : il n'y a eu que des couver salions verbales, recueillies dans des rapports qui, d'après les usages diplomatiques, ne sont pas communiqués. {M.Emmanuel Aî^ago : C'est sur ces rapports que vous faites la guerre!) Est-il nécessaire que j'explique de nouveau le fait qui a amené la rupture? Il l'a été suffisamment dans l'exposé que j'ai eu l'honneur de vous lire; je tiens à le bien préciser, de façon que vous soyez en mesure d'avoir une opinion aussi éclairée que la nôtre. 11 peut arriver qu'un Roi refuse de recevoir un ambassadeur ; ce qui est blessant, c'est le refus intentionnel, divulgué dans des suppléments de journaux, dans des télégrammes adressés à toutes les cours de l'Europe. [Mouvements en sens divers.) Et ce fait nous a paru d'autant plus significatif que l'aide de camp qui a <tnnoncé à M. Benedetti le refus d'audience n'a manqué à aucune des formes de la courtoisie... {Interruptions à gauche) de telle sorte que notre ambassadeur n'a pas d'abord soupçonné la signification qu'on attacherait à un refus, qui, notifié de certaine manière, eût pu être désagréable,

sans devenir offensant. Loffense résvlte crime publication intentionnelle . Voulez-vous connaître ces télégrammes? tl n'y a aucun inconvénient à vous les lire ; le premier est de 4 heures 25 du soir^ le 13 ; l'autre est de 4 heures 3/4. »

Ma lecture terminée, Thiers s'écria : « Que tout le monde juge! » — Emmanuel Arago : Ceci connu, le monde civilisé vous donnera tort. [Bruit.) Ceci connu, si vous faites la guerre, c'est que vous la voulez à tout prix. [Exclamations sur un grajid nombre de bancs. — Assentiments à gauche. — Jules Favre : Cela est vrai, malheureusement). Le Garde des Sceaux: On a voulu nous infliger une humiliation... [Un membre à gauche : Non ! — N'interrompez pas ! attendez donc)., une humiliation, un échec, pour se procurer une compensation du désistement du prince Léopold de Hohenzollern... [Bruit à gauche. — Assentiment au centre. Jules Grévy : La preuve de ce que vous dites, où est-elle?) Maintenant, s'il vous convient de déclarer que nous devons accepter cette situation, s'il vous convient de déclarer qu'après avoir suscité en Europe l'émotion dont vous êtes les témoins... [Rumeurs à gauche. M. Emmanuel Arago : C'est vous qui Vavez créée cette émotion l — Nombreuses réclamations sur plusieurs bancs. — N'interrompez pas ! Laissez parler!) Le président Schneider : Quand des déclarations importantes sont faites, quand chaque mot peut avoir une si grande portée, il est nécessaire et digne que l'orateur ne soit pas interrompu. [Très bien! très bien!) — Le

Garde des Sceaux : S'il vous convient de déclarer que nous devons reculer, il ne nous convient pas à nous d'avoir cette résignation peu patriotique. Quand donc, dans notre histoire, s'est-on permis de conspirer contre nous, comme on l'a fait en préparant dans l'ombré l'élévation d'un prince prussien sur le trône d'Espagne? [Rumeurs à gauche. — Écoutez donc! — Une voix à gauche : On i^etire sa candidature.) Ce seul fait eût suffi pour motiver les résolutions les plus énergiques. Nous nous sommes bornés à négocier. Nos prétentions ont-elles été excessives ? Nous n'avons demandé qu'une assurance pour l'avenir. On nous l'a itérativement refusée. Avons-nous menacé, injurié? Nous avons continué à négocier. Comment a-t-on répondu à notre modération? Par la rupture hautaine de pourparlers qui, de notre part, se poursuivaient avec la plus grande loyauté. Et vous trouvez que ces faits rapprochés, que ces faits successifs, que ces faits réunis sont sans importance? Vous ignorez donc la vivacité du point d'honneur chez deux nations placées depuis des années dans la sitution faite à la Prusse et à la France par des excitations perpétuelles? Et d'où sont venues ces excitations? N'est-ce pas de vous, messieurs de l'opposition, n'est-ce pas de vous qui, depuis 1866, n'avez cessé de représenter l'œuvre de Sado^^a comme une déchéance intolérable qu'il fallait effacer?.. [C est vrai ! c est vrai!) N'estce pas vous qui toutes les années, une fois au moins par session, vous êteslevés pour répéter cette humi-

liante démonstration, que la France était descendue de son rang, qu'elle devait préparer la lutte qui le lui rendrait? [C'est vrai! c'est vrai!) Je ne me suis jamais associé à ce langage ; je l'ai combattu, j'en ai démontré le péril; je vous ai dit : Tant que vous exciterez ainsi deux puissants États l'un contre l'autre, renoncez entre eux à toute paix durable et digne. Comme député, il n'est pas d'efforts que je n'aie faits pour calmer les inquiétudes, dissiper les malentendus et amener un rapprochement et un apaisement. Depuis mon avènement au pouvoir, j'ai mis une vigilance infatigable à ne pas éveiller, à ne pas accroître les susceptibilités réciproques de manière à ce que la paix, se faisant dans les esprits, pût être maintenue dans les faits. Qui pourra dire que nous avons manqué à ce devoir? Qui pourra nous signaler l'occasion dans laquelle nous n'avons pas été vis-à-vis de la Prusse soucieux d'éviter même ce qui pouvait avoir les apparences d'une provocation? [Interruptions à gauche.) Comment! vous m'interrompez! Est-ce que vous avez oublié qu'il y a eu récemment, dans cette assemblée, une discussion de laquelle, si nous cherchions des prétextes et des occasions, nous aurions pu profiter pour allumer dans les âmes des irritations nationales ? L'avons-nous fait? Répondez. [Très bien! très bien!) Quand il s'est agi de l'affaire du Saint-Gothard, sommesnous venus vous exciter? Sommes-nous venus vous dénoncer les manœuvres de laPrusse? Estimant l'action de nos voisins légitime, quoiqu'elle

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parût gênante à d'autres, ne l'avons-nous pas respectée, défendue? [C'est vrai! cest vrai!) Le Gouvernement a-t-il prononcé une parole de nature à blesser en Prusse l'âme la plus susceptible ou le patriotisme le plus exigeant ? Que de fois n'a-t-on pas appelé mon attention sur le malheureux sort des Danois du Sleswig? Que de fois ne m'a-t-on pas pressé de réclamer en leur faveur l'exécution du traité de Prague I Je lai toujours refusé, malgré l'intérêt que m'inspirent cesnobles populations. Ne touchons pas, disais-je, à ces sujets brûlants. [1 en résulterait des animosités, de la mauvaise humeur, puis un choc; or, nous ne voulons pas de lutte, nous ne voulons pas de choc. Dans cette assemblée, je fais appel à vous que j'ai détournés de ces débats! Dites, n'ai-je pas toujours essayé de conjurer tout ce qui pouvait alimenter les excitations des esprits? (C'est vrai! c'est vrai!) Il n'est pas une occasion, une circonstance, un jour dans lequel, ■depuis que nous sommes aux affaires, nous ayons été non pas timides, non pas pusillanimes, non pas incertains, mais circonspects, prévoyants, attentifs à ce que nos relations avec la Prusse fussent correctes. La guerre est un tel fléau que nous n'avons rien négligé pour l'épargner à notre pays et à l'Europe. Vous parlez de l'avenir. Eh bien, moi aussi, je fais appel à l'avenir et je lui dis: Avant de nous juger, n'oubliez pas les susceptibilités, les émotions au milieu desquelles nous vivons. C'est au milieu de ces susceptibilités, de ces émotions, que de

gaîté de cœur, sans provocation de notre part, dans un sentiment que je ne puis pas qualifier, la Prusse affiche une prétention pour laquelle la France de Louis XIV a lutté pendant plusieurs années... {Nouvelles interruptions.) Écoutez, messieurs, je vous en prie... une prétention pour laquelle, pendant le règne de Louis-Philippe, les ministères sont tombés, pour laquelle on a négocié pendant des années! Il y a deux axiomes dans la pohtique du monde à Tégard de l'Espagne, deux axiomes qui ont la solidité et Tévidence qui naît de la force des choses et qui peuvent se confondre dans une même formule : c'est qu'il ne doit y avoir, en Espagne, pour roi, ni un prince régnant en France, ni un prince de l'une des maisons régnantes rivales de la France. C'est là, messieurs, un principe de politique élémentaire... [Mouvement proloncjé.) Eh bien, je le demande, qui, de nous ou du roi de Prusse, a méconnu ce principe élémentaire? Qui a tenté de le violer? Il y a quelques semaines, l'Europe était paisible et heureuse ; partout la tranquillité et la confiance; l'esprit le plus chagrin n'aurait pu découvrir nulle part une cause raisonnable de confiit; aucun de nous qui ne fût assuré pour l'Europe d'une longue paix! Qui donc tout à coup a fait surgir, au milieu de cette situation paisible, une difficulté grosse de tempêtes? Estce nous? oubien ceux que vous défendez? (i?^c/«mations à gauche. )¥,?>i-tQ wow^ qui avons préparé des éléments de trouble? Est-ce nous qui avons inquiété une susceptibilité quelconque? Est-ce

nous qui avons méconnu un des droits de cette grande et noble Allemagne dont nous ne sommes pas les ennemis? Est-ce nous qui avons réveillé des souvenirs que nous voudrions ensevelir à jamais dans le passé? Est-ce nous qui avons eu la coupable fantaisie d approcher la flamme d'un foyer de poudre et puis de nous étonner qu'une explosion ait lieu? Est-ce nous qui avons quelque chose à nous reprocher? Est-ce la décision de notre premier acte qu'on veut incriminer ? Mais savez-vous à quel danger nous eussions été exposés si nous ne l'avions pas accompli résolument? Avant que nous ayons pu saisir les fils ténébreux de ces arrangements cachés, nous nous serions trouvés en face d'un vote des Cortès d'Espagne et du roi prussien inauguré: aux difficultés diplomatiques que nous avions déjà, c'eût été ajouter l'explosion du sentiment national blessé chez un peuple fier! [C'est cela! — Très bien! très bie?i!) Est-ce l'excès de nos demandes qu'on attaque? Peut-on en concevoir de plus modérées? Si l'on avait tenu autant que nous à conserver de bonnes relations, était-il donc bien difficile, après les jours d'attente inquiète, de nous donner l'assurance que nous n'avions pas à craindre un changement de volonté ? Est-ce enfin la rupture, après Taffrontreçu dans la personne de l'ambassadeur, que vous trouvez blâmable? Ici je ne raisonne plus, je sens et j'affirme. iVucun ministère, aucun Gouvernement n'aurait pu maintenir la paix en acceptantla situation qu'on voulait nous imposer.

[Très bien!) Déclarer rincident clos n'eût conduit à rien ; les affaires seraient restées languissantes, le malaise des esprits se serait accru, et chaque jour notre état matériel et moral se serait empiré. » (Interruptions à gauche.)

L'assemblée écoutait mes nouveaux développements avec une froideur visible et un mécontentement à peine dissimulé. Sur les événements de 1866, elle était plus rapprochée des opinions de ïhiers que des miennes : elle eût désiré qu'entrant dans la thèse de la Droite, j'eusse mis l'affaire Hohenzollern au second plan et invoqué la nécessité de redresser l'erreur de 1866, d'empêcher la création de l'unité germanique. Mon obstination à m'en tenir à un grief déterminé et à écarter toute récrimination rétrospective et générale et surtout toute attaque contre l'unité allemande la mécontenta. Je vis le moment où ce mécontentement sourd allait éclater. « Nous avons soumis à la Chambre tous les éléments de la question; ne pouvant plus rien ajouter, il ne nous reste plus qu'à attendre sa décision. Si nous nous étions trompés, si nous avions été trop susceptibles (Non! non! — M. Glais-Bizoin : Voici le mot, très bien Inon ! non f

— Au centre et à droite : la Chambre a prononcé!'

— 31. Granier de Cassagnac: Vous avez la majorité dans le pays et dans la Chambre!) — Si nous avions été des gardiens trop susceptibles... » [Non! non! Si! Si!)

Décidément la majorité commençait à se fâcher. La conclusion de ma phrase devait être :

■Si nous avions été des gardiens trop susceptibles, vous voterez contre nous et la guerre n'aura pas lieu. Je dus y renoncer et je tournai court : « Si nous avions été des gardiens trop susceptibles du dépôt de l'honneur national qui nous est confié, vous n'auriez pas accueilli nos paroles par votre approbation et vos applaudissements! » [Très bien! très bienl — Nouveaux applaudissements .) On voit que les interruptions de la Gauche contre moi ont été aussi fréquentes et plus intolérantes que celles que l'on a fait à Thiers le mérite d'avoir bravé.

Après quelques incidents sans valeur, Thiers •reprit la parole : (( M. le Garde des Sceaux vient d'essayer de justifier ses actes; et moi qui n'ai aucun sentiment de malveillance contre MM. les ministres, je suis désolé d'être obligé de dire que nous avons la guerre pour une faute du cabinet. [Vives dénégations. — Approbation sur quelques bancs à gauche.) M. le Garde des Sceaux a fait dévier la discussion; à une question i) en a substitué une autre. Il nous a dit tout à l'heure que nous ne pouvions pas soutfrir ce que la Prusse avait entrepris en Espagne. Il a cent fois raison. Si la question était là, je ne laisserais à personne le soin de venir défendre ici la politique séculaire de la France. Saiis prétendre gêner la liberté des Espagnols, nous ne

pouvons pas souffrir qu^aii delà des Pyrénées on nous prépare une hostilité ouverte ou cachée ; non, nous ne le pouvons pas. La Prusse a fait une faute grave en voulant avoir elle-même un candidat au trône d'Espagne. Avant ce dernier événement, elle voulait la paix et c'était habileté de sa part, parce qu'elle sent très bien que le danger sérieux pour elle commencera le jour où elle fera de nouvelles entreprises. Ce jourlà elle soulèverait contre elle de nombreuses et sérieuses hostilités, et nous, qui avons déploré Sadowa, nous qui avons toujours désiré qu'il fût réparé, nous avons toujours dit et répété qu'il y aurait un jour difficile, souverainement difficile pour la Prusse, et que ce serait celui où elle voudrait mettre la main sur les États de l'Allemagne restés indépendants. C'est ce jour-là, avons-nous dit, sans cesse, c'est ce jour qu'il faut savoir attendre. Ce jour-là elle aura contre elle une grande partie de l'Allemagne, l'Autriche notamment, et presque toute l'Europe. Du reste, en déplorantSadowa je n'ai jamais parlé de l'Allemagne qu'avec le respect qu'elle mérite, et je me suis toujours borné à dire : Sachez attendre, et n'ajoutez pas à une grande faute le tort si dangereux de la vouloir réparer trop tôt. Il ne faut pas s'imaginer, quand on a changé la face du monde, qu'on peut, en un jour, par un coup heureux, refaire ce qu'on a détruit. Il faut de la patience, de la tenue, de l'habileté, du bonheur surtout pour réparer le mal qu'un instant a suffi à produire. [Rumeurs.) Oui, il fallait répaver Sado-

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wa ; mais il fallaitaltendre que des fautes politiques comme celle que je viens d'indiquer vous fournissent une occasion légitime; alors vous auriez été approuvés par toute l'Europe. Car, il y a une chose que je remarque dans notre siècle : c'est qu'on ne peut plus faire la guerre capricieusement; il faut que les nations, assistant à la guerre comme témoins à un duel, vous approuvent, vous appuient de leur estime et de leurs vœux. Il faut en un mot avoir l'opinion du monde avec soi, et il fallait attendre que la Prusse, se livrant à de nouvelles usurpations, nous donnât pour alliés les nations menacées et le monde indigné. Je dis donc que, dans cette occasion, la Prusse a commis une faute très grave en voulant avoir un candidat au trône d'Espagne; oui, mais cette faute elle l'a payée par un échec, elle la payera par la guerre ; malheureusement elle ne sera pas seule à la payer, le monde la payera avec elle, et nous en même temps. Mais, si nous en étions à obtenir l'abandon de la candidature Hohenzollern, je serais avec vous de toutes mes forces ; ma voix fatiguée se joindrait à la vôtre, pour que justice fût faite à la France, pour que ses intérêts fussent sauvegardés; mais ce qui me désole, c'est que j'ai la certitude que le fond était obtenu. ilSon ! non!) 11 était obtenu, personne ne peut le contester. [No?i ! non! 7ion! — Très bien! sur quelques bancs de la gauche.) Attendez un instant et vous allez voir si, en effet, le fond n'était pas obtenu. Vous aviez non seulement obtenu le fond, mais

VOUS aviez encore obtenu un effet moral considérable, et votre faute c'est de ne pas vous en être contentés. Oui, vous aviez le fond, car la candidature du prince était supprimée. Mais, diton, cette candidature n'était pas supprimée à tout jamais. Messieurs, je m'adresse à tous les gens de bonne foi, je demande s'il est croyable que, lorsque la Prusse venait cïêtre obligée, à la face du monde, de retirer une candidature qui, évidemment^ avait été présentée par elle. . . [Interrup^ lions diverses à droite et au centre.) Toute l'Europe s'était jointe à vous pour demander qu'on fît justice à la France. Eh bien, vous verrez ce que la presse anglaise, qui est d'une impartialité remarquable, vous verrez ce qu'elle dira, vous verrez si elle ne répétera pas avec nous, que le fond du litige était accordé. . .{Dénégations au centre et à droit e). 5 em^dres^e àl'évidence, et je demande s'il peut entrer dans la pensée d'un homme de bon sens que la Prusse, après la campagne qu'elle venait de faire et qui lui avait valu le retrait de la candidature, retrait qui était certainement peu brillant pour elle, que la Prusse, dis-je, voulût reproduire cette candidature. {Très bien! à gauche. — Exclamations au rentre et à droite.) La Prusse, après s'être exposée à un échec comme celui-là, la Prusse serait folle de renouveler la candidature du prince de Hohenzollern. S. Exe. M. LE DUC DE Gramont, ministre des Affaires étrangères : Pourquoi n'a-t-elle pas répondu à cet égard? Pourquoi a-t-elle refusé de le promettre? {Très bien! très bien! — Voilà la ques-

tionl — M. Emmanuel Arago : Parce que vous avez commencé iiar la menacer à la tribune. Bruits et exclamations). Thiers : Puisque vous m'y obligez, monsieur le Ministre, je vais vous le dire. Elle Ta refusé parce que vous avezmal commencé et mal fini... [Vives exclamations sur un grand nombre de bancs. — Approbation à gauche. — Un membre à droite : C'est un langage humiliant. — Voix diverses : Assez ! assez ! aux bureaux !) — M . le PRÉSIDENT Schneider : M. Thiers, à la tribune, aie droit d'exprimer son opinion tellequ'illa ressent. — M . DuGuÉ DE LA Fauconnerie : Mais la Chambre a bien le droit aussi d'exprimer son sentiment! — M. LE PRÉSIDENT ScHNEiDER : 11 cst évident que tout le monde ici ne peut pas être de son avis. — M. LE MARQUIS DE PiRÉ i La Chambre cst indignée, quand il s'agit de l'honneur de la France, qu'on vienne à la tribune faire tourner devant nous le moulin de Sans-Souci! (Bruit. — N'interrompez pas!) — M. LE PRÉSIDENT ScHNEiDER i Mousieur de Pire, vous n'avez pas la parole. — Thiers: Je sais bien pourquoi on ne veut pas me laisser achever... — ( Voix diverses : C'est da7is votre intérêt. Rappelez-vous ISiOl) — Ah! oui, je le sais bien, c'est parce que je touche au point sérieux de la question. J'ai entendu, non seulementleshommes qui siègent sur ces bancs [l'orateur désigne la gauche), mais les hommes qui siégeaient sur tous les bancs de cette Chambre, je les ai entendus, moi qui n'ai pas droit à leurs confidences, exprimer le regret que lorsque la candidature du prince de Hohenzollern était

retirée... [Interruptions diverses. — M. Vendre : Nous ne sommes plus au temps de la pjaix à tout prix. Je n'ai jamais été... — Nouvelles interruptions.)— M. Granier de Cassagnac, M. le comte de Leusse et autres membres à droite : Assez l assez! — Dans les bureaux! dans les bureaux! — Vous ne voulez pas me laisser répondre à M. le Ministre, libre à vous !... Mais je resterai ici pour que la France sache comment on a déclaré la guerre... .J'userai de mon droit jusqu'au bout ; je ne descendrai de la tribune qu'après en avoir usé, et la violence que vous me ferez, c'est sur vous qu'elle retombera. [Exclamations diverses.) Tout à l'heure un de nos collègues me disait : Nous ne sommes plus au temps de la paix à tout prix. Je n'ai jamais été partisan de la paix à tout prix et je ne le serai pas de la guerre à tout prix. C'était autrefois une manière de faire sa cour : c'en est une autre aujourd'hui ; je ne l'ai faite sous aucun régime; je ne le ferai pas plus aujourd'hui qu'autrefois. [Vive approbation à gauche.) — M. Mathieu (Corrèze) : Ceci est une injure adressée à chacun des membres de cette Chambre. Nous sommes tous ici animés d'un seul sentiment, l'amour de la patrie, et c'est nous insulter que nous appeler des courtisans. [Bruits.) M. LE BARON Jérôme David : Vos idées, monsieur Thiers, n'ont pas d'appui appréciable dans la Chambre; elles ne peuvent pas avoir une sanction, et vous faites bien du mal à la France. 11 faudrait beaucoup de bataillons prussiens pour faire à votre pays le mal que

VOUS lui faites in\o\onidiivemeni... (Vive approbation et applaudissements sur plusmurs bancs du centre et à droite — A gauche : A F ordre ! A r ordre! — C'est une insulte!) — M. Edouard André (Gard) : Il n'est permis à personne de suspecter les intentions de ses collègues, et c'est ce à quoi nous habituent trop souvent les orateurs de l'opposition. — M. le président Schneider : Il appartient à chacun des membres d'exprimer ici son opinion. La Chambre ensuite manifestera sa pensée par son vote. (Assentiment s.) — M. le BARON Jérôme David: M. ïhiers veut-il me permettre une observation? [Oui! oui! — Parlez! parlez!) Loin de moi la pensée d'injurier un de nos collègues ; il s'agit bien de cela dans un moment solennelcomme celui-ci ! Mais je n'ai pu contenir l'expression de la douleur que me cause un langage que je crois si néfaste pour mon pays. [Très bien ! au centre et à droite.) Thiers : Savezvous quels sont ceux qui ont fait du mal à la France?... (Lé'^rî^/Ycon/mi/e). J'ai consentià écouter mon interrupteur ; on devrait consentir à écouter la réponse queje lui fais. [Parlez! parlez!) Savezvous quels sont ceux q ui ont fait du mal àla France ? Ce n'est pas moi qui lui en ai fait. . . {Exclamations et rires ironiques sur un grand nombre de bancs.) ce sont ceux qui n'ont pas voulu écouter mes avertissements... [Nouvelles exclamations sur les mêmes bancs.) Ce sont les auteurs du Mexique, ce sont les auteurs de Sadowa qui, oubHant le mal qu'ils ont fait, osent nous imputer aujourd'hui de faire du mal au pays quand nous cher-

chons à épargner son sang. {Ak! ahl) Puisque vous m'obligez à une digression, vous la subirez. [Rinneurs.) Si vous aviez permis de discuter l'expédition du Mexique, la plus odieuse, la plus désastreuse expédition du temps n'aurait pas été consommée! [Interruptmn.) Comment, messieurs, vous nousdites que vous êtes prêts à accepter le régime libéral, et vous trouvez étonnant qu'on discute une résolution aussi grave que celle qui nous préoccupe en ce moment ! Et vous imputez des intentions mauvaises, ou du moins dangereuses à ceux qui viennent vous montrer le côté mécontent de la question! [Nouvelle interruption.) Vous ne m'empêcherez pas de suivre mon raisonnement jusqu'aubout. Il faut que la lumière se fasse sur une grande faute, qui est la cause de la guerre actuelle. [Bruit.) Il n'est pas exact, comme l'a prétendu M. le Garde des Sceaux, qu'on se soit borné à combattre en Espagne une politique que la France y a combattue dans tous les temps. On aurait raison de tenir ce langage, on serait dans le vrai, si on nous avait refusé le retrait de la candidature HohenzoUern ; alors il n'y aurait eu dans le pays, il n'y aurait eu en Europe qu'une voix pour soutenir la France, pour vous soutenir; et nous, qui sommes à cette tribune pour vous combattre, nous y serions pour vous soutenir. Tout le monde disait, il y a trois jours : On a obtenu le retrait de la candidature du prince de HohenzoUern... [Voixnombreuses : Non ! Non! ) [Ifaut s'en tenir là. On Ta répété de toutes

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parts, il était évident en effet, pour tout liomme de bon sens, que si, après avoir obtenu la concession essentielle, on faisait naître des querelles de mots, des froissements d'orgueil, la question serait perdue et la guerre en résulterait. 11 n'y a pas un homme de bon sens qui n'ait compris cela et qui ne l'ait dit. (Sur plusieurs bancs : Mais non l maïs non !) — Vous ne l'avez pas dit, soiti 11 n'en est pas moins vrai que le simple bon sens devait faire comprendre que si, après avoir obtenu une concession qui devait coûter beaucoup à l'orgueil du roi de Prusse... — [Voix diverses : Quelles concessions? Un en a pas fait.) — Qu'estce qui dit qu'il n'en a pas fait? Comment l Devant le monde entier, le roi de Prusse retire. . . [Aon ! non I) ou laisse retirer. . . ( Voix nombreuses : Ah! ah! Cest bien différent.) — J'emploierai le mot que vous voudrez : le roi de Prusse a fait retirer, a laissé retirer... Pouvez-vous supposer que, la candidature HohenzoUern étant retirée^ il n'y ait pas eu une concession de la part du roi de Prusse lui-même? Maintenant, je vais plus loin : dans la pièce qui a été lue tout à l'heure, le roi de Prusse a déclaré, non pas de sa personne, mais par son Gouvernement, qu'il connaissait et approuvait le retrait de la candidature HohenzoUern. Mais il était évident que, si l'on ne s'en tenait là, si l'on voulait poursuivre, si l'on voulait élever une discussion sur le mode de ce retrait, on ferait naître des susceptibilités nouvelles, on exciterait l'orgueil de la Prusse et arriverait à une rupture. Si on ne voulait pas la

guerre pourla guerre, si on ne voulait que la chose essentielle, c'est-à-dire qu'une candidature hostile à la France disparût, il fallait s'en tenir là ; mais insister, c'était faire naître des questions d'orgueil entre deux grandes nations également susceptibles, et la guerre devenait inévitable. [Approbation à gauche.) On me demandera : la faute commise — je l'appelle la faute, parce que c'est le seul nom àlui donner — la faute commise, que fallait-il faire ? Il fallait , puisque l'Europe était de si bonne volonté, dans ce moment-là, lui donner le temps d'intervenir de nouveau. [Bruyantes exclamations sur un grand nombre de bancs. — M. Granier de Cassagnac : C'est cela ! Il fallait laisser la Prusse commencer la guerre tout à son aise. — M. le comte de Leusse : Il fallait donner aux Prussiens le temps d'arriver à Paris ! — M. le marquis de Pi?'é : Notre ambassadeur a été insolemment éconduit ! Il fallait attendre quil fût ■assassiné^ comme nos plénipotentiaires à Rastadt ! — Bruit confus : N'interrompez pas! 21' interrompez pas !) — Il fallait donner à l'Europe le temps d^intervenir, ce qui n'empêchait pas que nos armements continuassent, et il ne fallait pas se hâter de venir ici apporter, dans le moment où la susceptibilité française devait être la plus exigeante, des faits qui devaient causer une irritation dangereuse. Ainsi, je le répète, ce n'est pas pour l'intérêt essentiel de la France, c'est par la faute du Cabinet que nous avons la guerre. » [Réclamations sur un grand nombre de bancs. — A gauche : Très bien! très bien!)

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YII

Dans ce discours, certaines considérations manquent absolument de justesse. Certes, le Cabinet eût été disposé, en continuant ses armements, à laisser à l'Europe le temps d'intervenir. Mais des armements décisifs étaient impossibles sans une autorisation des Chambres; le secret n'aurait pu les couvrir, et ce la guerre devenait inévitable dès que nous les commencions ostensiblement^ ». Au surplus, à quoi nous eût servi une temporisation? Cette médiation de l'Europe, que Thiers nous reprochait de n'avoir pas attendue, avait été tentée le 14 par l'Angleterre et rejetée avec mauvaise humeur par la Prusse : on soUicite une médiation dans un différend d'ordre matériel, on ne prend conseil que de soi-même lorsque l'honneur est en jeu. Quel patriote nous a enseigné qu'une nation doive régler ses susceptibilités d'après l'avis des étrangers? Ce n'est pas Tocqueville. « On n'a le droit, dit-il, d'exprimer une opinion sur ce qui convient à l'intérêt ou à l'honneur national, que quand on parle de son pays -. » Si les ministres avaient nourri, comme Thiers, le désir de réparer Sadowa, on eût pu discuter s'ils avaient bien ou mal choisi l'occasion. Mais aucun d'eux ne songeait à répa-

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